Des soins médicaux en l’hospital

La grande porte de l’hôpital sera ouverte par le portier de novembre à mars de 6 heures du matin à 7 heures du soir, et en été de 4 à 5 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir, précise un règlement en 1565. Je vous propose aujourd’hui de pénétrer à notre tour dans le monde des soins hospitaliers.  Mais d’abord, qu’entendait-on alors par santé ou maladie ?

Qu’est-ce que la maladie ?

A la Renaissance, la médecine se définit encore comme la pratique de la philosophie naturelle sur le corps humain. On est donc dans une pratique philologique et non expérimentale. Pour entrer dans ce savoir, il est bon d’avoir à l’esprit que la philosophie d’alors considère que la Nature est composée de trois éléments : Dieu, le monde des astres avec ses sept planètes (on ne connaissait pas alors au-delà de Saturne) et le monde d’en-bas régi par le nombre quatre. L’Homme est lui aussi la synthèse des quatre éléments de base : l’Air, la Terre, le Feu et l’Eau. Chaque élément possède une qualité : le sec, le froid, le chaud et l’humide. En correspondance analogique avec les éléments, on trouve les saisons, les âges de la vie et surtout les quatre humeurs du corps – le sang, la pituite ou phlegme, la bile jaune et l’atrabile ou bile noire – qui, selon leur prédominance déterminent quatre tempéraments fondamentaux : le bilieux (chaud et sec), l’atrabilaire (froid et sec), le flegmatique (froid et humide) et le sanguin (chaud et humide). C’est la théorie des humeurs héritée d’Hippocrate et revisitée par Galien, médecins grecs. Selon cette théorie, partagée par tous, la santé dépend du rapport équilibré de ces humeurs dans le corps. S’il y a « intempérie », c’est-à-dire dérèglement, excès ou défaut de l’une ou de l’autre, il y a maladie, la cure visant à rétablir l’équilibre rompu. Un être en bonne santé est un être « tempéré ».

La cure

C’est en fonction des symptômes, de la gravité, du tempérament, des habitudes de vie (homme/femme, riche/pauvre, jeune/vieux, mangeur de viande ou pas…) du malade, entre autres, que le médecin prescrira son ordonnance. Dans la perspective galénique d’alors, le principe est de soigner un mal par son contraire. Par exemple, l’insomnie étant perçue comme un excès de chaleur, on la soigne par des médicaments à tempérament froid. Les causes chaudes et sèches, comme les fièvres, l’intempérie (dérèglement) du foie, la teigne, les gales sèches, les hémorrhagies internes ont besoin de remèdes rafraîchissants, tandis que les causes humides et froides, comme la goutte, l’intempérie de l’estomac, l’hydropisie ont besoin de remèdes chauds secs et débilitants[1].

Chaque substance végétale (qui constituent l’essentiel des traitements), animal ou minéral possède l’une des quatre qualités élémentaires. La faculté première des médicaments dérive donc de ces qualités et leur faculté seconde en résulte : le sec endurcit et resserre ; le froid condense, repousse, ferme, exaspère, agglutine ; le chaud raréfie, attire, ouvre, atténue, adoucit et déterge et l’humide amollit et relâche[2]. Sur ordonnance du médecin, l’apothicaire conçoit et réalise les remèdes appropriés. Voilà pour l’essentiel, car c’est en fait un système très complexe.

N’oublions pas que nous sommes dans un hôtel-Dieu, l’hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles, fondé à la fin du XIIIe siècle et conçu pour guérir les corps et les âmes. La grande salle des malades donne sur l’autel et le mausolée de la reine fondatrice éclairés par de grandes baies lumineuses, à peine séparée du chœur par des balustres en bois, et les messes et les prières font partie intégrante des soins spirituels. Un règlement du 24 octobre 1565 stipule que « le religieux de semaine recevra les malades pauvres, les confessera et administrera, les exhortera au salut de leur âme ». Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la religion et de la foi dans la cure. Pas plus qu’il ne faut mésestimer l’impact des soins courants apportés : chaleur et nourriture. Nous avons vu que sur ce plan les pauvres malades sont bien traités et que la nourriture distribuée en abondance correspond à la diététique galénique[3].

Au XVIe siècle, l’hôpital n’a pas encore de pharmacie interne. Il achète les drogues (plantes, matières premières et compositions) à un maître apothicaire ayant son officine en ville. Dans les années 1550 François Morot est l’apothicaire désigné. En 1560, on trouve Pierre Garon, qui avait déjà exercé avant Morot. En 1567 Jacques de Chaonnes est en titre pour longtemps et sera remplacé par son fils. Les apothicaires reçoivent de maigres gages annuels auxquels s’ajoute le prix des drogues fournies. Ils doivent donc justifier de leurs factures, que l’on appelle parties, et c’est essentiellement sur quelques-uns de ces documents que se fonde cette petite étude. Lorsque l’on possède une facture sur une année quasi entière avec des dates, on s’aperçoit que l’apothicaire peut livrer n’importe quel jour de la semaine, même le dimanche (sauf interdiction de l’Eglise comme Pâques, Fête Dieu, etc.). En temps normal, les jours les plus chargés sont les lundis, mardis et jeudis, ce qui fait écho au fait que les visites des médecins se font les lundis et jeudis[4]. En temps d’épidémie, tous les jours de la semaine sont à égalité sauf le dimanche. Au total, ils sont trois apothicaires à Tonnerre et leurs boutiques se côtoient sur la place du pilori, Pierre Garon puis son fils Gabriel initiant la rue du Perron (rue St-Pierre). Chacun possède un jardin pour la culture des simples aux portes de la ville.

Désignation des malades

Comment l’apothicaire désigne-t-il les malades à qui il apporte des médicaments ? Sans doute suit-il la dénomination proposée en amont par le chirurgien ou le médecin puisqu’il a l’obligation de suivre leur ordonnance. Parfois, les remèdes sont directement transmis au chirurgien sans aucune autre précision que « donné au cirurgien » ou bien « donné au cirurgien pour plusieurs pauvres », impossible alors de savoir s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, ni si ce sont des personnes différentes ou pas. D’autres fois l’apothicaire ne mentionne que « pour un pauvre » ou « pour une femme », précisant quand c’est le même jour « pour un autre pauvre » ou « pour une autre femme ». On sait alors qu’il s’agit de femmes ou d’hommes différents.

Pour les autres malades, des indications plus ou moins précises permettent de les individualiser. La distinction se fait alors selon quatre critères. D’abord par le lieu d’origine, ce qui permet de constater que l’hôpital ne reçoit pas que des Tonnerrois, mais aussi des gens du comté, d’autres régions de France et même des étrangers : un pauvre homme du faubourg Rougemont, un autre d’Argenteuil, un pauvre de Fresnes, une fille de Cruzy, une de Molosmes[5], une « fille d’auprès de Sens », un homme de Paris, un autre « de Molins en Bourbonois », une femme de Troyes, une autre de Chartres, l’espaignolle, le prouvençal, « un pauvre Italien natif de Rome »… La distinction peut se faire aussi ou en plus par la désignation de la maladie : une femme qui a mal à la main, un enfant qui a mal aux yeux, un garçon ayant mal à la tête, le galleux, « pour un qui est rogneux[6] aux jambes », « pour un qui a mal aux oreilles », un homme « au bras luxé », « pour un de Rogemont qui a la jambe rompue », « pour une qui a une sciatique » ou une « qui crache le sang », « pour celuy à qui on a apliqué le cautaire », ou encore par ricochet « pour la femme de celuy qui a mal au pied », etc. Parfois, c’est un caractère remarquable qui fera la différence : une fille rousse, la manchotte, le tondu, le boiteux, « un grand homme noyr qui est maigre ». L’apothicaire désigne également les malades par la lettre du lit dans lequel ils gisent car chaque travée porte une lettre écrite sur le mur[7] : « pour un pauvre à la lettre C », « pour une vieille au lict N », un homme au lit M remplacé deux mois plus tard par une femme, une autre au lit O et le même jour un homme de Laignes au lit D, puis l’Espagnole, puis un pauvre homme « au lict suivant ». Enfin, lorsque les personnes sont connues, généralement tonnerroises, leur nom est cité et dans ce cas très rarement leur maladie.

"Parties pour lospital de tonnerre" par Jacques de chaonnes (H E 128-2)

« Parties pour lospital de tonnerre » par Jacques de chaonnes (H E 128-2)

On s’aperçoit qu’en temps normal (hors épidémie), il y a deux fois plus de personnes d’autres régions ou d’origine inconnue que d’habitants de la ville ou du comté. Quant aux Tonnerrois, ce sont le plus souvent de petites gens désignés par leur prénom – Marceau, Claude – ou des veuves – par exemple la Cabassone, du nom Cabasson car on féminisait le nom de famille pour les femmes, ou encore la Baricaude (du nom Baricaud ou Baricault). Le personnel de l’hôpital profite aussi des soins : en 1579 par exemple, la chambrière des religieuses, une servante de cuisine, Pierre le charretier, sœur Thiennette ou frère Bon reçoivent des remèdes. L’année 1579, l’hôpital accueille deux fois plus d’hommes que de femmes[8]. Il reste néanmoins difficile de découvrir par ces seuls documents combien de malades sont accueillis en même temps. Pour cela, il faut se référer aux carnets de visites du dépensier qui pour cette année livre un nombre moyen de 16 malades alités[9], ce qui est peu. Parmi les malades accueillis, ils ne sont que 23 % de la ville, 10,6 % du comté et 66,4 % d’origine étrangère ou inconnue.

Des blessures

Parmi les malades, il y a des blessés. Blessures accidentelles comme mal à la main ou à la jambe, jambe rompue, estropié des deux jambes, bras luxé, brûlures, ou blessures dues à des actes de violence. Le mardi 7 avril 1579, deux hommes sont amenés à l’hôpital. Le premier, de Fresnes, a reçu sept coups d’arquebuse dans un pied et le second, dont on ne connaît pas l’origine, a reçu un coup de dague au côté. L’homme de Fresnes va recevoir 26 remèdes jusqu’au 18 août et l’autre 5 remèdes jusqu’au 15 mai.

Que donne-t-on à de tels blessés ? Parce que plus nette, une plaie provoquée par une arme blanche était relativement moins grave qu’une blessure par balle. Le blessé par dague ne semble pas trop atteint, aucun organe n’est touché. On lui applique à l’aide d’éponges de la Terbentine de Venize (un détersif), puis de l’Hypericum, huile de millepertuis, un cicatrisant et anti-inflammatoire avec du miel rosat qui adoucit. Le traitement doit être renouvelé car les quantités sont importantes. Un peu plus d’un mois après, le 15 mai, il reçoit de l’aureum, un onguent vulnéraire que l’on donne en bonne voie de cicatrisation. Puis plus de nouvelles de cet homme.

Quant à l’autre blessé, il est l’objet d’une attention particulière. Une arquebusade pouvait provoquer une plaie avec un délabrement tissulaire important et un grand risque de s’envenimer. De plus, dans le pied, la balle peut rompre os, nerfs ou tendons. Une fois ôtés les chairs lacérées, les esquilles d’os, la balle et autres corps étrangers ayant pu pénétrer, on appliquait des cataplasmes à base de farine d’orobe et farine de febves (deux farines considérées comme détersives et résolutives pour les tumeurs), de pouldre de roses de Provins (poudre astringente qui arrête le sang), pouldre de melilot (poudre émolliente, qui adoucit l’inflammation), pouldre de camomille et de l’huille rosat (vulnéraires), et enfin un mondicatif, un onguent détersif et vulnéraire qui nettoie plaie ou ulcère. Dix-sept jours plus tard, le 24 avril, on réitère le cataplasme en y ajoutant de l’huille d’ipericum (Hypericum, huile de millepertuis, un cicatrisant et anti-inflammatoire) et toujours le mondicatif. Le lendemain, de l’huile rosat rafraîchissante. Plus d’un mois se passe et le 9 juillet, le blessé reçoit un onguent plus sévère, de l’egiptiacum (Egyptiacum), un onguent chaud à base de vert de gris, miel et vinaigre ayant des qualités détersives ; on l’emploie pour « consumer les chairs baveuses des plaies », il nettoie, enlève la pourriture, purge les matières purulentes et la chair morte. Le 20 juillet, le blessé reçoit du palmeum (Diapalma ou emplâtre palmeum) qui assèche, absorbe le pus, bon pour les plaies, contusions, os brisés ; de l’huille rosat, du nutrictum, un onguent froid, dessicatif, rafraîchissant et cicatrisant, à base de plomb, huile, vinaigre ; de l’Apostolorum, un onguent vulnéraire plus doux que l’Egyptiac qu’il reçoit néanmoins, le mondicatif et du miel rosat, de l’alun utilisé pour stopper les hémorragies et nettoyer les plaies, du blanc rasis (Album Rhasis ou Blanc de céruse), onguent froid dessicatif et apaisant, à base de plomb, qui corrige les intempéries chaudes (brûlures, démangeaison…), du pomphligos (Diapompholix) onguent froid très dessicatif et rafraîchissant qui guérit les ulcères, en particulier sur les jambes car il apaise les inflammations, dessèche les humidités superflues, amène les ulcères à cicatriser. Encore un petit mois et le 18 août, on lui applique un emplâtre résolutif et fortifiant à base d’Oxicroceum et de melilot qui amollit les duretés et « discute l’humeur près des jointures », dont on se sert en cas d’os rompu. Il reçoit aussi de l’Apostolorum et du Nutrictum, onguent froid dessicatif et cicatrisant.

L’immobilisation, la bonne chair et le repos ont certainement contribué à sa cicatrisation. Il est précisé que ce 18 août est « le jour qui s’en alla de l’hospital ». D’ailleurs sa femme est venue le chercher. Il va donc rentrer à Fresnes, à 25 km de là. A pied ? L’histoire ne le dit pas mais il a échappé à l’amputation. Lorsqu’il y a amputation, des prothèses remplacent parfois le membre : l’hôpital paye en effet Vincent Chausson, menuisier à Tonnerre, « pour deux jambes de bois pour un pauvre soldat estant es lict dudict hospital auquel les jambes ont esté coupees par le cirurgien d’icelluy hospital », ainsi que Nicolas Moreau, sellier, « pour la garniture [en cuir donc] desdictes jambes de bois »[10].

D’autre maux

Dans un règlement de 1565, il est précisé que le chirurgien assistera à la réception de chaque pauvre pour les visiter, reconnaître leur maladie et les refuser s’ils sont atteints de maladie contagieuse : lèpre, vérole, mal St Main[11] ou peste. Pourtant l’hôpital reçoit des rogneux. Sans doute n’en sont-ils pas encore à un stade gravissime.

En temps normal, les maux les plus fréquemment évoqués sont le mal aux yeux, mal aux oreilles, sciatique, gale, dartres, gerçures, fièvre, maux de gorge, hydropysie. Mais d’autres fois, les choses s’enveniment. Ce fut le cas en 1586-1587. Un épisode de peste sévit alors dans plusieurs régions. Il est avéré à Sens et, d’après Le Maistre[12], à Tonnerre aussi. De fait, il y a un crescendo du nombre de malades avec un pic aux mois de juin et juillet 1586. Les carnets de visitation[13] révèlent 53 « pauvres gisans aux lict malades » le 19 juin, 47 le 23, 41 le 27 et le 30, 45 malades le 3 juillet, 48 le 7, 54 le 14, 57 le 21 jusqu’à 60 le 28 et 57 le 30, puis le nombre diminue lentement pour atteindre 44 le 18 août, et encore 43 fin septembre. Ce sont des chiffres lourds en regard de la vingtaine de malades en temps normal et il est certain dans ces circonstances qu’ils sont à plusieurs par lit, ce qui ne semble pas être le cas habituellement. Un automne 1586 humide, suivi d’un hiver froid et humide et d’un printemps froid jusqu’en mai n’ont favorisé ni la bonne santé ni de bonnes récoltes et un nouvel épisode contagieux sévit. Dans une assemblée du 23 mai 1587, les paroissiens de Saint-Pierre délibèrent que « s’il advenoyt danger de maladie dangereuse comme il a faict par cydevant, ceux qui seront décédés ne seront enterrés à l’église durant la contagion »[14]. Le Maistre ajoute que cette année-là, les rôles de taille indiquent deux cents trois familles insolvables pour décès ou absence (les plus riches s’éloignaient du foyer de contagion). D’après la facture de l’apothicaire Jacques de Chaulnes[15] et au nombre de livraisons, c’est dans la semaine du lundi 30 mars au dimanche 5 avril que se déclare l’épidémie. Elle va durer jusqu’à fin juin, soit trois mois. On parle de vers, de flux de sang, de flux de ventre, dont « une femme qui jettoit des vers par la bouche ». Cela ressemble davantage à la dysenterie qu’à la peste. Les remèdes sont laxatifs, vomitoires, astringents ou vermifuges, sous forme de cataplasme, liniments, poudres, médecines ou tablettes. Il y avait des prémisses depuis le début de l’année, y compris parmi le personnel de l’hôpital. Un certain N. de Reuilly va rester cinq mois à l’hôpital, du 16 janvier au 4 juin[16]. Quelques-uns restent une semaine, la plupart de un à deux mois.

Chose surprenante par rapport à une année normale, cette période épidémique voit s’inverser la proportion d’habitants de la ville par rapport aux pauvres étrangers : 70 Tonnerrois tous nommés dont 26 femmes et une petite fille, contre 45 personnes (dont 6 femmes et trois jeunes garçons), sans doute pauvres et « étrangers », ainsi qu’un homme de Chemilly (village de l’Allier). Parmi les pauvres, quelques-uns ne reçoivent que du sucre rosat, sucre candi ou réglisse ou encore enulatum contre la gale, mais la plupart d’entre eux, sans doute atteints du même « mal épidémique », reçoivent des remèdes équivalents à ceux des habitants.

Outre les purges et lavements à l’aide de clystère, les remèdes sont parfois très complexes : « une pouldre astringente composee avec myrobolans, semen contra, bol armenic, pouldre d’aromaticum rosatum, sucre rosat et aultres contenant 2 onces ½ pour plusieurs prises » (25 sols pour trois hommes) ; « une medecine pour deux prises composee avec senné, 4 drachmes[17] myrobolans, un drachme pouldre d’aromatum rosatum, syrop d’absynthe et plusieurs aultres drogues » (pour 30 s), drogue que l’on réitère pour plusieurs autres « ayans flux de ventre » ; « une pouldre astringente contenant 2 onces composee avec coral [corail] bol armenic, pouldre d’aromatum rosatum, sucre rosat et aultres » (25 s), ou encore « 1 drachme pouldre d’anis et corne de cerf brulee et lavee avec vin blanc » (18 d) (pris en breuvage avec le vin), pour une femme qui reçoit en plus une médecine laxative.  Le Semen contra est un vermifuge contre les vers intestinaux[18]. L’Aromatum rosatum est un mélange donnant une poudre qui fortifie l’estomac et autres viscères, qui aide à la digestion et dissipe les ventosités. Les mirobolans, astringents et purgatifs, sont une espèce de prune séchée venue des Indes. Le sirop d’absinthe est utilisé dans les maladies du foie et de l’estomac, il aide à la digestion et est bon contre les vers. Le bol d’Arménie est une terre qui assèche et qui, en usage interne, est bonne contre la dysenterie ou le flux de ventre (diarrhée). On utilise aussi de rares ingrédients animaux, comme les coraux réputés froids et secs qui font, entre autres, mourir les vers, de même que la corne de cerf calcinée qui également resserre les tissus[19]. Le Séné, qui arrive du Levant, est un purgatif. Il semble évident qu’il y a un problème grastro-intestinal et parasitaire chez beaucoup. Les médicaments ne sont pas du tout les mêmes que les autres années, sauf pour les malaises ordinaires (refroidissement, gale, goutte…).

A partir du début juillet 1587, les médecines laxatives ou vermifuges s’estompent et l’on revient à des traitements ordinaires. Un signe de la fin de la contagion est le retour des riches Tonnerrois en ville. Même la comtesse Louise de Clermont, duchesse douairière d’Uzès, en partance pour le sud, passe par Tonnerre. Elle a près de 80 ans et, comme toute personne de condition, évite les lieux pestiférés. Elle va donc éviter l’hôpital et sera logée chez Henry Canelle, élu pour le roi en l’élection, dans l’hôtel dit aujourd’hui « hôtel d’Uzès »[20]. Le 9 juillet, elle y signe une procuration pour la réception des comptes de l’établissement qui a lieu deux jours plus tard, évitant ainsi tout contact avec les lieux.

De bonnes cures, somme toute

Il est très aisé de discréditer les soins et médicaments reçus par les hospitalisés au XVIe siècle[21]. Pourtant, avec les connaissances d’alors et la philosophie sous-jacente, il faut reconnaître que les malades reçoivent des soins très corrects. La comtesse Louise de Clermont va même jusqu’à prêter son médecin. Elle est en effet toujours accompagnée d’un médecin dont on trouve parfois trace en l’hôpital. C’est le cas par exemple du sieur de St Pons qui va la suivre par quartier de 1555 à 1573 où il devient premier médecin de Marguerite de Valois, reine de Navarre. Honnorat Le Chantre, seigneur de Saint-Pons a ainsi laissé des ordonnances pour des pauvres malades lors de certains de ses passages. Il prescrit de nombreux collyres. Un cas intéressant est celui de Jehanne de Cri[22]. C’est la seule fois où de l’argent-vif est prescrit pour un onguent où entrent également de l’huile d’aspic, de l’axonge de porc [saindoux], du mastic et galinaceorum anseris. Autant de produits qui, selon Ambroise Paré et d’autres, sont « le vray antidote de la grande vérole », autrement dit la syphilis. Paré ajoute que « l’axunge de porc y est fort propre, parce qu’elle relâche, amollit, et refoult facilement le vif-argent », tandis que l’huile d’aspic (une sorte de lavande) « raréfie, digère et cède les douleurs ». Ce seul onguent coûte 40 sols, ce qui est très cher. Il en était demandé une livre « par l’ordonnance de monSr de St Pons duquel Me Jehan Combart [le chirurgien] l’a oynte ». Jehanne avait auparavant reçu d’autres drogues et aura encore une médecine.

Certains malades ne font que passer semble-t-il, venant chercher un médicament sans rester à l’hôpital. Citons un ermite du mont Sara[23] qui en février 1579 reçoit une pilule. On n’en sait pas davantage mais on peut douter qu’il soit resté en société. De même qu’une « pauvre chambrière » de Tonnerre qui vient chercher un collyre et doit retourner travailler chez ses patrons. Fin juillet 1587, après l’épidémie, même les trois chevaux de l’hôpital reçoivent un traitement. J’ignore s’il est interne ou externe, mais il s’agit d’un mélange d’anis, coriandre, cumin, clous de girofle, cannelle, muscade et gingembre.

La mort d’un humaniste à Tonnerre

Traducteur de latin et de grec, Pierre Saliat (Salliat ou Salyat) avait côtoyé les familles de Genouillac et de Crussol et enseigné à Paris au collège de Navarre et, depuis quelques années, il était précepteur des trois petits frères d’Antoine de Crussol : Jacques, Louis et Galliot24]. Il n’est plus guère connu aujourd’hui que de quelques chercheurs érudits et on sait fort peu de choses de sa vie. Il peut donc être intéressant d’ajouter une pierre à l’édifice en parlant de la fin de sa vie. En effet, dans les notes biographiques à son sujet, on sait qu’en 1556, il fut secrétaire du cardinal de Châtillon – frère aîné de François d’Andelot seigneur de Tanlay, proche Tonnerre – et on ignore la date de son décès. En avril 1556, Antoine de Crussol avait épousé Louise de Clermont, devenant ainsi comte de Tonnerre. C’est cette même année que sont éditées les Neufs livres des Histoires d’Hérodote, « le tout traduit par Pierre Saliat secrétaire de Monseigneur le reverendissime cardinal de Chastillon ». Le cardinal comme les Crussol suit alors la cour dans le val de Loire. Il se peut que Pierre Saliat soit aussi présent. A Paris en juin, comme les Crussol, il signe son épître à Henri II à qui il dédie son livre. Toujours est-il qu’on le retrouve en novembre au côté du couple comtal qui assiste, à Sens, au procès qu’il a intenté contre les habitants de Tonnerre[25]. Le 13 novembre, Crussol écrit à son bailli et autres officiers de Tonnerre pour les informer de la destitution de Toussaint de Mallesec et de la nomination de Pierre Saliat comme maître et administrateur de l’hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles par lui-même et la comtesse. L’installation et le serment ont lieu deux jours plus tard, le dimanche 15[26]. La nomination d’un maître de l’Hôpital est un enjeu de pouvoir. Antoine de Crussol et Louise de Clermont accomplissent ici un acte symbolique fort rappelant qu’ils sont les seigneurs du comté. Acte envers les habitants mais aussi envers les du Bellay qui, depuis le décès de François en 1553, ont des prétentions sur le comté. Des lettres adressées à Saliat montrent toute la confiance du comte et de la comtesse à son égard.

Mais à la saint Rémy 1560, Pierre Saliat tombe malade ou subit une crise d’une maladie déjà installée. Sur ordonnance du médecin Jehan Baillet, l’apothicaire Pierre Garon livre des médicaments et autres thérapeutiques les 4, 5 et 9 octobre[27]. La liste s’allonge les 13 et 22 octobre. Chaque jour, un clistère (seringue à lavement) est prescrit avec des remèdes par voies interne et externe, sauf le dernier jour, le 22. La première fois, il reçoit « sertainnes huyles pour luy frouter le couté » et une « fomentation pour luy appliquer sur le ventre », ainsi que du sucre candi et une pilule. Appliquée avec un linge, la fomentation, chaude et humide, ramollit et adoucit, elle atténue les douleurs. Le lendemain, Pierre Saliat reçoit des raisins de Damas, de l’orge mondé et un sirop de jujube qui, réunis en tisane sont utilisés contre la toux. Le 9, on lui fabrique de la gelée à base de sucre, cannelle et safran, puis l’orge mondé. Le 14, il reçoit un emplâtre dont on ne connaît pas la composition « pour luy appliquer dessus l’estomac », le même sirop de jujube et les orges mondés, un julep (sorte de sirop) digestif pour sa toux, une boîte de looch et la gelée de sucre-cannelle-safran. Dans la dernière livraison se côtoient du sucre, des amandes, l’orge mondé, une autre boîte de looch et la même gelée auxquels on ajoute une grenade et une bouteille de sirop de grenade. L’orge mondé est une sorte de tisane à base d’orge débarrassé de ses enveloppes. Ambroise Paré recommandait l’orge mondé parce qu’il « rafraischit, humecte, deterge et lache un peu le ventre ». Le looch est une composition à consistance plus épaisse qu’un sirop et que l’on prend en y trempant un bâton de réglisse que l’on suce. La composition ici n’est pas donnée mais les loochs sont utilisés dans les maladies de la poitrine et des poumons ; ils calment la toux. On peut penser que le maître est atteint d’une intempérie froide et sèche. Il souffre, respire mal et tousse beaucoup et les soins qu’il reçoit sont plutôt palliatifs. La facture s’élève à 15 L 6 s 6 d ts.

L’apothicaire Garon arrête sa liste au 22 octobre. Il précise qu’il a donné ces drogues « pendant qu’il [Saliat] a esté malade de la maladie dont a esté deceddé selon les ordonnances des medecins et mandement dudict feu Salliat pour l’entertenement [l’entretien] de sa personne ». Le 27 octobre, un carnet de dépenses indique « des petits pains pour quatre hommes qui gardent ladicte maison et d’aultres qui garderent ledict hospital toute la nuyct à icelle fin que on ne transportast rien dudict hospital »[28], ce qui indique clairement que le maître est mort. Pierre Saliat est décédé entre le 23 et le 27. J’opterais pour le 26 ou le 27. Le 6 novembre, Damyan Sanbon son serviteur est remercié ainsi que Jehan Baillet le médecin : le dépensier règle 30 sols tournois à l’un pour un arriéré de deux ans pour ses services et 12 livres tournois à l’autre pour cinq années, « lesquelles sommes seront prinses sur la vente des meubles dudict deffunct leur maistre »[29]. L’Hôpital n’avait en effet pas à payer pour les frais personnels des maîtres et il est de plus aux prises avec deux conflits bien encombrants : d’une part Toussaint de Mallesec qui tente de faire valoir ses droits de maître de l’Hôpital et d’autre part Jacques Du Bellay qui tente de faire valoir ses droits sur le comté de Tonnerre, tandis qu’Antoine de Crussol et Louise de Clermont sont très pris à la cour et seront envoyés en mission dans le Sud. Dès le 5 janvier 1561 n.s. l’ultra catholique Jacques Du Bellay, s’empresse de nommer un nouveau maître, frère Nicole Becquet de l’ordre de Saint-Victor à Paris. Il est un moine augustin et tente d’imposer sa règle aux religieux de l’Hôpital qui s’insurgent. Voilà qui change l’ambiance après l’humaniste Pierre Saliat, sans doute « mal pensant de la foi » mais bonhomme.

Voici pour ces quelques incursions parmi les soins à l’Hôpital de Tonnerre au XVIe siècle. Le sujet est ardu et exige des approfondissements. Avis aux jeunes chercheurs en histoire hospitalière : les archives sont là, sur plusieurs siècles.

 

Cet article est complémentaire de celui-ci : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2016/01/09/des-repas-en-lhospital/

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[1] Jean Fernel d’Amiens, Le meilleur traitement du mal vénérien, 1579. Traduction de L. Le Pileur,Paris, Masson, 1879.

[2] D’après Ernest Wickersheimer, la Médecine et les médecins en France à l’époque de la Renaissance, Slatkine reprints, Genève, 1970, p 163.

[3] Voir mon article sur les repas à l’hôpital : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2016/01/09/des-repas-en-lhospital/

[4] Ceci a été initié, en août 1568 (AH, E 97), par le maître Maurille de Lymelle en poste depuis quelques mois. Auparavant et depuis quelques années, les visites étaient organisées les lundis et vendredis.

[5] Argenteuil, Molosmes, Fresnes et Cruzy-le-châtel sont des villages du comté de Tonnerre.

[6] Lésions de grattage pouvant être surinfectées dues à une galle ancienne et chronique.

[7] Je parlerai un jour des bâtiments de l’hôpital au XVIe siècle et de la salle des malades.

[8] Tonnerre, AH, E 128-2.

[9] Tonnerre, AH, E 97.

[10] Tonnerre, AH, E 49, 4 janvier 1570.

[11] Ou mal saint-Méen, gale sévère, « lèpre des Grecs » qui est une rogne qui ronge jusqu’aux os.

[12] Le Maistre « Découverte d’un champ de sépulture à Tonnerre », BSSY,  Auxerre 1849, vol III, p 7-27.

[13] AH, E 149.

[14] Archives de la fabrique, d’après Le Maistre, op. cit., p 15.

[15] AH, E 151-1 : « Parthyes pour les pauvres de l’hospital deues à Jaques de Chaulnes apothicaire » du 31 décembre 1586 au 23 septembre 1587. Remarquons au passage que cet apothicaire, fils de Jacques de Chaonnes a changé l’orthographe de son nom.

[16] Les séjours que je donne sont approximatifs puisque je me base sur la délivrance de médicaments, laps de temps entre la première entrée et la dernière. Il est possible que les gens restent plus longtemps.

[17] La drachme ou dragme était une unité de mesure en pharmacie valant 1/8e d’once.

[18] Voir M. De Meuve, Dictionnaire pharmaceutique ou apparat de medecine, pharmacie et chymie, Paris, 2e éd. chez Laurent d’Houry, 1689.

[19] D’autres substances d’origine animale – œuf, miel, graisse, gélatine… – ou minérale – argent vif, esprit de soufre, perle réduite en poudre… – sont utilisées mais c’est surtout au XVIIe siècle qu’elles vont se multiplier à l’excès jusqu’au ridicule (crottes de chauve-souris, foie de loup, œil d’écrevisse, poudre de crâne humain, momie, etc.), avant de revenir dans nos pharmacopées (huile de foie de morue, créatine, sérum, etc.).

[20] Tonnerre, AH, E 150.

[21] … même si, de nos jours, il y a un retour à l’utilisation des plantes et un regain des médecines alternatives, considérées comme plus humaines, plus globales et moins nocives…

[22] Tonnerre, AH, E 96, en 1569. Cry est un village sur l’Armançon à une trentaine de kilomètres et à la limite du comté.

[23] Le Mont Sara est une colline à l’Est de la ville, alors à environ 1,5 km de la porte de Rougemont, qui possédait un hermitage. Le chemin qui y menait longeait la Grange Guillaume Aubert et une chapelle. Il reste encore la ferme dite grange Aubert et un Ecce Homo dans un oratoire du XVIIe siècle.

[24] J’ai parlé de Pierre Saliat dans l’article sur les recteurs des écoles, ici dans la rubrique Ecole et collège : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/01/02/recteurs-des-ecoles/. Pierre Saliat avait aussi écrit une biographie de Galiot de Genouillac (mort en 1546), grand-père maternel d’Antoine de Crussol, qui fut grand maître de l’artillerie sous François 1er ; livre paru en 1549 et dédié à Antoine de Crussol alors vicomte d’Uzès. Le poète Charles Fontaine loue la science de Saliat qui a instruit Antoine et est désormais maître de ses frères (Charles Fontaine, Odes, énigmes et épigrammes, adressez pour etreines, au Roy, à la Royne, à Madame marguerite et autres Princes et Princesses de France, Lyon, Jean Citoys, 1557 (privilège du 1/10/1555), p 26 et 55) ; en 1553-1554, Jean est mort, Charles est déjà abbé et les trois autres sont âgés de 9 à 15 ans. Saliat est donc employé par Antoine avant même son mariage avec Louise.

[25] Mon propos n’est pas ici de parler de ce procès, mais j’y reviendrai dans le grand incendie de 1556.

[26] Voir le procès verbal d’installation transcrit et publié intégralement par Eugène Drot d’après ADY, E 116, f° 5 sqq : (BSSY, 1902-2, pp 245-247)  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298668q.image.r=Salliat.f246.hl

[27] Tonnerre, AH, E 82.

[28] Tonnerre, AH, E 76.

[29] Tonnerre, AH, E 75. Jehan Baillet était médecin de l’Hôpital, il est payé ici pour ses services personnels auprès de Saliat et ne perdra pas son office.

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Des repas en l’hospital

Des carnets indiquant les dépenses de bouche de l’hôpital offrent de découvrir l’ordinaire pour les religieux et religieuses, les malades, les orphelins et autres serviteurs de la maison, ainsi que les achats supplémentaires en présence du maître ou d’invités. J’ai extrait les dates d’hiver, du 25 décembre 1550 au 2 janvier 1551 n.s.[1], d’automne, 15 septembre au 14 octobre 1553[2], et le 23 mars 1550 avant Pâques (1551 n.s.)[3] pour un exemple en Carême. Cette étude n’est donc pas exhaustive sur une année, mais permet cependant de tirer quelques conclusions.

Une certaine vision du monde

Manger n’est pas un acte neutre. C’est un fait social, un carrefour entre besoin primaire, valeurs, normes et usages portés par une société à un moment historique donné. La Renaissance hérite justement d’une vision philosophique du monde ordonné verticalement, l’échelle des êtres. Chaque élément de vie y trouve sa place, mais celle-ci est hiérarchisée en fonction de sa plus ou moins grande proximité avec Dieu : les végétaux appartenant à la terre sont tout en bas de l’échelle, les poissons se situent au-dessus, puis les animaux sur pattes, eux-mêmes dépassés par les oiseaux qui touchent à l’air et au ciel. Chaque règne a sa propre hiérarchie interne. Parmi les végétaux, de bas en haut : les racines ou bulbes, puis les pois ou légumes poussant hors de terre, enfin les fruits des arbustes puis des arbres. Parmi les animaux : les porcs qui fouissent la terre, les bovins, ovins, puis le gibier à poil sauvage et libre, et enfin les volatiles, de la volaille de ferme au gibier à plume.

La société humaine elle-même est divisée en trois ordres (clergé, noblesse, Tiers-Etat), chacun possédant sa propre hiérarchie, chose considérée comme naturelle par tous. Ainsi, que chacun mange selon son statut ne choque personne, c’est l’inverse qui serait inconvenant. Intervient ici une autre distinction : entre la délicatesse ou subtilité et, à l’opposé, le grossier. On estimait que les élites sociales avaient l’estomac faible et devaient donc manger des aliments délicats, se digérant plus facilement, tandis que les nourritures grossières du bas de l’échelle étaient considérées comme plus nourrissantes en même temps que très digestes pour les estomacs robustes des travailleurs (paysans, artisans, proches de la terre ou de la matière).

Ce préambule pour permettre d’appréhender la distribution de nourriture entre chaque catégorie de personnes à Notre-Dame-des-Fontenilles en fonction de la hiérarchie propre à cet établissement : en haut le maître, puis les religieux, les religieuses, les malades, les orphelins et en bas les serviteurs-domestiques. Quoique le statut des paouvres malades ne soit pas si clairement défini : on se demande parfois s’ils ne sont pas juste en dessous du maître. Nous allons voir qu’ils sont très bien nourris. Les médecins peuvent intervenir à leur sujet et recommander qualité ou quantité de nourriture en fonction du malade, de la maladie et de sa gravité. On fait allusion ici à la diététique d’alors, dont les concepts de base étaient le chaud et le froid, le sec et l’humide, les quatre humeurs du corps et la diversité des tempéraments, sans oublier la distinction entre délicatesse et grossièreté.

Les résidents de l’hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles en 1550-1553

En haut de la pyramide règne le Maistre et administrateur qui est nommé par les comtes de Tonnerre. A la suite de son frère Eustache, grand archidiacre de Paris, François du Bellay a désigné, fin 1547, Louis Le Bouteiller, de noblesse bretonne. Docteur en théologie, il est pour lors grand aumônier de la reine Catherine de Médicis et vient d’être nommé abbé de Notre-Dame de Relecq au diocèse de Laon. Un homme de cour donc et très épisodiquement dans son abbaye comme dans son hôpital de Tonnerre, ce qui est le fait de tous les maîtres avant lui. Il se déplace avec trois chevaux, un palefrenier et un chambrier. Louis Le Bouteiller est présent du jeudi 25 au mardi 30 décembre 1550 où il est précisé que « MonSr est parti ce matin aprez disner pour aller en court ». Il est également présent du dimanche 24 septembre 1553 à souper – il arrive juste à temps pour rendre ses comptes à la comtesse Louise de Clermont – au lundi 8 octobre. Le calcul des dépenses dévoile qu’en sa présence on débourse un peu plus du double qu’à l’habitude, ceci en raison d’invités à sa table, mais aussi de dépenses de luxe en des mets délicats.

Viennent ensuite les religieux qui sont cinq, y compris le vicaire Jehan LeMaistre, et les religieuses au nombre de quatre. Durant l’hiver 1550-1551, les malades sont 42 à 43. J’ignore leur nombre en automne 1553, mais il est moindre en regard des achats effectués. Le nombre d’orphelins n’est pas précisé. Les enfants trouvés ou trop pauvres jusqu’à 3 ans sont mis en nourrice en ville ou dans les villages. Ne restent à l’hôpital que les « pupilles » plus âgés qui sont moins d’une dizaine. Enfin, en bas de l’échelle statutaire, les « serviteurs domestiques », ceux qui sont salariés par l’hôpital et y résident. Ce sont un charretier, une chambrière, une ou deux servantes de cuisine et un jardinier, sans oublier le palefrenier et le chambrier du maître lorsqu’il est là. En l’hiver 1550, ce sont 65 personnes environ que l’hôpital doit nourrir et 55 à 60 durant l’automne 1553.

Les repas quotidiens à l’hôpital consistent en un disner (déjeuner, avant midi) et un souper (notre dîner, entre 17 et 18 h). Ces achats de nourriture ne permettent pas de connaître l’intégralité des repas fournis à tous, puisque l’hôpital possède des terres, des vignes, des jardins et vergers, et des métairies qui fournissent les céréales, le raisin, les légumes, pois ou racines, les fruits.

Le pain et le vin

Pain et vin sont les éléments indispensables d’un repas. Le blé, engrangé dans les greniers, est fourni chaque semaine à un boulanger qui pétrit la pâte et fournit le pain qui dans les années 1550 est cuit au four de l’établissement. Chaque religieux, chaque pauvre a droit à 3 livres de pain par semaine, tandis que les cinq serviteurs de la maison se partagent 3 livres 8 de « pain bis commun » par jour. Une à deux fois la semaine, le boulanger fournit des miches de pain en fonction de ces besoins. Les rares pains achetés sont des petits pains blancs destinés au maître ou à ses invités, mais la plupart du temps, le scénario est le même comme en ce jour de Noël 1550 où le dépensier livre trois livres de froment à Jehan Henry, boulanger attitré pour faire du pain blanc à monseigneur le maître.

Quant au vin, il est fabriqué sur place dans le pressoir et conservé à la cave. Les pauvres reçoivent une pinte par jour, soit une chopine par repas (un peu moins d’un demi litre), les religieux presque le double et les religieuses une pinte 1/3 de vin clairet. Précisons que le vin était toujours bu coupé d’eau et considéré comme bon pour la santé, que plus il était clair, plus il était digeste et réservé aux estomacs « fragiles ». Justement, l’hôpital produit du vin blanc, du clairet et du vin commun, plus noir, réservé aux estomacs robustes des travailleurs. Bien entendu, il faut payer la façon des vignes et des vendanges ainsi que le boulanger et le jardinier, mais ces dépenses n’apparaissent pas dans les carnets, seulement dans les livres de comptes.

La chair des jours gras

En dehors du pain et du vin, le met très consommé au XVIe siècle est la chair, autrement dit la viande – mais le mot viande désignait les aliments en général, on disait donc chair. Les études historiques sur l’alimentation montrent que la consommation de viande était moindre qu’au siècle précédent, mais encore très prisée. On considère que la viande est particulièrement nourrissante et reconstituante. Encore faut-il tenir compte des estomacs et de la complexion de chacun.

En bas de l’échelle, la chair de porc est réservée aux serviteurs : « au portier au charretier aux deux servantes de cuisine, femmes d’aige mur et de bonne vie […], pour tous ensemblement aux jours gras et par chacun jour une demi livre de chair de porc »[4]. Fin décembre, on achète donc un « pourceau gras à cause qu’il n’en y avoyt pas pour la provision ». Un porc destiné à la salaison pour plus tard. Les tripes sont aussi une nourriture grossière ainsi que le bœuf, réservés aux estomacs solides et non recommandés pour les malades. On mange le bœuf bouilli et il sert à faire des bouillons pour les potages. Il peut aussi être salé et conservé plusieurs jours[5]. Pour les estomacs plus délicats – ceux du maître, des frères et des sœurs, des malades – les viandes de boucherie fraîches prioritaires sont le mouton et le veau. En hiver 1550-1551, on achète bœuf et veau en mêmes proportions (27,8 et 26,8 %)[6], contre 34,15 % de mouton. En automne 1553, le mouton domine, comme si c’était la saison du mouton, tandis que le bœuf reste stable (24,9 %) et que le veau se fait rare (3,31 %). Considérée comme très digeste, hiver comme automne la volaille de basse-cour représente 10 % des achats, surtout des « gros poulets », destinés aux religieux comme aux malades le samedi, tandis qu’à Noël, le maître mange du chapon. Enfin, pour les élites (le maître, la comtesse, des invités de marque), on se procure du gibier à poil ou à plume (levrauts, lièvres, canards de rivière, perdrix).

Pieter Aertsen, Etal de boucherie et la fuite en Egypte, 1551, Musée Gustavianum, Uppsala

Pieter Aertsen, Etal de boucherie et la fuite en Egypte, 1551, Musée Gustavianum, Uppsala

Pour la viande, les provisions les plus importantes de la semaine ont lieu le dimanche, avec de grosses quantités : mouton entier, ou demi veau et demi mouton, de 36 à 172 livres de bœuf. Malgré cela, en fonction des besoins, on rachète tous les jours de la viande de boucherie sauf le vendredi, mais en plus petites portions, par quartiers. L’hôpital se procure cette viande chez les bouchers et cherche le plus offrant : on achète du bœuf chez Didier Allier pour 20 sols (au lieu de 22 s 10 d.t., précisé en marge) ; une autre fois, c’est Jacques Carré qui offre treize à la douzaine, 13 livres de bœuf pour 12. Plus la quantité est importante, plus on obtient de ristourne. La volaille s’achète le plus souvent le samedi au marché.

Les chairs de Noël

Ainsi, pour avoir un aperçu, les 65 hôtes se partagent chaque jour gras autour de Noël 1550, outre le porc qui n’est pas mentionné, du bœuf et :

  • Jeudi 25 décembre : demi mouton pour le souper des pauvres « mangeant chair » + l’autre moitié pour le reste de la maison dîner et souper + demi veau partagé au dîner + 1 perdrix et un pâté de veau pour le maître ;
  • Samedi 27 : on fait la provision de 144 livres de bœuf pour la semaine (soit autour de 10 kg par jour) + 3 quartiers de veau et 1 quartier de mouton pour dîner et souper des pauvres et le train + provision de 3 chapons et 4 bonnes poules pour le maître (qui en mange chaque jour au dîner, est-il précisé) ;
  • Dimanche 28 : 3 quartiers de veau et demi mouton pour tous (dîner et souper) + 1 lapin et 1 pâté de chapon pour Maître et invités ;
  • Lundi 29 : 1 mouton et 1 veau pour tous + 1 canard de rivière pour le maître ;
  • Mardi 30 : demi veau et demi mouton pour tous + 1 chapon et 1 poitrine de mouton pour le dîner du Maître qui quitte Tonnerre après ;
  • Mercredi 31 : demi veau et demi mouton pour les pauvres (les religieux et serviteurs doivent manger des restes).

Ces grosses quantités de viande sont accompagnées généralement de salades, rarement achetées. Une mention pour « le cresson du jour ».

Nourriture des jours maigres

Un jour maigre est un jour où l’on se prive de viande et de graisse animal mais, sauf durant le Carême, les œufs, le beurre et le fromage sont permis. C’est donc un jour d’abstinence où le poisson est fort recommandé. Etant de nature froide et humide, il facilite toutes les abstinences. Dans cette société très religieuse, les jours maigres représentent plus de 150 jours par an pour ceux qui respectent les préceptes à la lettre : tous les vendredis, samedis et même mercredis, du moins pour les moines et les dévots. En ces temps, les obligations du mercredi et du samedi déclinent et seules les religieuses et le vicaire s’y soumettent totalement. C’est du moins ce que l’on observe dans les carnets : alors qu’un samedi, on achète trois quartiers de veau et un de mouton « pour le disner et souper tant des paouvres qui mengent chair que pour l’ordinaire de monseigneur et tout le train », on achète aussi des harengs « à donner en portion du vicaire et des relligieuses qui ne mangent poinct de chair cedict jour ». Le mercredi suivant, l’achat de harengs n’est destiné qu’à « la provision des relligieuses qui ne mengent chair ». Pourtant des achats de poisson et d’œufs ont lieu aussi tous les samedis, en moindre quantité que le vendredi mais indiquant que certains jeûnent. Les malades, comme le reste de la maison ne sont donc soumis au maigre que le vendredi et le samedi s’ils le désirent, hors temps de Carême évidemment ou de jeûne impératif avant certaines fêtes religieuses, et si leur état le permet. Certains en effet n’ont pas droit à la viande qui « échauffe ».

Les poissons sont généralement nommés sauf sept mentions de « poisson » et trois de « petits poissons », que j’ai traduit par friture. On déguste à Tonnerre autant de poissons frais de rivière – anguille, barbeau, brochet, brocheton, carpe, moutelle (lote de rivière), friture, mulet, saumon, truite, vilain (chevaine) –, que de poissons séchés, salés ou fumés – hareng (blanc ou saur), maquereau, morue (poisson et tripes de morue), seiche, mais ce type de poisson est moins cher. Là aussi la hiérarchie alimentaire va de pair avec la hiérarchie sociale. Tous, même le maître, mangent du hareng ou de la morue, mais le maître se réserve les harengs blancs légèrement saumurés mais non fumés et les tripes de morue. Lorsqu’il s’agit de poisson frais, brochet, brocheton, lotte, truite, chevaine et saumon sont pour le maître. Anguille, barbeau et carpe sont partagés, bien que la carpe aille plus souvent sur la table du maître. Poissons et petits poissons sans autre précision sont destinés à tous, au maître une seule fois.

On achète des œufs le vendredi et le samedi pour la provision de la semaine. Ils servent à faire des brouets (bouillons à base d’œufs, de lait et de sucre) ou du potage pour tous, mais parfois uniquement pour les malades, à base de naveaulx (navets), pois, fèves ou fromage par exemple. Les œufs sont interdits pendant le Carême. La ristourne pour les œufs est un peu complexe : pour « quarante œufs à iiii [4] au blanc » on paye iii s ix d (3 sols 9 deniers tournois soit 45 deniers). Le blanc est une petite pièce de monnaie valant 5 deniers, il a donc fallu 9 blancs pour 4 œufs par pièce. Au lieu de 36 œufs, on en obtient 40. La ristourne n’est pas sur la douzaine, mais sur la quantité d’œufs par pièce de monnaie, soit 5 et non 4 pour un blanc.

Un repas de Carême

Le lundi 23 mars 1550 (1551 n.s.), à six jours de Pâques, le maître de l’hôpital reçoit à « disner » un cardinal et sa « compagnie ». Le nom de ce dernier n’est pas spécifié, on dit simplement « le cardinal », ce qui indiquerait qu’il est connu de tous. Je doute qu’il s’agisse de Jean du Bellay, alors malade à Saint-Maur et occupé à se désister de l’évêché de Paris au profit d’Eustache du Bellay, son cousin et frère du comte de Tonnerre. Je n’ai d’ailleurs pas trouvé trace de lui à Tonnerre. En revanche, un personnage y vient assez souvent, le cardinal de Châtillon, Odet de Coligny, frère de François de Coligny d’Andelot et seigneur de Tanlay à quelques kilomètres de là. D’Andelot étant alors gouverneur de Parme et guerroyant en Italie, son frère s’occupe de ses affaires. Hypothèse plausible donc. L’un comme l’autre, cardinal et diplomate, avaient un train de vie très luxueux et une suite nombreuse.

« Pour lequel disner fut faicte la despense qui s’ensuyt ». On achète deux dizaines de pains blancs, ce qui peut faire imaginer une vingtaine de personnes à nourrir, pas toutes à la table du maître de l’hôpital. Le poisson réparti en fonction de la hiérarchie consiste en un brochet, deux carpes, deux têtes et un morceau de saumon, deux seiches et des tripes de morue, puis deux douzaines et demi de harengs blancs et dix « harencz soret ». Du beurre (normalement interdit en Carême) et de l’huile d’olive pour la cuisine. Au dessert, une livre de raisin sec. La dépense s’élève à 3 livres 17 sols 4 deniers tournois, une somme rarement atteinte, même les jours de grandes provisions comme les samedis ou dimanches. Une dépense qui permet de saisir l’importance de l’hospitalité en ce siècle. Tout n’est pas dit dans ce carnet de comptes, il faut aussi ajouter au moins du vin en abondance pour toute la compagnie, des épices achetées auparavant pour la cuisine, des salades. Un repas néanmoins modéré eu égard au prélat invité. Il est vrai que l’on est en pleine semaine sainte et que la modération est de rigueur.

Patisseries et autres gourmandises

Le pâtissier fait des pièces de four à base de pâte : pâtés en croûte, tourtes, tartes, gâteaux, tous pouvant être salés ou sucrés. Il travaille aussi le lait, le beurre, les œufs. Sa production arrive donc sur la table en début de repas, ou en entremet ou dessert. Parfois, rien n’est spécifié : une pièce de four ou un pastey. Le plus souvent, on précise : un pastey de conyn [lapin], un pasté de veau ou un de chapon. Certains malades ont droit à des pâtés, ce sont alors de petits pâtés à 3 deniers alors que la plupart de ces pièces de four valent 3 sols[7]. Celles-ci sont plus importantes, plus rafinées et sont destinées à « parfournyr à la table de Monseigneur » ou de ses invités.

Une portion de carnet sur deux pages

Une portion de carnet sur deux pages

La tendance à reporter le sucré à la fin du repas est très française et se développe à la Renaissance. Sans tout à fait perdre le rôle diététique que lui prêtait le siècle précédent, le sucre apparaît dans des produits de plus en plus diversifiés sur la table des riches. En présence du maître, l’achat de sucre et de gâteaux s’intensifie. Les pièces de pâtisserie sucrées offertes à l’hôpital sont des pâtés de coing ou de nèfle, des tartes de pommes ou tartes de cresme, des tartes sèches ou des gasteaux secs (sans crème ou avec fruits confis) ou feuillets (en pâte feuilletée), des poupelins (gâteau avec pâte au beurre et au sucre). Lorsqu’il est à Tonnerre, le maître a des obligations qui l’amènent à recevoir des notables de la ville, la comtesse ou autres personnes de passage. Dans ce cas, il y a toujours au moins un dessert. Le soir de Noël 1550 où il soupa avec « tous les religieux et le receveur Berthin[8] », il y eut « un gasteau feuillet et une tarte de cresme » (5 s 6 d.t.). Au cours du déjeuner organisé après la clôture des comptes en présence de Loise de Clermont et des auditeurs des comptes, on apporta au dessert « deux tartes de pomme et deux pastey de coing » (8 s.t.), et encore « deux gasteaulx » (6 s.t.).

Les malades reçoivent aussi du dessert en certaines occasions : le lendemain de Noël 1550 par exemple, ils se partagent des flans avec les religieux ; le 2 janvier à nouveau 37 flans « pour le souper des paouvres qui estoient en nombre quarante deulx » (certains ne doivent pas y avoir droit), des gâteaux pour le jour des Rois, ou encore le jour où le cardinal est venu déjeuner (23 mars), les malades reçoivent des gâteaux au souper. Le dessert peut être un simple fruit, poires ou pommes des vergers, des corgelles (cornouilles, petites baies rouges), et même trois oranges pour le maître fin décembre, un luxe. On apprécie aussi beaucoup les fruits secs (prunes, poires, raisin) ou confits. On achète amandes et marrons « à faire dessert ». L’établissement récolte les noix de ses noyers.

Intéressons-nous enfin à ces petites choses qui agrémentent la cuisine. L’hôpital achète des oignons, des champignons (bolets)[9]. Bien que d’origine animale le beurre est très utilisé au XVIe siècle pour les plats des jours maigres (poisson, potage, œufs) ; il est remplacé par l’huile d’olive en Carême. Le sel pour toute la maison et des salaisons est acheté le dimanche et deux autres fois la semaine en présence du maître et pour son usage. La cannelle, les épices (sans précision) et les clous de girofle sont utilisés pour l’ensemble de la maison. Il n’en va pas de même pour les « espices de moulin » (du poivre ?), la moutarde, le safran, le gingembre réservés au maître ou à ses invités de marque. Louis Le Bouteiller raffole aussi de câpres et lorsqu’il est là, on en achète une demie livre tous les deux ou trois jours : « pour demie livre de caspres à cause que monSr en mengeoyt ordinairement » (2 s.t.), « pour demye livre de capres à cause que monSr en mengeoyt à chascun repas ».

Des malades choyés

Noblesse oblige, on parle de la « table de monseigneur », mais de la « pitance des pauvres » (leur ration outre le pain et le vin). Pour autant, leur pitance est de qualité. Nous avons déjà mentionné le fait que les malades ne mangent ni porc ni bœuf, mais bien du mouton et même du veau pour les « forts malades ». Ces derniers sont l’objet d’une attention particulière : « pour poyres à donner aux fort malades et aussi à l’ordinaire de monSr » ; « pour sucre canne à donner à aucuns [certains] paouvres qui estoient fort malades » ; « pour une livre de sucre à cause que monSr en usoyt souvent tant en brouet que dessert et aussy pour subvenyr aux necessitetz des paouvres fort malades ». Viande blanche et sucre étaient considérés comme très bons pour les malades et convalescents.

Le magnifique Vieil hôpital de Tonnerre

Le magnifique Vieil hôpital de Tonnerre

On découvre même que les malades pouvaient être exigeants : « pour six pièces de morue à parfournyr aux pitances d’aucuns paouvres qui en demandoient ce jour » (à côté de harengs) ; des œufs « pour donner à aucuns des malades qui en demandent à toute heure tant en potaiges que pour brouet et aussi pour la table de monSr » ; « En poyres pour les paouvres qui en demandent à toute heure » ; « Et quatre tartes de porraulx (poireaux) pour aulcuns paouvres qui en demandent » ; « une bonne seiche pour donner à disner à aucuns malades qui en demandoient » ; et plusieurs fois la mention « et ung petit pastey pour un pauvre ».

Leur nourriture est la même que celle des autres habitants de la maison, sauf les serviteurs pour la viande, et souvent la même que le maître : « En poysson pour la table de monSr et partyes des pauvres » ; « pour demye livre huylle d’olive pour servyr tant aux pauvres qu’à toute la maison » ; « pour vingt et cinq livres de prunes et poyres seiches à donner aux malades et mesmement au service de monSr qui en a mengé par chacun jour luy estant audict hospital par le temps qu’il y a esté, lesdictz pruneaulx à 15 d la livre » ; des œufs et du beurre « à faire les potages tant de aucuns malades que train ». La seule fois où un fromage est acheté, c’est pour « faire les potaiges ordinaires des paouvres ». Enfin, ils reçoivent parfois les restes d’un repas de luxe : « pour deulx carpes au disner de monSr, envoyees ledict jour lesdictes carpes à aucuns paouvres malades ». Et n’oublions pas les pâtés ou gâteaux à chaque fête religieuse (Chandeleur, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête Dieu, saint Jean-Baptiste, Assomption, Noël) ou le jour de début septembre où l’on fête l’anniversaire de la reine, le décès de Marguerite de Bourgogne fondatrice de l’Hôpital (4 septembre 1308).

La diététique est considérée comme partie intégrante de la cure. Les malades pauvres qui, de plus, bénéficient de soins médicaux[10], vivent une période très reposante et nourrissante. Ils sont jeunes ou vieux, hommes ou femmes, étrangers ou non[11]. Non seulement ils sont à l’abri de la faim, mais de plus ils mangent des mets normalement réservés aux riches, et chaque jour. De quoi être revigorés voire rétablis à la sortie, ce qui est somme toute le but de ces hospices fondés pour accomplir les sept œuvres de Miséricorde.

 

Cet article est le complémentaire de celui-ci : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2016/05/07/des-soins-medicaux-en-lhospital/

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[1] Tonnerre, AH, E 62 f° 5-12.

[2] Tonnerre, AH, E 68, f° 8-12.

[3] Tonnerre, AH, E 62 f° 35.

[4] Tonnerre, AH, D 3 : règlement fait par les officiers de monseigneur le comte de Tonnerre « suyvant sesdictes missives par luy a eulx escriptes et par eulx passé à ceste fin Pour la nourriture et entertenement tant des religieulx que pauvres dudict hospital. Signé Turreau et Cerveau / Et au bout d’icelle est l’approbation faicte par mondict seigneur le comte le 21e jour de novembre cinq cens soixante et cinq », signé Antoine de Crussol. Bien qu’il soit plus tardif, ce règlement ne fait qu’entériner les pratiques courantes.

[5] Le 1er octobre 1553, on achète « 10 livres de chair de beuf pour la provision de la sepmaine » ainsi que 2 pintes de sel « pour saler ledict beuf et pour servir pour la maison ».

[6] Calculs faits sur le montant total des achats de viande pour chaque saison, sans compter le seul porc acheté, car il est prévu pour la salaison.

[7] Un sol équivaut à douze deniers.

[8] Berthin LeVuyt qui en juillet 1547 a remplacé feu Ogier LeVuyt comme procureur de l’hôpital.

[9] Pas mention de truffes ces années-là alors que la ville en offre à ses hôtes de passage.

[10] Voir l’article https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2016/05/07/des-soins-medicaux-en-lhospital/.

[11] Etrangers à la ville, au comté ou même au pays, puisqu’on y trouve des gens de Troyes, de Chartres, de Paris, d’Espagne…

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Jehan Ratat, receveur de l’hôpital

Jehan Ratat est le fils de Nicole Jaquin et peut-être de Fiacre Ratat signalé dans un rôle de taille en 1532 ? Je ne sais rien ni de l’une ni de l’autre famille. Il a une sœur Catherine, veuve de Regnault Allier, riche famille de bouchers tonnerrois, ce qui tendrait à prouver que les Ratat sont déjà bien implantés en ville. Cette sœur épouse en 1553, un sculpteur, Jehan Germain. Jehan Ratat ne se dit jamais « licencié ès lois », il est néanmoins clerc en 1552 et notaire en 1553[1], où il traite des affaires de la ville avec le comte par l’intermédiaire de Geoffroy de Cenami, et dans un procès entre la ville et l’Hôpital. En tant que notaire, il est dénommé Me Jehan Ratat.

Il n’y a point de notaires royaux dans le comté avant 1576. Les offices de tabellion ou de notaire sont seigneuriaux et affermés pour six ans par le comte, éventuellement renouvelables. Un notaire prend donc son office à bail et en paye chaque année une redevance, qui paraît être de 15 à 20 L.t. à Tonnerre. Le notaire touche 2 s 6 d. pour un acte ordinaire ; de 3 s à 6 s 3 d.t. pour une copie d’acte ; 25 s.t. pour une copie d’un gros document officiel (vidimus). Pas de quoi s’enrichir. Aussi pour améliorer leurs revenus, les notaires cumulent-ils souvent d’autres fonctions judiciaires (comme greffier ou procureur fiscal) ou municipales (fermier, collecteur), ont un autre métier, ou ne se contentent pas d’écrire mais portent aussi les documents (Paris, Sens, Troyes ou Auxerre). C’est ce que fait Jehan Ratat en 1552, alors qu’il est encore clerc : il touche 12 s 6 d pour une grosse portée à Sens. Quelle sera ensuite sa stratégie ?

Installé comme notaire, il va, après quelques années, pouvoir épouser une jeune fille de la bonne société tonnerroise. Le contrat de mariage est signé le 17 novembre 1560 chez le notaire Estienne Moreau avec qui il a travaillé[2]. Le marié Jehan Ratat, majeur (plus de 25 ans), est accompagné de sa mère, honneste femme Nicole Jaquin, de sa soeur Catherine Ratat, et de damoiselle Jaqueline de Perseval dame de Bernol. La mariée Nicole Gerard mineure (moins de 21 ans) est en présence de son père et tuteur, honnorable homme Pierre Gerard commissaire à faire venir les deniers de la recepte de l’élection de Tonnerre, de honnorable femme Jaqueline Cerveau et de messire Jehan Gerard prebtre chanoine de Tonnerre. Ce dernier sera aussi témoin avec Emon Du Ban vigneron d’Epineuil, où les Gerard ont des biens.

Jehan Carrey, le grand-père maternel de la mariée, était sergent de la ville en 1532. De son mariage avec Marguerite, il eut cinq enfants, dont Estienne, Pierre et une fille, épouse Gerard, mère de la mariée. Pierre Gerard, le père, est commissaire à l’élection de Tonnerre, c’est donc un commis royal, qui se fait accompagner de Jacqueline Cerveau d’une famille de notables tonnerrois. Quant à Ratat, il est greffier de l’élection proche lui aussi de Jehan Canelle élu pour le roi en cette élection, d’où sans doute la présence de son épouse Jaqueline de Perseval, dame de Bernouil. Tous ces gens, sauf Ratat, se qualifient d’« honneste » ou d’« honorables », ce qui dénote la bourgeoisie marchande ou de robe. Cinq mois plus tard, Jehan Ratat signe une quittance de cent écus, soit pour ces années 1560 l’équivalent de 250 livres tournois. Ce contrat dévoile une alliance bourgeoise, de gens aisés mais encore loin d’atteindre le montant des dots de 1500 L.t. des familles Canelle, Piget ou Perseval (Perceval), familles plus avancées dans la fortune et l’acquisition de terres ou de fiefs, en quête de noblesse.

Ce contrat nous apprend qu’une part des successions de la mère, de deux oncles et de la grand-mère maternelle est due à Nicole Gerard. Nous sommes en pays de coutumes à l’héritage égalitaire entre tous les enfants, filles-garçons, aînés ou cadets. Par conséquent les successions, estimées à 178 L 8 s.t., sont également partagées entre les cinq frères et sœurs. Nicole reçoit sa part à l’occasion de son mariage, soit 35 L 13 s 7 d.t. Pierre Gerard s’engage également à donner au couple 50 écus sol (monnaie d’or) ou, selon le choix du futur, à donner ce qu’il percevra chaque année comme fruits et rentes sur les héritages précédents. Enfin, le père consent un « avancement de mariage » à sa fille, soit 50 écus soleil, des vêtements « selon son estat et lieu dont elle est issue », un trousseau consistant en un lit « garny » avec courtines, couverture et dix draps qui demeureront « ungs et commungs suyvant la coustume du baillage de Sens ». De son côté, Jehan Ratat devra offrir des bagues et joyaux à concurrence de 15 écus sol. Le dernier survivant prendra, avant partage, « tous ses habitz, bagues et joyauz avec son lict garny » et Nicole est douée d’un douaire de 50 écus sol ou des bénéfices de cette somme à son choix.

L’année suivante, Jehan Ratat reçoit les cent écus des mains de son beau-père (ce qui montre qu’il a préféré l’argent aux éventuels bénéfices), et continue d’exercer son office de notaire juré, et est sans doute déjà promu greffier en l’élection de Tonnerre. Il achète alors deux pièces de terre au finage de Tonnerre. En 1564, toujours greffier mais aussi notaire, il acte beaucoup pour l’Hôpital dont il cherche à se rapprocher. Encore deux ans et il acte pour Antoine de Crussol et dame Loise de Clermont[3], devenus duc et duchesse d’Uzès. Il a alors déjà deux fils, l’aîné Jehan né vraisemblablement en 1561, et le cadet Odet, tous deux mineurs au décès de leur père.

Au cours de l’assemblée des habitants du 29 septembre 1567, Pierre Gerard son beau-père est nommé échevin (pour un an, d’octobre à octobre). Lors de cette même assemblée, il est fait référence à l’article 72 de l’ordonnance de Moulins (février 1566) qui stipule que dans les villes, on élise des bourgeois pour veiller à la police sous la juridiction des juges ordinaires. Voici le libellé lors de l’assemblée : « Sur le 3e article par lequel lesdicts eschevins ont pareillement requis lesdicts habitans choisir et nommer quatre personnages et chascun d’eulx cappables et suffisans pour, pendent le temps de six moys ou ung an pour le plus, occuper l’office de juges bourgeoys et politiques suyvant l’edict du roy nostre sire ». Après lecture, viennent les remontrances de Cerveau et Richardot procureurs des comtes[4], qui protestent « que ladicte election ne puisse prejudicier aux droictz et prerogatives de mesdictz seigneurs, ny que lesdictz juges puissent entreprandre sur leurs juridictions (c’est-à-dire fassent de l’ombre au prévôt comtal) / Pour lors avons octroyé lecture / Ce faict sans prejudice desdictes protestations lesdictz habitans ont eleu et nommé pour lesdictz juges bourgeoys et politiques pour ung an qui commencera au premier jour d’octobre prochain Mes Jehan Ratat, Zacharie Levuyt procureur en ce baillage, Pierre David et Guillaume Cerveau marchans ». « Politiser » n’a, en ces siècles, que le sens d’administrer ou de civiliser, tout comme « policer » ; l’adjectif politicque signifie relatif au gouvernement de la cité. Il s’agit de gouverner, mais en paix. Le mot désigne le civil face au religieux. Dans ces années-là, sont « politiques » les membres du cercle du chancelier Michel de l’Hôpital (protestants et catholiques, dont fait parti Antoine de Crussol) qui, partisans de la tolérance et de la paix, admettent que le royaume puisse avoir deux religions[5]. Je soupçonne Jehan Ratat et Zacharie Le Vuyt d’être huguenots ou sympathisants, ainsi que les deux autres catholiques modérés, tous des politiques. Comme partout en France, on connaît mal l’efficacité de cette mesure qui semble n’avoir pas duré. Toujours est-il que voici Jehan Ratat et son beau-père devenus notables.

J.RATAT

Et l’ascension n’est pas terminée. A l’élection suivante en septembre 1568, Me Jehan Ratat est élu échevin et en janvier suivant, Crussol le nomme receveur de l’Hôpital. Un poste de confiance, important et très prenant. Il consiste à faire entrer les recettes et dépenses de l’Hôpital en espèce ou en nature, à donner chaque semaine au dépensier (un religieux) l’argent ou les biens nécessaires à faire tourner la maison, à répondre à chaque injonction du maître ou du comte et de la comtesse sur des factures à payer ou autres nécessités. Par exemple, dès le 15 janvier 1569, à cause des troubles aux alentours, Ratat est requis pour « le transport des tiltres et papiers dudict hospital menez au chasteau d’Ancy le franc »[6]. C’est alors le siège de Noyers. En mars, ayant refusé une garnison à Tonnerre, la ville se met en défense et, bien sûr, le sieur Ratat fera partie du guet, assumant là son rôle d’échevin. Etre échevin n’est pas non plus de tout repos ; j’en parlerai par ailleurs.

Vers la fin de son mandat, en juin 1569, Jehan Ratat est commis à la recette du comté de Tonnerre par le comte et la comtesse. Un état qui durera six ans (mais avec d’autres). Pendant ces six années il va cumuler receveur de l’Hôpital et du comté. Il est vrai que le comte, comme la comtesse sont très attentifs à ce qui se passe à l’Hôpital. Le receveur gère aussi les procès, les ventes de bois, etc. Ratat ne ménage pas sa peine et continue de prendre part aussi aux affaires de la ville (un moyen de se faire respecter, de faire son devoir et de s’enrichir). Il est vrai que les choses vont mieux depuis la nomination, en 1568, de Maurille de Lymelle comme maître de l’Hôpital, et celle en1572 de Pierre Pithou comme bailli du comté. Tous ces hommes, Lymelle, Pithou, Ratat sont des personnes modérées et de confiance. Jusqu’à la fin, Ratat restera receveur de l’hôpital. En 1573, il achète une chènevière et un droit de passage pour aller en ses vignes à Epineuil. Il fait aussi un échange avec Georges Testevuyde, peintre et voisin, qui lui cède « une chambre haute et comble dessus, la visz pour y monter avec les aisances et apartenances d’icelle ». Il pourrait s’agir de l’étage de la maison qu’il habite. Ou pas ! Et d’ailleurs, nous ne connaissons pas les termes de l’échange. En 1577, le couple Ratat achète à Pierre Regnard tanneur et Jehanne Germain sa femme « une chambre basse estant du logis de feu Pierre Regnard ». Il s’agit encore de parents puisque Jehanne Germain est sa belle soeur. Le 17 juin 1581, Jehan Ratat paye encore une facture à l’Hôpital[7] et peut-être d’autres que je n’ai pas vues. En février 1582, sa femme dit qu’il est mort depuis environ huit mois, ce qui paraît tôt. On apprend sa mort le 19 octobre.

En étudiant l’inventaire qui a été fait après son décès, nous allons voir un intérieur certes cossu mais sans ostentation, un homme aisé mais dont la fortune n’est pas énorme. Personnalité plutôt discrète (voir sa signature bien que ampoulée comme cela se faisait chez les notables), Jehan Ratat est un homme très appliqué, sérieux, dévoué, cherchant à installer son honorabilité (« honnorable homme Me Jehan Ratat », après 1570) et à poursuivre son ascension sociale, sans toutefois rechercher la noblesse comme d’autres bourgeois robins de Tonnerre ou d’ailleurs. Je le soupçonne d’être réformé en raison de la relative humilité de son intérieur et de sa garde-robe, du fait qu’il a prénommé un de ses fils Odet, comme le cardinal de Châtillon converti et frère de chefs huguenots, et surtout à cause de son emploi à l’Hôpital et auprès du couple comtal qui, comme serviteurs, favorise toujours les réformés et les protège. Ce n’est qu’une hypothèse…

Bien sûr, le couple Ratat n’est pas dans la gêne : il reçoit annuellement 17 bichets de bled par quart (froment, méteil, orge et avoine). Je ne sais pas estimer exactement, mais tout ceci semble au-delà des besoins de cette famille de quatre personnes ou cinq avec une servante et n’ayant pas de chevaux. Le surplus, l’avoine en particulier, est revendu. Ils possèdent aussi et font exploiter 4 journaux et demi et un arpent de terre, 3 quartiers de pré (3/4 d’arpent), un quanton de chenevière. Le gros de la fortune immeuble est en vigne, dont 38 hommées à Epineuil et 7 à Tonnerre, ce qui au total donne environ 4 arpents et demi et une récolte plus que suffisante pour la consommation de la maison. Comme le décrit l’inventaire, la plupart de ces biens proviennent d’héritages de son épouse et non d’achats durant la carrière de Ratat, pour autant que l’on puisse se fier à l’inventaire.

 


Pour en savoir plus sur Jehan Ratat, voir aussi sur ce blog : 


[1] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1552-53 f° 14, 21. Les comptes de la ville disponibles aux archives ne commencent que pour l’exercice 1552-1553.

[2] Tonnerre, AH, E 134. Voir la transcription dans Généalogie : Contrat de mariage Ratat-Gerard

[3] Tonnerre, AM, 2 DD 1, 5 mai 1566.

[4] Il y a alors deux comtes de Tonnerre, Antoine de Crussol et Jacques du Bellay, en raison de l’héritage pas encore réglé de François et Henry du Bellay, premier mari et fils décédés de Loise de Clermont.

[5] Le terme glissera encore de sens, je renvoie à l’analyse savante de Marie-Luce Demonet, « Quelques avatars du mot politique (XIVe-XVIIe siècles) », Langage et Société, 2005/3 (n° 113), Paris, MSH, en ligne

[6] Tonnerre, H, E 95-2.

[7] Tonnerre, H, E 132-1

 


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