Mme Ratat et quelques autres

Il est bien difficile de rencontrer le monde des femmes dans les archives. On y parle peu d’elles. Les mentions sont rares. La découverte se fait le plus souvent à travers des actes notariés ou de justice. Entrons un peu dans l’univers féminin grâce à Mme Ratat et quelques autres.

Au XVIe siècle comme aujourd’hui, une femme ne perd pas le nom de son père en se mariant. Elle signe donc de son nom de jeune-fille, ici Nicole Gerard et tous les documents officiels sont à ce nom. En termes d’adresse et de référence l’usage fait que les tiers utilisent Madame et le nom de son mari, ici Mme Ratat, et quand le mari décède, elle devient la vesve [veuve] Ratat et, dans les documents, Nicole Gerard veuve Jehan Ratat. Les veuves plus âgées, épouses d’artisans ou du petit peuple sont appelées « la » + le nom féminisé du feu mari, par exemple « la Cabassone » épouse d’un feu Cabasson.

Nicole Gerard, fille de Pierre Gerard et d’une Carrey [Carré] elle-même fille de Jehan Carrey, officier de la ville car indiqué comme sergent dans un rôle de tailles de 1532. Pierre Gerard est un commis royal qui récolte les deniers de la recette de l’élection de Tonnerre, office royal.

Avec ses frères et sœurs, Nicole est devenue orpheline de mère à une date indéterminée. C’est généralement le parent survivant qui devient tuteur de ses enfants, nomination corroborée par une assemblée de famille et d’amis devant un juge. Le contrat de mariage nous apprend qu’elle fut élevée par son père avec sa fratrie sous « traicté de norriture », dit aussi bail à nourriture. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un bail mais bien d’un contrat : au décès de la mère, le père — également tuteur — s’est engagé à prendre soin de ses enfants moyennant la jouissance des héritages leur appartenant et du travail à fournir dans la maisonnée, travail pour lequel ils seront rémunérés. Dans ce système, le parent survivant est indemnisé des dépenses de nourriture et autres nécessités apportées à ses enfants. S’il en récolte les fruits, il doit bien sûr gérer ces héritages « en bon père de famille ». Les sommes en jeu sont calculées et décidées par le tuteur et l’assemblée familiale en fonction du statut et des biens de la famille. Ces baux à nourriture se terminent généralement entre 16 et 18 ans pour les filles de la bourgeoisie. On y ajoute parfois une clause d’étude ou d’apprentissage ­— pour une fille connaître et savoir lire les « Pseaumes et les Heures » et apprendre la couture. A la majorité des enfants (25 ans) ou à l’occasion de leur mariage, le père doit rendre compte de sa tutelle et les enfants devront recevoir leur reliquat. Ne possédant pas ce bail à nourriture, il est impossible de savoir jusqu’à quel âge les enfants ont été pris en charge, ni d’en connaître les clauses exactes, pas d’avantage que leur âge.

Nicole Gerard se marie le 17 novembre 1560[1] avec Jehan Ratat, homme de loi, notaire et greffier de l’élection, âgé de plus de 25 ans puisque majeur. Le père et le mari sont donc tous deux officiers de l’élection. Le contrat de mariage précise que Nicole est restée au service de son père quatre ans après la fin du bail. Elle aurait donc environ 20 à 22 ans au moment de son mariage. Ayant deux sœurs et deux frères, elle reçoit alors 1/5e des sommes dues sur les héritages de la mère, de la grand-mère maternelle et de deux oncles maternels puisque la coutume de Sens à laquelle appartient Tonnerre est égalitaire, soit 25 livres 13 sols tournois. Elle reçoit également 10 L.t. pour le travail accompli auprès de son père. La dot versée à Jehan Ratat et de 50 écus sol, soit autour de 125 L.t., somme identique à celle que reçoit Nicole comme « avancement de mariage », 100 écus sol au total. Ce sont des sommes relativement modestes. Pierre Gerard donne en outre à sa fille les vêtements conformes à son statut (généralement robe, cotte et chaperon pour se couvrir la tête), ainsi qu’un trousseau consistant en « ung lict garny de six custodes [rideaux] couverte [couverture] et dix draps ». Enfin, Jehan Ratat devra offrir à sa femme « bagues et joyauz » d’un montant de 15 écus sol (autour de 38 livres). Imaginons un peu : Nicot explique que au pluriel, « bagues se prend pour tous affiquets [bijoux, parures] d’or ou d’argent d’une femme, soit anneaux pendans, carcans, fermeillets [chaine ou quarquan d’or, enrichi de perles ou de pierres precieuses, ou d’esmail que les damoiselles mettent autour de la teste sur leur coiffeure pour la tenir arrestee et ferme], chaines ou autres ».

Le mari de Nicole dont j’ai parlé ailleurs[2] ne cessera de grimper dans la hiérarchie, occupant finalement des postes à responsabilité auprès de l’Hôpital puis du couple comtal. Ainsi Mme Ratat vivra dans une maison sobre mais très confortable[3].

Nicole mettra au monde deux garçons et une fille. Jehan l’aîné né vers 1561-1562 et Odet né peut-être au printemps 1564 et au plus tard en 1566[4]. Je n’ai trouvé trace de sa fille Claude Ratat qu’au moment du baptême de son premier enfant, une fille prénommée Geneviesve dont la marraine est une Gerard[5]. C’est dans la grande chambre du rez-de-chaussée de la maison qu’eurent lieu les gesines [accouchements], le plus vraisemblablement en compagnie de parentes et voisines et sous l’œil averti d’une comere, dite ailleurs matrone et plus tard sage-femme. Ces femmes étaient choisies pour leur moralité et leur orthodoxie religieuse. Elles avaient en effet le devoir d’oindre le nouveau-né d’eau bénite en cas de danger pour sa vie car il était inconcevable de mourir sans être baptisé. Elles étaient également élues pour leur savoir-faire appris par l’expérience auprès d’une autre matrone. C’étaient des veuves d’âge mûr ayant été mère elles-mêmes. A Tonnerre, dans les années 1560-1570, quand Nicole met ses enfants au monde, elles sont trois commères, toutes veuves : la veuve Guillaume Bouchu pour la paroisse Saint-Pierre ; la veuve Nicolas Convers et la veuve Guerin pour la paroisse Notre-Dame où habitent les Ratat. Les femmes accouchaient plutôt assises, ne regagnant le lit matrimonial qu’après la naissance.

Jacob Rueff, frontispice de De conceptu et generatione hominis, 1580[6]. Source : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?04028

A propos d’enfantement, arrêtons-nous un instant sur un fait divers qui eut lieu en 1576 à Epineuil, à 2 km de Tonnerre. Claude Fauconnier d’Epineuil et sa sœur Jehanne vivaient alors sous le toit de leur mère. Le 7 juillet devant Pierre Turreau, lieutenant du bailli de Tonnerre[7], ils sont accusés d’avoir cherché à se débarrasser du corps de l’enfant de Jehanne juste après sa naissance sans en avoir parlé à quiconque, pas même à leur mère. Claude a transporté l’enfant « hors la ville d’Espineul et icelluy mys dans une fenestre attenant du grand chemyn où il l’avoit laissé en danger d’estre mengé des bestes ». Juridiquement, on faisait alors une distinction entre l’abandon et l’exposition d’enfants. Exposer un bébé c’était l’abandonner anonymement et, dans ce cas, dans un endroit dangereux. Dans un édit de février 1556, Henri II avait fermement condamné les femmes qui, « ayans conceu enfans par moyens deshonnestes, ou autrement, persuadees par mauvais vouloir et conseil, desguisent, occultent et cachent leurs grossesses, sans en rien descouvrir et déclarer ». Il condamnait surtout celles qui à la naissance homicidaient leur bébé, « crime très enorme et execrable, frequent en nostre royaume ». Il n’y a point eu d’homicide à Epineuil, Jehanne ne risque donc pas la peine de mort, mais l’accouchement avait été caché et l’enfant exposé n’avait pas été baptisé. Claude Fauconnier est condamné à recevoir « le fouet dans les prisons dud. Espineul soubz la custode[8] après y avoir demeuré l’espasse de six jours noury au pain et à l’eau et en 100 solz d’amende ». Quant à Jehanne qui, après interrogatoire, avait avoué demander à son frère d’emporter l’enfant, elle est condamnée à reprendre son enfant (il n’est donc pas mort le pauvret), à le nourrir et en prendre soin sous peine de 10 livres d’amende. Elle restera en prison tant que l’amende ne sera pas satisfaite, « avec deffence de plus faire le semblable à peine de plus grande punition corporelle et exemplaire ». Ils devront payer les frais de justice. Ce à quoi elle acquiesce tandis que son frère fait appel. Une justice plutôt clémente pour une femme peut-être trop pauvre, ou trop légère, ou même violée. ?

Epouses au travail

Outre les travaux domestiques, les femmes adoptaient la profession de leur mari. Pas question d’être maître artisan puisque, contrairement au Moyen Age, elles ont été bannies des corporations, mais elles participaient au quotidien de l’atelier comme Jehanne épouse de Jehan Regnier. Ce tixier de toile avait tissé pour l’hôpital 120 aunes à faire du linge et c’est sa femme qui touche l’argent et remet une quittance au receveur Ratat[9]. C’est avec ce genre de petit détail que l’on découvre incidemment l’activité « professionnelle » des femmes mariées. Chez le petit peuple ­— petits vignerons, manouvriers, pauvres, etc. — à l’instar de leurs hommes — père, frère, mari — les filles ou les épouses prêtaient leurs bras à divers travaux, ainsi d’ailleurs que leurs enfants mais pour des besognes moins pénibles. C’est ainsi que début septembre 1570, l’hôpital embauche 19 femmes une journée pour la cueillette du « masle des chenevieres du grand jardin dud hospital »[10] et 15 enfants le lendemain pour ramasser les tiges. De même lors d’un gros chantier à l’hôpital en 1554, nombreuses sont les femmes à être embauchées comme manouvrières ou hotteuses[11].

Dans la bourgeoisie marchande ou de robe, la femme secondait son époux dans l’échoppe ou l’étude. Je n’ai pas découvert sa signature mais il paraît très probable que Nicole sache lire et écrire. Mme Ratat avait certainement fort à faire à recevoir. Je n’ai pas trouvé d’exemples de réception officielle chez les Ratat, mais bien chez Anne Perseval qui reçut en avril 1564 deux commissaires royaux, Jacques Viard et Antoine Fumée[12], ou chez Elisabeth Phelipeaux épouse Heny Canelle qui logera en juillet 1587 la comtesse Louise de Clermont[13]. Mme Ratat doit quant à elle recevoir nombre de notables tonnerrois ou autres. Elle s’occupe aussi de transmettre demandes ou ordres ou même de régler des comptes en l’absence de Jehan. Comme le faisait Jacqueline Perseval — Mme Jehan Canelle — femme d’élu, ou sa sœur Anne Perseval [Perceval] épouse de Jehan Piget, grènetier, officier au grenier à sel de Tonnerre ou encore la femme de Vincent de Lafaye contrerolleur de la maison du duc d’Uzès. Cette dernière dite « madame la contrerolleuse La Faye » participe au travail de son mari du vivant de celui-ci et en son absence[14].

Décès du mari

Jehan Ratat recevait ses ordres de paiement du maître de l’Hôpital, Maurille de Lymelle qui écrivait toujours : « Receveur de l’hospital Me Jehan Ratat, payez des deniers de vostre recepte… ». Or, le 30 septembre 1581, Lymelle omet son nom écrivant simplement « Receveur de l’hospital… » à propos de 100 sols à régler à Edme Robin greffier de la justice de l’hôpital, lequel signe une quittance le 19 octobre : « Je Edme Robin soubz signé confesse avoir receu de honneste femme Nicole Gerard vefve de honnorable homme Jehan Ratat de son vivant recepveur de l’hospital notre dame des fontenilles de Tonnerre la somme de cent sols tournois »[15]. Jehan Ratat est sans doute déjà mort depuis la fin du mois de juin, comme nous l’apprend une lettre patente d’Henri III de début février 1582 précisant que le décès de Ratat est « advenu depuis environ huit moys » — son dernier paiement date d’ailleurs du 17 juin[16]. On voit donc que sa veuve prend la relève, habituée qu’elle est à le seconder.

C’est ce qu’avait fait aussi Anne Perseval dite « grenetiere » après le décès de son mari en 1547. Il est vrai que la fonction de commerçant n’exclut pas les femmes et c’est sans doute la raison pour laquelle Anne restera grènetière encore une bonne dizaine d’années. Le grènetier est assisté d’un contrôleur, d’un mesureur, d’un receveur et d’un greffier, tous officiers royaux. A Tonnerre, une partie des octrois dont bénéficie la ville vient d’un prélèvement sur la gabelle. Outre la tenue du magasin et des registres du sel, le grenetier et le contrôleur sont chargés de calculer les deniers récupérés par la ville sur les ventes de sel, à savoir 20 deniers par minot. C’est sur le calcul et le versement à la ville de ces octrois que nous voyons Anne Perseval toucher des gages et salaires[17].

Avec la renaissance du droit romain, le siècle a introduit en France l’incapacité juridique des femmes, filles mineures ou épouses. Impossible de signer un contrat sans l’assentiment du mari. En endossant le statut de veuve, Nicole atteint ce moment où une femme ne dépend plus ni du père ni du mari et prend en main la maîtrise de son patrimoine, mais où d’autres soucis l’attendent… Comme la plupart des veuves elle est devenue tutrice de ses enfants mineurs avec accord de la famille et peut administrer leurs biens. Cependant, pour surveiller l’établissement de l’inventaire et préserver les droits des mineurs, l’assemblée de famille nomme un subrogé tuteur, en l’occurrence Jehan Germain, imageur [sculpteur], leur oncle paternel (époux de la sœur de leur père). Le subrogé tuteur appartient en effet à la branche opposée au survivant des conjoints, car la famille alliée veille également à ses intérêts.

En pays coutumiers, on distingue entre les biens meubles et immeubles, ces derniers pouvant être propres ou conquêts. Les propres, biens patrimoniaux hérités, sont très protégés et doivent revenir à la lignée maternelle ou paternelle dont ils proviennent. Quant aux dettes, elles font partie des biens meubles et, bien sûr l’époux survivant doit s’en acquitter. Quand s’ouvre la succession, la veuve peut soit accepter meubles et dettes soit les refuser, mais ne perd pas ses biens propres ni son douaire. Nicole Gerard avait été pourvue d’une douaire préfix (c’est-à-dire contractuel par opposition à coutumier) précisé dans son contrat de mariage qui est d’un montant de 50 écus sol, argent touché par le couple un an après le mariage, douaire qu’elle devrait toucher dès le décès de Jehan soit en argent, soit l’équivalent de cette somme en rentes sur des biens immeubles de la communauté. Nicole récupère aussi « tous ses habitz, bagues et joyauz avec son lict garny ». Ceci est contraire à la coutume mais inscrit dans son contrat de mariage. La veuve Ratat n’est donc pas tout-à-fait dépourvue. Elle continue aussi de vivre dans la maison où est mort son mari et peut se servir raisonnablement des provisions de la maison. Nous allons voir que Nicole a pourtant fait quelques erreurs.

Les difficultés d’une veuve

Dès le décès de son mari, les créanciers tombent sur le dos de la veuve ainsi que, souvent, la famille pour des litiges plus ou moins anciens. Nicole Gerard veuve Ratat n’y échappe point. Son feu mari tenant les comptes de l’Hôpital et, certaines années, ceux du seigneur, ces employeurs viennent eux aussi lui réclamer le reliquat une fois les documents comptables arrêtés et dûment vérifiés.

Une lettre de rescision permet d’en savoir plus sur les déboires de Nicole. Une lettre de rescision était une lettre de justice, obtenue à la chancellerie à Paris pour se faire relever (délier, libérer) d’un ou de plusieurs actes passés à son préjudice, actes ayant été induits par force ou tromperie et causant une lésion, un tort important. Seul le Prince pouvait remettre les choses dans leur état premier, avant les engagements catastrophiques. Nicole Gerard se rend donc à Paris à la Chancellerie en compagnie de Jehan Germain. Il lui fallait exposer son cas, démontrer le préjudice et expliquer la cause de son erreur. Cette erreur avait été de s’être « immissee en la communaulté ignorant les debtes ». Autrement dit, elle aurait fait acte de propriété sur les biens meubles de la communauté en oubliant les dettes. Si elle agit de la sorte, c’était à son corps défendant car elle avait été « desnuee de conseil ». D’ailleurs, elle avait fait faire un inventaire après décès le 14 novembre 1581, moins d’un an après le décès de son mari avant même d’être au courant des dettes passives. Pourtant, découvrant que son mari était reliquataire sur ses comptes auprès de l’Hôpital et de la comtesse, elle aurait promis de payer ces dettes avec ledit Germain. Pour cela, ils avaient signé plusieurs obligations pour rembourser. Il lui semblait avoir fait « tous actes de femme de bien » voulant acquitter la succession pour elle et ses enfants. Alors qu’elle espérait en venir au bout, elle fut « pressee [prise et contrainte] de toutes partz par creanciers nouveaux qui auroyent esté jusques à personnes incongnues » et même des proches parents du défunt. Par exemple une « nommee Philberte Mijonnet vefve de feu Hugues de Chevreuille sa belle sœur pour grande quantité de drap prise par ledict deffunct ». Cette Philberte Mijonnet avait épousé en premières noces Didier Allier, frère de Regnault Allier époux en premières noces de la sœur de Jehan Ratat, d’où la dénomination de belle sœur. Veuve en 1564, elle avait pris un second mari Hugues de Chevreuille, marchand drapier. Philberte et d’autres (des Cerveau, parents encore plus lointains) avaient donc assigné Nicole en justice devant le bailli de Tonnerre. Ils « la menassent incessamment soubz vertu de lad. communaulté, ausquelz grandes charges elle ne pourroit satisfaire ne mettre au net le faict de lad. succession qu’il ne fust à la miserable sustraction et perte de tous ses biens ensemble desd. myneurs n’en ayant ja mis une partye ensemble led. Germain tuteur une partye de leurs biens pour payer une partye desd. debtes deubz ». La lettre de rescision, datée du 10 février 1582, demande au bailli de Tonnerre de faire cesser les poursuites et de remettre les choses en l’état au cas où elles auraient été suivies d’effets à condition de s’assurer auparavant de l’exactitude des faits allégués par Nicole. Pour obtenir cette lettre scellée de cire jaune, Nicole a dû payer plus de 17 livres ainsi que le voyage à la capitale. Son fils aîné, Jehan, était également à Paris. Il avait été émancipé par sa mère et son tuteur, pour être reçu héritier par bénéfice d’inventaire. Avant de passer devant le bailli de Tonnerre, il avait dû lui aussi obtenir une lettre royale l’autorisant à ce faire, lettre obtenue trois jours avant sa mère. Finalement, Nicole et son fils renoncent à la « succession et communion de biens ».

Un mois plus tard, le 16 mars[18], Nicole Gerard, Jehan Germain et Jehan Ratat demandent l’entérinement de leurs lettres de justice au bailliage de Tonnerre. Le fils Ratat sera reçu héritier par bénéfice d’inventaire à la prochaine assise. On ne parle plus des petits débiteurs mais l’Hôpital entend rentrer dans le reliquat de son compte et poursuivra son procès. Nicole et Jehan Germain offrent de bailler caution et demandent un plus long délai afin de prendre conseil et d’organiser leur défense. Ils prendront pour conseil Joseph Catin, avocat au bailliage de Tonnerre. Nous ne saurons pas la suite mais il est fort probable que les choses soient rentrées dans l’ordre pour tout le monde. Ces histoires de justices sont compliquées mais montrent bien les attaques subies par une veuve dès le décès de son mari.

Voilà pour cette petite incursion indiscrète et bien succinte dans le monde des femmes, des Tonnerroises de la Renaissance. Nous en croiserons d’autres de-ci de-là, sans oublier Loise de Clermont et autres dames de la cour que je traite par ailleurs.

 

 

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[1] Tonnerre, AH, E 134, voir le contrat in extenso : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/01/30/contrat-de-mariage-ratat-gerard/

[2] Sur Jehan Ratat, voir : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/category/lhopital/religieux-et-personnel/

[3] Sur la maison du couple, voir : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/02/24/uninterieurbourgeois/

[4] Tous deux sont mineurs en 1581 au décès de leur père. Odet est majeur à son mariage le 1er janvier 1593 (Tonnerre, registres paroissial Notre-Dame). Je propose 1564 à cause de son prénom, rare et inconnu à Tonnerre. Comme je soupçonne Jehan Ratat d’avoir été réformé, le parrain est peut-être Odet de Coligny qui est de passage à Tonnerre avec ses frères fin avril 1564 (Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 18). Pure supposition.

[5] Tonnerre ou Auxerre, registre paroissial, Saint-Pierre au 25 mai 1603 ; Claude a épousé Me François Perreau docteur en médecine.

[6] Cette gravure, bien qu’allemande, est très parlante, même si les deux astrologues qui montent le thème astral de l’enfant en observant les étoiles n’étaient pas le lot de tout le monde.

[7] Tonnerre, BM, Ms 23, f° 100.

[8] L’expression « donner le fouet sous la custode » signifie châtier en secret et non en place publique, la custode étant des rideaux de lit.

[9] Tonnerre, AH, 99 1re liasse, du 17 avril 1570. Jehanne ne sait pas signer.

[10] Tonnerre, A H E 99-1, les 6 et 7 septembre. Le chanvre a en effet des tiges mâles et des tiges femelles. Femmes et enfants reçoivent tous le même salaire, 2 sols par personnes.

[11] Voir : Un chantier à l’hospital, article à venir.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2, f° 34. A ce sujet, voir : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/08/le-tumulte-de-la-porte-saint-michel-1/

[13] Voir https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2016/05/07/des-soins-medicaux-en-lhospital/

[14] Le maître de l’Hôpital Maurille de Lymelle absent de Tonnerre lui écrit plusieurs lettres entre 1589 et 1591 pour prendre soin de sommes importantes (Tonnerre, AH, E 154-7 et E 160).

[15] Tonnerre, AH, E 132-1.

[16] Tonnerre, AH, E-132-1 et E 134.

[17] Pour exemple, Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 2 v° et 20 ou 1556-1557, f° 2 v° et 21 v°, etc.

[18] Tonnerre, AH, H E 134.

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