La confrontation du 18 août 1556

Cet article fait suite à Montée de la rumeur

C’est le mardi suivant la fête de Nostre Dame d’août (Assomption) que Loise de Clermont et Antoine de Crussol décident de tenter leur entrée à Tonnerre, soit le 18 août 1556. Ils sont déjà sans grand espoir de réussite, comme dit le soldat Claude Garnier : « ilz se doubtoient que lesd. habitans leur voulussent reffuser les portes de lad ville et l’entree d’icelle ». C’est pourquoi ils souhaitent faire constater par des témoins dignes de foi, des gentilshommes, qu’en effet les Tonnerrois refusent de les recevoir. Comme nous l’avons vu, certains témoins de Cruzy ont affirmé qu’ils voulaient attaquer les habitants de la ville en justice pour demander réparation, et non attaquer la ville en l’assiégeant comme le croit la majorité des Tonnerrois. Si Crussol prévoit des armes, c’est, au cas où lui et sa troupe seraient agressés, qu’« ilz eussent au moins de quoy eulx deffendre ». Même si certains de ses hommes aspirent à en découdre, là n’est pas son intention.

Qu’en est-il en réalité de cette troupe « armée » ?

Nardin de Pargues et son serviteur Claude Garnier se rendent à Nicey, lieu de rendez-vous des hommes de ce que les témoins nomment la compagnie du seigneur de Nicey, soit une quinzaine de chevaux comme nous l’avons vu. Ferry de Nicey confirme, précisant qu’il est accompagné d’amis. Précision importante car elle signifie que Nicey n’a pas levé une troupe au hasard, mais s’est entouré de proches. Depuis Nicey, la petite troupe se rend à Cruzy où l’attendent Antoine de Crussol et Loise de Clermont à qui il est convenu de « faire compagnie » jusqu’à Tonnerre.

Dès leur arrivée, vers 11 heures du matin, tandis que l’on termine de charger quelques mulets, « le seigneur conte monta à cheval, et fut la dame contesse mise en litiere ». Les gens du comte enfourchent leur monture tandis que des hommes de pied attrappent des hacquebuttes « contre une muraille de la maison dud. de La Croix, en laquelle lesd. seigneur et dame estoient logez ». Puis la troupe s’ébranle.

Au total ils sont une trentaine d’hommes de cheval en ajoutant une quinzaine pour le comte dont le train s’est agrandi de Pierre de La Croix, Pierre de Loyre et quelques autres. Aucun des hommes de la maison du comte, pas plus que lui-même, n’est maillé ou « autrement couvert », ni ne porte hacquebutte ni pistollet, sauf trois ou quatre des hommes de La Croix qui « portoient pistolletz à l’arçon de la selle de leurs chevaulx ». Seuls trois ou quatre de ceux qui accompagnent Nicey sont « couverz de mailles ». Il s’agit pour Claude Garnier, serviteur de Pargues, des plus apparents, dont probablement Nicey lui-même. Nicey qui explique que parmi ses hommes, « au nonbre de six avoient pistolletz ou hacquebuttes », mais il s’empresse de préciser que ces armes étaient « entre les mains de ceulx qui ont acoustumé en porter et auxquelz il est permis de ce faire par le Roy », ce qui est aussi le cas de La Croix avec son titre de capitaine de Cruzy. Par cette précision, Nicey se dédouanne lui-même et le comte en même temps d’avoir armé des hommes contre les édits royaux. Tout est dans les règles.

Outre ces hommes à cheval dont beaucoup sont écuyers, la troupe se compose également de quelques hommes de pied et de laquais. Quatre ou cinq hommes de pied que Pargues jugea « estre des gens du train ordinaire » du comte et de la comtesse : ils conduisent « quelques muletz et la lithiere en laquelle lad. dame estoit avec lacquais ». Les muletiers portent des « hallebardes, espieux ou aultres longs boys[1] ». Garnier ajoute que outre ce train ordinaire des demandeurs, « il vid en leur compagnie quatre leurs forestiers gens de pied », tous armés de hacquebuttes et trois autres forestiers protégeant la comtesse et entourant sa litière, dont deux portent l’épée et un l’épée et la dague. Quant aux deux laquais qui suivent la litière de Loise de Clermont, ils sont armés chacun d’une hacquebutte. Autant de précisions sur les armes n’est pas étonnant puisque les Tonnerrois, lors de l’enquête, veulent prouver le port d’armes et font témoigner des soldats, aptes à les décrire.

Pour récapituler, la troupe se compose d’une trentaine d’hommes à cheval et d’une quinzaine d’hommes de pied, domestiques ou forestiers du comte. Remarquons que les adventuriers ne font pas partie de la troupe. Tous les cavaliers portent l’épée et la dague. Les armes à feu sont évaluées à « quatorze, quinze ou seize », ce qui correspond aux descriptions. Même si on est loin de ce que l’on raconte à Tonnerre, une telle compagnie n’est pas anodine et a de quoi ébranler ceux qui la croisent. Il est question aussi d’un mystérieux mulet chargé d’armes. Ferry de Nicey a en effet vu charger des mulets au moment du départ de Cruzy — sans doute avec des hardes et bahuts des Crussol qui quittent le village — « et entre aultres vid que l’on meit sur l’un d’iceulx quelques harquebuzes ». Il en ignore la quantité et leur destination.

Matinée du 18 août, branle-bas de combat à Tonnerre

En ce mardi matin, les Tonnerrois savent que le comte et la comtesse souhaitent faire leur entrée à Tonnerre. Le « peuple » est accablé, inquiet, nerveux. On s’attend au pire, même à être assiégés. La ville gronde depuis l’aube. On se lève tôt en ce temps-là, le soleil guide les activités. Il est bien difficile de savoir ce que pensent véritablement les édiles et les bourgeois éduqués. Ils savent ce qu’ils ont commis en faisant emprisonner des gens du comte après le feu et en n’organisant aucune entrée, mais ils ne peuvent approuver les menaces et meurtres contre des Tonnerrois. Certes, la société de l’époque est violente et on tire l’épée facilement, mais le crime est réprouvé. Les notables sont au courant des préparatifs de Crussol, mais jusqu’où ? Croient-ils eux aussi à une attaque en règle ? C’est peu probable. Pourtant, ils sont dépassés par la « fureur du peuple » et dans le doute. Une chose est sûre : sachant que le comte menace de les traîner en justice, ils doivent de leur côté garantir leurs arrières.

La seule chose qu’ils puissent faire, c’est — comme Crussol — d’obtenir des témoignages et d’attendre. Ce matin-là, Me Edme Cerveau, praticien, part justement chercher des témoins dans des villages à l’ouest de Tonnerre, à l’opposé de Cruzy-le-Châtel. Il se rend d’abord à Junay et Vézinnes sur la rive gauche de l’Armançon. Là il rencontre Loys Lamoureux, âgé de 50 ans, sergent royal au baillage de Sens, demeurant à Vézinnes, et le prie au nom « des habitans de Tonnerre ou des eschevins et gouverneurs » de se trouver à Tonnerre pour, en tant que sergent royal, « signiffier au seigneur de Cursol[2], conte dudict Tonnerre, une sauvegarde[3] du Roy » obtenue pas les habitants. Edme Cerveau traverse la rivière et parvient à Dannemoine avec sa petite troupe de gens recrutés dans les villages précédents, et se rend chez Guillaume Paillot, 52 ans, sergent du seigneur de Nevers, seigneur de Dannemoine. Cerveau lui demande de l’accompagner à Tonnerre avec les autres « pour veoir si lesdictz demandeurs vouloyent entrer avec force et plusieurs personnes armez, et aultrement enbastonnez que leurs gens n’ont acoustumé estre aud. Tonnerre, ainsi que l’on l’avoist faict entendre ausdictz habitans, afin qu’il en peust tesmoigner et dire ce qu’il en verroit »[4]. Cerveau est dubitatif mais se prémunit au cas où.

La petite troupe rentre à Tonnerre « sur l’heure de 11 heures devant midi » et tous les témoins s’accordent pour dire qu’ils trouvèrent le peuple en grand emoy, d’autres disent découvrir plusieurs habitants esmeuz et effrayez. Parmi cette foule, des gens déclarent péremptoirement que le comte et la comtesse voulaient entrer à Tonnerre « par force et y amener gens qui pourroyent offencer lesdictz habitans », ou encore que le « seigneur de Crussol avoit faict un grand amas de gens avec lesquelz il debvoit entrer ledict jour en ladicte ville et y faire plusieurs effortz de siege ». Pourtant, nos témoins des villages découvrent placardée à tous les carrefours de la ville des sauvegardes accompagnées des armoiries du roi[5]. Celles-ci ont été peintes par Jehan Cabasson, peintre, qui a reçu 8 sols pour son travail. Cette sauvegarde avait très certainement été obtenue lors du voyage à la cour des échevins entre le 26 juillet et le 6 août. Cabasson a donc eu une dizaine de jours pour fabriquer les armoiries à placarder « aux carrefourgs de ceste ville et chastellenye de ce conté »[6].

Malgré tout, la foule s’est armée de fourches et de bastons[7] et, dans l’excitation, ferme tout d’abord la porte du Pont de l’Hôpital où est arrivé le sergent Guillaume Paillot. Ceci parvient aux oreilles des échevins et deux d’entre eux, Jehan Cadot et Pierre David, accompagnés d’autres notables arrivent près de l’hôpital, où ils « remonstrerent au peuple que lesdicts demandeurs estoient leurs seigneurs et qu’il ne falloit leur fermer ainsi les portes »[8]. Mais l’âme trop émue, la foule ne veut rien entendre et continue de vociférer. Ainsi, constate Loys Lamoureux, le sergent royal, « continua l’emotion, difficulté mesme du commun peuple ». L’émotion est alors un terme négatif qui décrit un esprit troublé et excité par des humeurs, par trop de passion et, pour un homme éduqué, c’est le propre des « gens du commun peuple et bas estat ». « Si bien, poursuit-il, qu’il y avoit grand nonbre de gens par ladite ville, tenans bastons ». Ne sachant pas exactement par où va arriver le comte, la foule s’accumule aussi vers la porte de Rougemont, qui à son tour, est fermée vers midi. Valentin Jacquinet, Pierre David et Emond Allier tous échevins se présentent à cette porte avec trois autres apparents de la ville. Ils tiennent le même discours que les deux autres échevins à la porte de l’Hôpital — on voit qu’ils se partagent le travail —, assurant qu’il n’y aurait pas de violence de la part du comte. A quoi le peuple répond qu’on ne peut en être sûr et que de telles menaces ont bel et bien été proférées[9].

Vers 14 heures, arrive en ville Toussaint Martin, prieur et vicaire de Vézinnes. Il dit qu’une heure plus tôt, il a entendu parler dans son village de ce qui se trâmait, que le comte avait l’intention d’entrer dans la ville « avec grande compagnie et user de force et violence ». Le vicaire avoue avoir été « curieulx de veoir ce qui s’en feroyt ». Aussi est-il accouru. La porte de Bourgberault n’est pas fermée et c’est elle qu’on emprunte en venant de Vézinnes. A son tour, il découvre un grand nombre « de gens de basse condition, effrayez de tels propoz qui couroient en bruict commun audict Tonnerre ». La rumeur court toujours. Il constate que ces gens sont armés de bâtons et ont fermé la porte de Rougemont et entend les notables tenir ce discours : « Allez, retirez vous avec vos fourches et bastons. Sy monseigneur et madame veullent venir, nous les suppliront que leur plaisir [volonté] soit que aucuns habitans de la ville ne soient offencez ; et ce voyans qu’ilz ne nous voulloient offencer, nous les laisserons entrer »[10]. Mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille. Toujours mugissant, il profère des menaces contre les échevins : « Par la mort Dieu ! Si vous mesmes vous mesler de faire ouvrir les portes on vous mectera vous mesmes en procès ! ». Un seul témoin rapporte ces paroles, mais elles sont crédibles puisqu’il s’agit du sergent royal Louis Lamoureux.

Adventuriers égarés

Que font les adventuriers recrutés, mais pas admis dans le cortège. Un homme d’Argenteuil, François Dolbeau[11], se rend à pied à Villeneuve-le-Roy pour ses affaires. Il n’est plus qu’à une petite lieue de Tonnerre, « passant par les usaiges de Tonnerre, pres le lieu de la Justice ». Autrement dit, Dolbeau arrive en haut de la Côte des bois, là où se divisent les terres entre les seigneurs de Lézinnes, Tanlay, Saint-Vinnemer et Tonnerre. Il y avait une fourche patibulaire « à quatre piles », marquant la justice comtale, bien indiqué sur la carte de Cassini. Surgissent de la forêt trois hommes de pied « comme soldatz et adventuriers[12] aians chacun d’eulx un pistollet, dague et espee ». Ils ont chassé car ils portent du gibier. Se reproduit alors la même scène qu’à Dannemoine : blasphème et menace, lui demandant s’il était de ces mutains de Tonnerre, l’épée dégainée du foureau et les pistolets en joue. Très effrayé, le barbier voit l’un des hommes arracher la cuisse d’un petit leuvrault et lui lancer en pleine figure, en disant : « Mort dieu, tiens villain, tiens ! ». Puis les hommes passent leur chemin. C’est ici la première mention de la présence d’aventuriers qui, apparemment rodent dans les parages, pour ces deux-là, à la chasse.

Cassini n° 82, 1758-1759 (Gallica)

Venant de Cruzy, Crussol est passé par Tanlay, et ne rejoint la route de Lézinnes empruntée par le barbier qu’au-delà de la forêt. François Dolbeau, qui a poursuivi sa route, aperçoit soudain « une grande compagnie de gens de cheval ». Il ignore qui ils sont et ne l’a appris que plus tard. Il emprunte donc un autre chemin pour contourner ces hommes qui ne lui disent rien qui vaille, vu ce qu’il vient de vivre. Le comte est en effet arrivé au lieu-dit les Osvys [les Ovies] à un demi quart de lieu de la ville, environ 900 mètres[13].

18 août, rencontre au champ

En ce début d’après-midi, le comte et sa compagnie approchent donc de Tonnerre. Venant de Cruzy-le-Châtel, « leur chemin estoit d’aller » par la porte de Rougemont. Parvenus aux Ovies, ils l’aperçoivent fermée. De plus tout autour de cette porte, ils entendent « bruict et murmure de peuple », ainsi que du côté de l’hôpital et de la porte du Pont, close également. L’écuyer, Nardin de Pargues raconte que le seigneur de Nicey « advisa que le meilleur et plus sûr estoit que lesd demandeurs ne se aprochassent plus près ». C’est sans doute également l’avis de Crussol et deux décisions sont prises. La première est que Nicey se rendrait seul à Tonnerre avec quelques gentilshommes connus des Tonnerrois pour ne pas les effrayer davantage, tandis que Crussol attendrait aux Ovies. Ainsi Nicey s’éloigne, accompagné de trois ou quatre cavaliers, dont Pargues. La seconde décision est que Loise de Clermont parte de son côté avec une petite escorte, pour ne pas risquer des coups mais aussi parce qu’il est désormais évident que l’entrée ne se fera pas. Elle tourne donc le dos physiquement et symboliquement à sa capitale, accompagnée de quelques hommes de pied et de cheval. Nicey et Pargues seront surpris de ne pas la trouver à leur retour, tout autant que les Tonnerrois venus trouver leurs comte et comtesse.

Nicey s’avance vers la ville avec Pargues et deux autres. Il y a là une ambiguïté sur la porte empruntée. Pargues parle de celle de Rougemont puis de celle du Pont de l’hôpital, affirmant que c’est à cette denière que Nicey se présente. Pourtant, la porte la plus proche et la plus accessible depuis les Ovies est celle de Rougemont. Ont-ils chevauché à travers le pré de l’Hôpital, contournant les remparts et traversé le bief ? Chose possible en ce temps de sécheresse et de très basses eaux. Le vicaire de Vézinnes indique plutôt la porte de Rougemont. Bref, comme aucun des autres témoins n’est très clair sur ce sujet, que ce soit l’une ou l’autre, il y a « un grand nonbre de peuple » alentour dont certains enbastonnez. Le seigneur de Nicey frappe « l’eurtoir de la ville ». A l’intérieur, on ouvre le guichet découvrant les arrivants, puis on parlemente. Nicey entre à pied avec ses hommes, et annonce venir de la part du seigneur de Crussol, comte de Tonnerre, qui l’envoie vers les habitants pour « leur remonstrer le tort qu’ilz luy faisoient de luy fermer les portes ». Mais les Tonnerrois refusent obstinément de les ouvrir, répétant que le comte armé voulait « metre en pieces les habitans ou la plus part d’iceulx ». Nicey leur conseille d’envoyer avec lui « les eschevins et aucuns des apparens » pour parler avec le comte[14]. A quoi les échevins acquiescent.

On fait sans doute traverser la ville à pied aux compagnons de Nicey (dans le cas où ils seraient entrés par la porte du Pont), car c’est par la porte de Rougemont que, cette fois, ils sortent pour aller à la rencontre du comte, « sans armes ny bastons ». Ils sont huit ou neuf du côté des Tonnerrois, dont les échevins Emond Allier, Jehan Cadot et Aignan Lhermitte, Pierre Garnier, Valentin Jacquinet, avec Jehan Ravary taillandier et son fils, ainsi que le curieux vicaire de Vézinnes qui est un témoin précieux. Louis Lamoureux, le sergent royal ne les accompagne pas.

Vraisemblablement inquiets, ils font leur révérence et Crussol leur dit « que le peuple de Tonnerre luy avoit faict une injure intolerable, dont il avoit esperance en avoir raison par Justice et en faire pendre la plus part de ceulx qui l’avoient offencé ». Les notables répètent les raisons de l’inquiétude du peuple. Crussol répond qu’il s’agit là d’excuses « trop mal fondees pour couvrir l’injure que on luy avoit faicte », qu’il n’est « thueur ni batteur de gens », faisant constater qu’il est là avec son train ordinaire et avec « d’aultres gentilzhommes que lesd habitans de Tonnerre congnoissoient et leur estoient voisins, et les vouldroient non plus que luy offenser ». Les notables ajoutent qu’ils ne sont pas le peuple, lui offrant « les portes et entrees » par ces mots : « Monseigneur, nous ne voulons vous refuser les portes puysque vous estes nostre conte, ny à madame la contesse senblablement ; vous les trouverez ouvertes pour vous, elle et voz gens s’il vous plaist y venir ». Crussol rejette l’offre et déclare enfin qu’il entendait faire réparer « par le Roy et Justice » et que jusque là, il « n’entreroit audict Tonnerre ». Voilà les échevins avertis officiellement de ce qui les attend. Pourtant, Crussol atténue ses paroles à l’égard des notables présents : leur faisant « bon visaige », il dit qu’il leur savait gré de ce qu’ils étaient venus à lui, fait prendre leurs noms par écrit, mais réitère sa décision de ne pas entrer en ville pour l’instant[15].

« Et sur ce, [le comte] se retira prenant son chemin à Tenlay » à deux lieues de là, avec le reste de sa compagnie, tandis que les Tonnerrois rentrent en ville. L’entrevue a duré une demie heure. A mi-chemin, ils croisent Louis Lamoureux muni de la sauvegarde. Il est curieux que les échevins ne l’aient pas fait venir avec eux. Peut-être pour ne pas « en rajouter » dans l’immédiat. Le sergent tourne bride et rentre avec eux par la porte de Rougemont. Ils y trouvent « le peuple appaisé, et ceulx qui avoient bastons auparavant retirés ». Les échevins font leur compte rendu à la foule rassemblée. Ils disent qu’ils « avoient presenté l’entree de ladicte ville, mais que pour la fureur du peuple, ilz [le comte et ses gens] n’y avoient voulu entrer et s’en estoient allez à Tenlay ». Le sergent Paillot affirme que durant tout le temps de leur absence, la porte est restée fermée et que nul n’est entré. La porte ne fut ouverte que pour laisser passer le sergent Lamoureux. Après le départ du comte, cinq ou six charrettes ont passé la porte[16]. La tension se relâche. Les paysans commencent à rentrer des champs.

Mais où sont passés les adventuriers et le mulet chargé d’armes ? Et que vont faire le comte et la comtesse ?

Suite et fin du récit : Dans les parages de Tonnerre

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[1] Parmi les « longs bois », armes à longue hampe, dans le Tonnerrois : hallebardes, javelines, vouges, pertuisanes, piques…

[2] On trouve souvent Cursol pour Crussol dans les textes contemporains.

[3] Protection accordée par le Roy ou certains de ses officiers. Si on l’enfreint, on est puni d’amende arbitraire, sauf les injures verbales qui sont néanmoins considérées comme aggravées.

[4] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 48 et 64, f° 94 v° et 124 v°.

[5] Sauvegarde désigne aussi le placard armorié que l’on appose aux lieux adéquats.

[6] Tonnerre, AM 4 CC 2 1555-1556 f° 41 v° (s.d.).

[7] Il peut s’agir de bâtons de bois, mais plus vraisemblablement d’armes ferrées défensives ou offensives.

[8] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 48, f° 95 v°.

[9] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 64, f° 125-125 v°.

[10] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 63, f° 119 v°-120 v°.

[11] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 75, f° 129-131 v°.

[12] Les gens de pied de l’infanterie étaient appelés aventuriers. Le témoin affirme ici qu’il s’agit de soldats et non de forestiers, reconnaissables à leur tenue.

[13] La lieue est de 5 km, mais il en va des distances comme du temps, l’imprécision. Certains témoins disent ¼ de lieue et d’autres un ½ quart de lieue.

[14] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 48, 63, 64, 92, f° 96, 120 v°-121, 126, 155-155 v°.

[15] Tout ceci est rapporté tant par des gens qui accompagnent le comte que par des Tonnerrois présents : Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 63, 64, 92 et 93, f° 96, 122-122 v°, 127, 156-157 v°, 160 v°-162.

[16] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 48, 63, f° 96 v°-97, 122 v°.

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