Les communaux

Après la Révolution, on débattit longtemps sur l’origine de cette propriété collective, les biens communaux : concession des seigneurs ou usage de « temps immémorial » ? Dans le comté de Tonnerre, le droit féodal s’est exercé : les comtes y sont donc « tousjours demeurez vrays seigneurs proprietaires et possesseurs ». Autrement dit le seigneur ici se réserve la justice, le fonds et la propriété éminente sur les terres ni privées ni allodiales. Il peut octroyer des droits d’usage sur certains espaces, en particulier la forêt. Sur d’autres, il peut concéder un droit de jouissance, parfois de fruits à la communauté contre le versement d’une rente.

Après la mort en 1477 du Téméraire, duc de Bourgogne, les guerres cessent enfin dans la région, mais les villes et les campagnes sont exsangues. On estime qu’en France, la population avait baissé de moitié à la suite de tous les fléaux. Il fallait repeupler et reconquérir les territoires repris par les friches. Aussi, pour conserver leurs vassaux et en attirer d’autres, les seigneurs ont-ils renouvelé des droits anciens ou en ont concédé de nouveaux. Dans une charte de 1492, Charles de Husson, comte de Tonnerre, octroie parmi d’autres franchises le droit d’essarter certaines parcelles et renouvelle le droit de « tenir en usage » certains heritages (biens meubles) : « lesquelles terres ont esté ci-devant vaccantes […] les avons donnee et donnons aux habitans pour en jouir par maniere d’usage, et generallement de tous les aultres pastis, bois et usages esquels n’y a apparence d’y avoir eu labourage, dont ils ont jouy paisiblement par maniere d’usage, le tout selon et par la forme et maniere qu’ils en ont jouy et usé de toute ancienneté ». Ceci et d’autres franchises contre 20 deniers par feu et 10 deniers pour les veuves, 18 sols pour les nouveaux mariés et les étrangers s’installant qui paieront ensuite comme les autres une fois par an le jour de la saint Rémy (1er octobre). Les Tonnerrois d’alors ne sont donc que propriétaires-usagers de ce que l’on appellera plus tard les biens communaux, ils n’en ont pas la possession pleine et entière. Je ne parlerai pas ici des droits d’usage proprement dits en forêt, dans la garenne du comte ou sur les jachères (bois, panage, pacage, vaine pâture sur certains lieux, etc.)[1], mais seulement de ce que l’on nomme communes. Les espaces où s’exercent les droits d’usage sont en effet différents des espaces proprement communaux.

Les communes

Huit terrains sont désignés dans la charte de 1492. Le Pâtis, déjà propriété des habitants depuis le début du XIIIe siècle, n’est pas nommé et le comte se réserve deux pièces de terre dont une en pré. A partir des années 1550, j’ai dénombré une trentaine de parcelles, non compris les carrières que je traiterai ailleurs[2].

A l’est de la ville :

  • les prés Sous Breviandes (rive droite) avec quelques noyers ;
  • la commune de Vauplaine sur le grand chemin de Lezinnes ;
  • ­la commune du Petit biez bief] assise aux Ausviz [les Ovis] (rive gauche) ;
  • la commune Edmond Trubert dite la Fontaine au doyen (rive droite) ; elle est située près de la Maison Rouge au-dessus de la Haye du Grand biez ou encore « près le bout de la haye du Grand biez ». Il y a un Edmond Trubert l’aîné qui habite au faubourg Notre-Dame du Pont en 1532. Il vit encore en 1549 où il est dit tonnelier ; comment et pourquoi a-t-il donné son nom à une commune ? En 1565-1567 on y plante 100 saules ;
  • Jumereau (les Jumeriaux aujourd’hui), de rares noyers
  • la commune Sous Maison-Rouge ou bas de Maison Rouge, est un pré « tirant dès le guey à un petit sentier près la fontaine » où l’on plante de jeunes noyers et surtout 500 pieds de saules en 1565-1567 ;

Au nord vers Epineuil :

  • Vaulebert (ou Volbert), qui abrite des noyers, terrain en pente proche de vignes ;
  • Joncheres possède aussi des noyers ;
  • le pastis à la Gobaude (ou Goubaude), plus bas vers le chemin de Dannemoine[3] ;

Près de la ville :

  • la commune au-dessus et au-dessous du Pontot, ou près le Pontot ; elle contient des arbres fruitiers (poiriers, noyers)
  • le grand Pâtis en la rue du Pont ; en 1565 on y plante plus d’une vingtaine de noyers ; sur la carte du finage de Tonnerre de 1687 (ADYonne : http://archivesenligne.yonne-archives.fr/ark:/56431/vtabc332f7e650cfb72/dao/0/layout:i) on voit plusieurs îles dont celle du Pâtis ; cette carte permet aussi de découvrir un certain nombre de ces communaux ;
  • la noue au bout du pâtis (et faisant partie du pastis) ou la noue du Pastis qui aboutit près du pont Saint-Nicolas ; on la transforme en saulaie en 1565-1567 avec 600 pieds plantés ;
  • Saint Nicolas près les foulons ;
  • la commune Jehanne Rousseau, « descendant aval la rivière » près des foulons, pré avec noyers épars (peut-être est-ce la même que la précédente ?) ;
  • la commune outre Nostre-Dame du Pont ;
  • la commune Sous la fosse à la Maune ;
  • la commune de dessous le puys de la Brosse à la sortie de la ville à gauche de la porte de Rougemont ;
  • le Pastillot ; petit pacage derrière l’église Saint-Pierre, loin de la rivière ;

A l’ouest en longeant la rivière qui remonte vers le nord :

  • au bout de Guynande, « où souloit estre une maison pour recevoir les malades de peste », quelques noyers ;
  • portion de la commune Saint-Adrian ou le Pré aux ânes ;
  • la commune du pré Saint-Adrian qui contient également des noyers ;
  • le jardin et saulcis en l’île du Pastis derrière les grands moulins ;
  • la Haye du breul ou le Breux ou le Breuil, en nature de pré avec quelques poiriers et noyers ;
  • la commune près le moulin d’enfer allant à Junay, plantée en noyers
  • la commune Jehan Jacquin, dans l’île de Grisey, transformée en saulée en 1565-1567 ;
  • la commune près les ormes de Grisey, sous Grisey ou sous le moulin de Grisey est un labourage ;
  • le pré commun près Junay avec quelques noyers ; il s’agit d’un essart datant de la fin du XIVe siècle ;

Et encore deux communes dont j’ignore l’emplacement : la Haye à la baillisve [femme du bailli] qui est un pré et la Petite haye.

Cette liste n’est sans doute pas exhaustive, puisque c’est un glanage à travers les comptes de la ville et les comptes-rendus d’assemblées pour l’essentiel. En dehors du Pastillot sur la colline de Saint-Pierre, toutes les communes sont situées dans la vallée de l’Armançon et le plus souvent proches de la rivière. Une seule est déclarée être un labourage et aucune n’est plantée en vignes. On voit ainsi se dessiner un paysage. Le toponyme haye évoque en effet souvent un chemin bordé de haies, ces chemins petits ou grands qui structurent l’espace. Il peut y avoir aussi des haies au bord des parcelles. Imaginons des prés parsemés d’arbres fruitiers (poiriers, pommiers ou noyers) ou des saulaies (saulcis) dans les zones les plus humides, des moulins sur le grand bief, un en ville, un à la sortie de la ville et le dernier à Grisey avant d’arriver à Junay, le village prochain. Des foulons à drap ou à tan : certains sur la rivière vers Saint-Nicolas, un autre au-dessous et en aval du pont Notre-Dame, un foulon à drap tout nouveau en 1565 en la commune Saint-Adrian. Tous les moulins et foulons doivent une redevance à l’abbaye de Saint-Michel.

Duviert 1604

Il est bien difficile de connaître la superficie de ces communaux. Essayons pourtant de se faire une idée. Dans une déclaration du comté de Tonnerre en 1602[4], il est parlé des « grands prés » d’une contenance de 10 arpents à l’arpent du comté. L’arpent est toujours constitué de 100 perches (ou cordes localement), mais la perche locale contient 30 pieds[5]. Ce champ est donc d’environ 9,7 ha sans que l’on sache s’il s’agit bien d’un pré communal, mais ce pourrait être le Pâtis. D’autres sont précisés comme étant communaux : le pré des communes 4 arpents à l’arpent du comté (3,88 ha), le pré de la Noue 1 arpent ½ (1,45 ha), le pré du Saulcis 1 arpent (97 ares), le pré des Aulnes ¾ (73 ares), le pré de la longue raye 1 arpent (97 ares), le pré de Charron 2 arpents 1,94 ha. D’autre part, une carte du finage de Tonnerre de 1687[6] donne des superficies en perches pour certaines parcelles, cette fois à l’arpent du roi : sous la maison rouge, au bord de la rivière  rive droite  juste au-dessus du gué, « pré marqué lettre A » de 3415 perches soit 17,44 ha ; de l’autre côté, rive gauche, une parcelle de 267 perches 10 pieds (1,3 ha) ; sur le chemin de Junay avant Grisey, « le saucy au comte » 253 perches 15 pieds (env. 1,29 ha) ; vers l’île de Grisey, un pré au nord de 128 perches (65 ares 37 ca), et un autre à côté des moulins de 300 perches (1,53 ha) ; à droite du pontot entre la rivière et le chemin de Saint-Martin est indiqué « pré de la commune de Tonnerre »[7].

A partir des années 1560, après l’offensive des comtes et autres seigneurs pour récupérer une partie des communaux — en particulier la forêt — les communes sont régulièrement bornées. Un des échevins est alors mandaté par ses pairs et tous les propriétaires riverains de la parcelle sont convoqués avec un procureur au bailliage. Parfois les riverains élisent deux représentants, les plus aptes à estimer les limites qui sont connues de tradition orale. On s’entend sur le terrain, puis l’homologation a lieu devant un représentant du comte. Il ne reste plus qu’à planter des bornes là où le document final les indique sous vérification du procureur au bailliage et des mandatés.

Utilisation des communes

Les communaux sont utilisés collectivement ou individuellement. Ils sont pour moitié « reservez delaissez [aux habitants] pour leur usage et pasturage de leurs bestes », mais les citadins ne peuvent y envoyer que leurs nourrins, les animaux qu’ils élèvent pour eux-mêmes, « sans en prendre à louage ne [ni] en faire marchandise ». On s’oppose ainsi à l’accaparement des espaces collectifs par ceux qui font commerce de bétail. Pour ces personnes — qui peuvent être par ailleurs propriétaires de terrains —, certaines communes sont affermées et le prix du bail entre dans le revenu communal. Les baux sont de six ou de neuf ans selon les époques, sauf rares exceptions.

Les baux commençant à la saint Rémy (1er octobre), c’est toujours un dimanche de fin septembre, « à l’yssue du sermon, suyvant les publications faictes aux porches des eglises », que les sergents font l’adjudication des communes « à la charge de payer d’an en an audict jour st Remy au receveur des deniers communs et ung sol pour la livre la premiere annee ». Ce « sol pour livre » sert à payer l’inspection des communes avant l’entrée en jouissance. L’adjudication se fait par enchères au plus offrant. Les baux sont tacitement renouvelés chaque année en septembre. En cas de décès d’un adjudicataire, le bail est poursuivi au nom de sa veuve et héritiers, à moins qu’ils ne fassent opposition. Jacques de Lachapt qui avait obtenu l’herbe de la Haye à la baillisve est décédé en 1555. Le bail est mis au nom de sa femme. A la fin du compte de l’année, le receveur déplore 25 sols tournois « dont il a faict cydevant recepte […] pour ce que la vefve dudict son mary a renoncé à ladicte admodiation en jugement à quoi elle a esté receue du consentement des habitans »[8]. Il a donc fallu passer devant le prévôt pour faire annuler le bail.

Une quinzaine de communes sont régulièrement louées, trois autres pour un seul bail, une est réservée au profit des églises paroissiales, une à l’abbaye de Fontenay près Montbart. Quant aux « aultres communes appartenant ausdictz habitans il les ont reservez et delaissez pour leur usage et pasturage de leurs bestes ». Environ la moitié des communes demeure donc « en l’aisance et commodité des habitans » dont toujours le « grand pastis », le pastillot…

Les communes affermées

Les baux courent donc de septembre à septembre pour six ans neuf ans et à chaque renouvellement les adjudicataires changent sauf rares exceptions. Par exemple, la commune Sous Maison Rouge est amodiée d’abord à Jehan Paultrey charretier, six ans plus tard à Guillaume Mathieu boucher, neuf ans plus tard à Antoine Petitjehan notaire et hôtelier, puis encore neuf ans plus tard à Nicolas Bourgeot sergent royal, etc.. Des bouchers louent des communes pour le bétail qu’ils élèvent ; des boulangers, des hôteliers, un messager, des charretiers, tous ayant besoin d’herbe et de foin pour leurs chevaux ou ceux dont ils ont la charge ; des marchands (drap, vin) et quelques officiers sans doute aussi pour leurs chevaux ; tanneur et corroyeur ; un seul laboureur pour la seule commune en labourage. A chaque nouveau bail, les communaux sont visités pour vérifier leur état. Comme les baux sont renouvelés, le prix des terrains déterminé par les enchères n’est jamais le même et, en fonction du nombre de communes louées, les deniers communs récoltent de 80 à 180 livres tournois par an.

Le grand incendie de l’été 1556 a bouleversé ces usages. Une partie de la ville en flamme et les multiples ennuis qui ont suivi[9] ont grandement augmenté les dépenses. Les échevins ont dû avoir recours à toutes sortes d’expédients pour trouver de l’argent. Parmi eux, il y avait les communaux. Fin septembre 1556 l’adjudication des communes a lieu comme d’habitude, mais au printemps suivant, le besoin pressant d’argent est discuté en assemblée. On décide finalement que le bail en cours, un renouvellement pour six ans, serait « cessé et anullé, à la charge d’en faire un nouveau bail à neuf annees et de payer et avancer comptant par les encherisseurs leurs mises et encheres ». Les nouveaux adjudicataires doivent avancer le loyer de leur communal sur cinq ans. Ce qui fut fait quelques jours plus tard, « le vendredi dernier jour du moys d’apvril audict an mil cinq cens cinquante sept »[10]. Les enchérisseurs ont tous changé, sans doute parce que avancer plusieurs années n’était pas à la portée de tout le monde. La ville récupère ainsi immédiatement 342 L.t., ce qui fait 68 L 2 s.t. par an, de maigres enchères étant donné le marché.

Un seul homme est exempté du paiement des cinq années, celui qui loue un communal selon un bail exceptionnel de vingt-cinq ans. D’une famille d’échevins, Nazaire Dongoys (ou Lazare Dongois) est un riche tanneur habitant rue des Tanneries en Bourgberault. En septembre 1556 son bail pour le « saulciz et jardin en l’isle du pastis derriere les grands moulins » court toujours. Il en est à sa 17e année. En avril suivant, on lui demande de n’avancer que les deux prochaines années. En mars 1565, il obtient une rallonge de dix-neuf ans pour le Saulcis. Parallèlement, on avait décidé de restaurer la porte Saint-Antoine, la plus ancienne du faubourg de Bourgberault. Pour éviter de débourser l’argent qu’ils n’ont pas, il arrive que les échevins troquent des travaux contre des réductions dans le louage des biens patrimoniaux. C’est ainsi, qu’après un simulacre d’enchères au plus décroissant[11], Nazaire Dongoys emporte le marché à 23 L.t. : il devra avancer cette somme sur ses louages du Saulcis. Ce bien vaut 30 sols tournois par an. Ainsi, il ne paiera rien durant quinze ans, puis 20 sols la 16e année, puis de nouveau le loyer plein[12]. Voilà qui arrange et les échevins et Dongoys. En effet, cette même année, le tanneur obtient la permission des édiles, du procureur du comte et des religieux de Saint-Michel (qui touchent une rente sur tous les moulins) « de faire dresser ung foulon à draps près le molin Gaulthier dict enfer au dedans de la commune du prey sainct Adrian ». Il n’occupera qu’une petite partie de ce pré, « la largeur de huict toizes et demie [16,70 m] et de longueur en descendant jusques au cours de l’eaue et biez estant soubz ledict molin » pour la somme de 5 sols[13]. Voilà une commune bien occupée : elle porte le foulon, un autre quart est loué et le reste est pour l’usage de tous.

Des baux particuliers adaptés aux circonstances

Certains baux peuvent contenir des clauses particulières en plus du prix du loyer. Fin septembre 1565 a lieu un renouvellement des baux et, donc, des adjudicataires pour neuf nouvelles années. En dehors des terrains occupés par Nazaire Dongoys, onze communes sont relouées, mais cette année-là on ajoute une charge à dix d’entre elles : celle de planter des arbres[14]. Ainsi, Jehan Blanchard boucher obtient la commune près Junay à 32 L 10 s.t. à la charge d’y « planter deux noyers par an », Christophe de Chevreuille obtient la noue du pastis à 8 L.t. par an et devra planter 600 pieds de saules « dedans trois ans » et 6 pieds de noyers sur le pourtour. Au total ce sont 1800 pieds de saules qui seront plantés en trois ans et 22 noyers par an, soit 198 au total durant le bail. En avril 1566, on visite la commune Sous la Maison rouge pour constater que l’adjudicataire Antoine Petijehan a déjà planté les 500 pieds de saules requis dans son bail[15]. Il s’agit sans doute de saules têtards dans ces zones humides, pour la production d’osier pour la vannerie.

Ces plantations d’arbres s’expliquent par un hiver 1564-1565 très rigoureux. Le curé Claude Haton[16] décrit pour Provins, après un printemps et un été trop pluvieux « qu’il n’y eut beaucoup de grains germez aux champs », un automne et un début d’hiver plutôt doux jusqu’au réveil de l’hiver, le 20 décembre (soit 30 décembre en calendrier grégorien). Une neige épaisse recouvre la campagne, une bise froide se lève et de fortes gelées s’installent jusqu’à la fin du mois. Onze jours de grande froydure. On s’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux. Les rivières sont gelées. L’eau gèle dans les maisons, les draps de dessus sont pris aussi. On bouche les lucarnes des caves et on fait du feu pour éviter que le vin ne gelât dans les tonneaux. Le jour de Noël le givre et la gelée de la nuit furent si forts « que les noyers et bois des vignes furent entièrement gelees et gastees ». Les animaux nouveaux-nés meurent aussitôt et on trouve des hommes morts par les chemins. Un bref redoux où la neige commence à fondre mais le gel réapparaît le 5 janvier (15 n.s.). Ce furent cette fois trois semaines de gel, de neige et de vent. En Brie comme en Champagne les bledz furent gelés — prémisses d’une future disette. Un second bref redoux le 28 janvier et une troisième attaque du gel le 31 (9 février grégorien) jusqu’au 25 février (6 mars n.s.). Finalement le vin gèle, les pauvres gens ne quittent pas leur lit. « Les noyers sembloient mortz par tout le moys d’apvril et la moytié du moys de may, car ilz ne jettoient point par leur bourgeons naturelz ». Il y eut très peu de noix et peu de fruits en général cette année 1565.

Le scénario est le même à Troyes où l’hiver « causa de grandes pertes et repandit la desolation » et à Tonnerre où les échevins organisent la vente publique des arbres des communes morts ou « tombez par les vents » (poiriers, noyers) tout en planifiant les nouvelles plantations. A chaque arbre mort vendu, l’acheteur doit le remplacer en la commune d’où il provient ou bien « au lieu qui luy sera monstré ». Cette clause est tout-à-fait remarquable. En effet chaque année la commune vend ici un arbre mort, là des branches mortes sans replantation exigée. Ajoutons donc aux précédents 26 noyers à planter. Il faut -25°C pour qu’un noyer périsse, ce qui donne une idée de la rigueur du froid. Partout, on déplore de mauvaises récoltes. La disette sévit jusqu’à la récolte de 1566. En avril, Jehan Jazu greffier, note dans ses comptes-rendus d’assemblées que « la chairté du bled a duré depuis ce temps [19/04/66] jusques au jour et feste de la nativité st Jehan Baptiste suyvant qu’il commencera à diminuer de prix » [= 24/06/1566]. De même le prix du vin s’envola « au commencement du mois d’aoust [1565] jusques aux vendanges suyvans ». On découvre alors de nouveaux des morts dans les champs. « Dieu nous garde de retomber en telle infortune »[17], conclut-il.

De quelques « places communes » en ville — l’auditoire

Les habitants sont également propriétaires de quelques places en ville, dont certaines vont abriter des bâtiments publics. Nous sommes plutôt ici dans le patrimonial car ces lieux sont allodiaux, la commune, en tant que personne morale en a la possession pleine et entière. C’est le cas de la place utilisée pour la construction du collège[18]. C’est aussi le cas de l’auditoire du bailliage dit encore auditoire de la prévôté où se plaident les causes. Ce lieu est en outre utilisé par les échevins pour certaines réunions ou assemblées. Du moins tant qu’il y eut un auditoire car il partit en cendres lors de l’incendie de 1556. On ne retrouve une mention « en l’auditoire » qu’après octobre 1564. Durant cette période, j’ignore où est rendue la justice. Pour ce qui est des réunions, assemblées, délivrances de baux ou de travaux, etc., elles se passent soit dans des hôtelleries ou tavernes, soit en l’église Notre-Dame, soit sur place pour les travaux urbains. Un autre bâtiment accolé à l’église Notre-Dame a brûlé entièrement : la « Maison dieu nostre dame » ou « hôtel dieu[19] » qui auparavant le feu accueillait les vagabonds de passage. D’après Le Maistre[20], cet hôtel-Dieu était situé à l’emplacement de la chapelle St Roch aujourd’hui dans l’église attenant de la tour en construction et donnant sur le Pilory (place centrale). Sans doute mais il était plus long et avait pignon sur la place. Au cours d’une assemblée de juin 1564, il est décidé que « les eschevins avec les officiers de messeigneurs les comtes feront echange de la place où soulloit estre auparavant le feu l’hostel dieu à aultre place qu’ilz adviseront / Pour en lad. place faire dresser et bastir maison de ville pour retirer tous papiers et choses appartenans à la ville, et ung audictoire pour tenir les plaidz, à quoy messeigneurs fourniront pour l’edification selon qu’il sera advisé par messeigneurs et lesd. eschevins, aussi lesd. habitans ont baillé pouvoir de ce faire »[21]. A cette date, la communauté croule sous les dettes[22], rien d’étonnant à ce que l’on attende encore un an avant de lancer l’opération. En juin 1565 l’échange a lieu devant notaire entre les échevins et messire Jehan Brasley doyen de Tonnerre. Ce dernier donne cette place « franche et quicte » contre un autre alleu communal pour y reconstruire un hôtel-Dieu[23].

L’endroit sera partagé entre la municipalité, la prévôté, l’élection et une « réserve » dont on verrait l’usage dans le temps. Pour y siéger, les élus devront payer 10 livres tournois par an. Les comtes devront donner 120 livres ou l’équivalent en matériaux pour la construction du bâtiment dans son entier. Leurs officiers auront une clef pour tenir les plaids et les échevins une aultre pour tenir leurs assemblees de ville.  « Sera la premiere chambre de la longueur et largeur de ladicte place et de l’allee qu’il convient laisser par le bas ». Il semble qu’il s’agisse de l’espace entre l’église et l’allée du Doyen (rue du Doyenné). Ce qui est sûr c’est que l’on nettoie la place où était l’hôtel-Dieu sans doute pleine de gravas, que l’on fait abattre « la chambre dudict auditoire » pour la « faire redresser » à cet endroit avant de reconstruire. C’est chose faite le 20 juin : « l’auditoire a este apporté en lad. place de l’hostel dieu aux frayz des habitans » dit un acte d’assemblée. En août, les échevins décident de faire faire un grand coffre « fermant à troys serrures bien lyé et barré de fer ». Le procureur de la ville gardera les trois clefs ainsi que trois personnes élues chaque années lors de l’élection des échevins. Le reste du bâtiment demeurera aux habitants pour en disposer à leur profit, tel qu’ils en aviseront sans que les comtes ne « puissent pretendre aultre droict audict auditoire pour l’exercice de leur justice »[24].

L’auditoire et sa « réserve »

En quoi consiste la « reserve » ? Derrière « la chambre en laquelle se tiennent à present les plaidz », il reste de la place que les échevins décident de louer immédiatement à Hugues de Chevreuille, marchand drapier, « pour en jouyr tant qu’il plaira aux habitans » à condition de « fermer à ses frayz ladicte place ». Il aura la possibilité d’y mettre un huys et devra alors soubzmurer, et pourra l’emporter s’il quitte les lieux[25]. On parle ici d’une véritable pièce fermée avec porte, sur fondations et à pan de bois, ossature que le marchand pourra transporter ailleurs. Hugues de Chevreuille habite rue Dame Nicole et il se constitue là une réserve, un atelier ou une boutique. Il lui en coûtera 10 sols par an. En fait, il y a encore de la place car dès octobre, on loue à un marchand mercier, François Mantellet (Mantelet), « la place commune estant entre les degrez et le pillier devant la place où estoit l’hostel dieu », il s’agit des marches « par lesquelz l’on va à l’église Notre Dame ». Il a lui un bail de neuf ans, pour 30 sols par an et « pourra oster et transporter le bastiment en fin de temps ». Il habite rue Saint-Michel et souhaite ici installer sa boutique sur la prestigieuse place du Pilori. En 1574, cette place commune est louée à Anthoine Pingat, orfèvre, pour dix-neuf ans. Il y construit un bâtiment à pan de bois qu’il pourra lui aussi récupérer. Il semble qu’il y ait des restes du passé d’après Petitjehan : « Au regard dudict hostel dieu fondé proche ladicte eglise Nostre Dame, la manufacture de l’antique ouvrage qui se descouvre [au plus tard en 1592] en la maçonnerie des anciens pilliers qui se manifestent au devant de ladicte maison sur le Pillory, à l’endroict de la bouticque Pingat orphevre, demonstre assez l’antique fondation de ceste maison de dieu »[26]. A cette époque, l’auditoire, devenu royal, se situait rue de l’Hôpital dans un petit hôtel Renaissance comportant un bâtiment flanqué de deux ailes, hélas caché derrière d’autres immeubles construits sur une partie de sa cour (derrière les n° 27-29 de la rue). En 1579 en effet, le roi et la comtesse avait autorisé la construction d’un auditoire royal. C’est que depuis l’année précédante, le doyen de Notre-Dame voulut récupérer l’ensemble ou partie de ce qu’il avait échangé. On avait d’abord décidé de le construire à la Boucherie (rue Jean Garnier). Pierre Desmaisons Me charpentier et Jehan Bouloy Me maçon avaient « faict ung pourtraict d’iceluy », mais aucune suite ne fut donnée en ce lieu[27]. L’immeuble de la rue de l’Hôpital faisait office de Maison de ville, d’auditoire du bailliage et d’auditoire royal. Il est utilisé en avril 1583.

 

Cette étude montre que l’on ne gâche rien, que le moindre espace est utilisé soit collectivement soit individuellement mais au profit de la communauté. Que les fruits de ces communes et parfois même du bord des chemins — herbe, arbres morts ou branches mortes, fruits — tout est utilisé. Les noix sont récoltées et vendues à des fabriquants d’huile ou autres. Je trouve peu de traces de rentrées d’argent à ce sujet, mais cette mention à propos d’autre chose « le jour que les noix des communes avoient esté delivrees au moys de juing 579 ». Les noyers de la Haye à la baillive sont réservés pour l’huile des églises : la fabrique de l’église Notre-Dame reçoit par exemple, cette année-là, 50 pintes d’huile de noix du Pâtis, valant 9 sols la pinte (note de M. Matton). En ville, on tire aussi des loyers des portes, tours et murailles.

Voir aussi à propos des carrières communales : La pierre de Tonnerre

Article à venir : Portes, tours et murailles

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[1] Voir à ce sujet : Elie Thiré, « Droits d’usage dont jouissaient les habitants de Tonnerre au XVIe siècle », BSAHT, 1962, p 18-24.

[2] Voir : La pierre de Tonnerre.

[3] Ces trois terres sont contestées par les habitants d’Epineuil, j’y reviendrai dans Le finage d’Epineuil à venir.

[4] Ce document est transcrit dans A. Challe, Histoire du comté de Tonnerre, Auxerre, 1875, (Laffitte reprints 1979) p 261.

[5] D’après le manuscrit de Pierre Pithou, Tonnerre, BM, ms 12 f° 109.

[6] Auxerre, ADYonne, http://archivesenligne.yonne-archives.fr/ark:/56431/vtabc332f7e650cfb72/dao/0/layout:i ; même si cette carte est postérieure de plus de cent ans, elle demeure précieuse.

[7] On pourrait efficacement faire des recoupements avec des documents du XVIIIe siècle plus fournis en détails.

[8] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 50.

[9] Voir : Le bruslement de la ville de Tonnerre, et la suite.

[10] Tonnerre AM 4 CC 2 1561-1562, f° 2 v°-3 v° et 10 v°-11 v° : assemblée du 5 avril 1557 n.s.

[11] Voir Travaux publics urbains

[12] La livre tournois valant 20 sols, le compte est bon. Ceci est rappelé in : Tonnerre, AM, 4CC 2 1570-71 f° 11 v°-12.

[13] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée de septembre 1565 (sans précision), 4 CC 2 1565-1566 f° 9.

[14] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée du 16 septembre 1565. Comme nous l’avons vu, la charge habituelle consiste en 1 sols par livre (puis 5 sols par livre plus tard dans le siècle) la première année.

[15] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, noté au 5 avril 1566.

[16] Laurent Bourquin [ed.], Mémoires de Claude Haton (1553-1582, Paris, Éditions du CTHS, Collection de documents inédits sur l’Histoire de France, vol. I (2001) p 494, 495-496-503.

[17] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, noté à la suite de l’assemblée du 19 avril 1566.

[18] Voir sur ce blog : Locaux des Écoles

[19] A la Renaissance, l’Hôtel-Dieu est expressément ce lieu, jamais l’Hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles (qui, certes est un hôtel-dieu) n’est ainsi nommé. C’est pourquoi dans ce blog, je maintiens la distinction : il y a l’Hôtel-Dieu et il y a l’Hospital.

[20] L. Le Maistre, « Découverte d’un champ de sépulture à Tonnerre », BSSY, Auxerre 1849, vol III, p 22.

[21] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée du 6 juin 1564. On parle des comtes car depuis le décès de François du Bellay premier mari de Louise de Clermont, la famille du Bellay est en procès contre Louise pour récupérer et du bien et du titre. Il y a donc alors deux comtes présumés : Jacques du Bellay et Antoine de Crussol, second mari de Louise (en fait seule comtesse de Tonnerre).

[22] Voir Le tumulte de la porte Saint-Michel (1)

[23] Voir : L’Hôtel-Dieu-Notre-Dame

[24] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565 f° 23, BB 1-1 assemblées des 20 juin et 19 août 1565.

[25] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565 f° 23, BB 1-1 assemblées des 9 juin et 3 juillet 1565.

[26] Petitjehan P., Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estans. Un bref discours de ce qui c’est passé de nostre temps…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988, p 37.

[27] Tonnerre AM, 4 CC 2 1579-1580, f° 3 et 35-35 v°.

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Travaux publics urbains

En amont du chantier, comment se passent les travaux d’utilité publique au XVIe siècle ? A Tonnerre comme ailleurs, il faut d’abord un projet de rénovation ou de construction, une prise de décision, puis un mode d’adjudication à un entrepreneur.

Dans une petite ville de la Renaissance, les travaux publics concernent les ponts et chaussées, certains bâtiments publics comme un auditoire, un hôtel-Dieu, un collège et surtout les murailles, tours et portes de l’enceinte, les églises étant le fait des fabriques – marguilliers et paroissiens[1]. Depuis le Moyen Âge, la législation royale naissante se préoccupe des moyens de communication et des fortifications, aussi les « élus », représentants du roi, participent-ils de plus en plus aux prises de décision. Il n’en demeure pas moins que le commanditaire des travaux est finalement toujours la ville représentée par l’échevinage et un procureur, sous la tutelle plus ou moins forte des représentants comtaux et/ou royaux. Ajoutons que, selon les circonstances (guerre, danger, passage de troupes par exemple), le lieutenant au gouvernement de Champagne et Brie dont dépend Tonnerre peut intervenir et imposer des travaux aux murailles, portes et tours. Dans ce cas, il vient lui-même ou envoie un capitaine qui se charge de conseiller les échevins et maîtres d’œuvre qui n’ont que le choix d’obéir.

Tout d’abord, il faut donc une décision. Au regard de nos documents, il est bien difficile de savoir d’où vient cette décision d’entreprendre. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’un beau jour, une proposition est faite au cours d’une assemblée pour délibérer si des travaux sont nécessaires à tel ou tel endroit ou que tel ou tel édifice sera construit. Une fois le projet annoncé, le jour même après les Vêpres ou quelques jours plus tard on se rend sur les lieux pour étudier la besogne.

Etablir un devis

Dans le contexte des travaux, le mot visitation désigne une expertise menée soit avant soit après le chantier. Qui dit visitation dit présence d’hommes de l’art, Me maçon et/ou Me charpentier, voire Me couvreur. Pour ce qui concerne les travaux d’utilité publique, comme nous l’avons vu et selon la nature et l’ampleur des travaux, elle implique aussi la présence d’au moins un échevin, du bailli du comté ou son lieutenant et souvent d’un élu royal.

Dans un premier temps, il s’agit d’établir un diagnostic et de fournir une description la plus précise possible du travail à accomplir pour parvenir à une estimation, trouver le financement et organiser le chantier : « visitation par maçons et charpentiers qui feront un rapport des reparations, valleur d’icelles pour, les habitans ouyz, ordonner lesdictes reparations », explique-t-on dans une assemblée[2]. Pour la construction du collège par exemple, Nicolas Monnard Me maçon et Pierre Desmaisons Me charpentier, visitent la place où il doit être construit et ont « faict pourtraict et divis » l’un de la maçonnerie, l’autre de la « charpenterie et couverture nécessaires »[3]. Je n’ai trouvé aucune estimation chiffrée, comme si la description suffisait à estimer l’ampleur des travaux et servait de devis (à moins que tous les documents chiffrés aient disparu, comme les portraits). On peut cependant préciser que le paiement se fera « à la tâche » pour une simple réparation ou à la journée — surtout serrurerie, menuiserie, petite réparation d’un mur ou travaux de manouvriers[4] —, des instructions verbales suffisent alors. Pour la maçonnerie, l’estimation peut se faire « à la toise », c’est-à-dire à la toise carrée. Enfin, l’estimation peut être faite au forfait, une somme globale pour l’ouvrage. Plus le travail est complexe, plus la description est précise, parfois agrémentée d’un pourtraict [dessin, plan] du Me maçon ou du Me charpentier[5]. Il n’y a pas de dessins pour des travaux courants, mais on peut alors désigner un modèle en ville ou sur le chantier même : repaver l’arche « ainsi qu’elle estoit » ou « faire la maçonnerie de pierre de taille telle que celle qui est ».

Prenons l’exemple des réparations à faire au pont Notre-Dame et au pontot en 1563. Ce rapport de visite est assez exemplaire dans sa formulation. Il présente d’abord l’édifice et la localisation du travail : « reparation des pons et arches du pont nostre dame au dela de la chappelle tirant à Espineul [Epineuil] » et du petit pontot[6]. On décrit ensuite les ouvrages à faire, élément par élément, en commençant par les fondations, puis les murs ou ici les arches et les piles : « reprendre en fond le pillier soubtenant la chappelle, le reparer es endroictz où les pierres sont demolyes et rompues et y mettre autres […], reparement aussi en fond le pillier soubstenant l’arche attenant led. pillier de la chappelle, faire la maçonnerie […], « retenir le pavé de ladicte arche tout de long, en mettre de neuf au lieu de celluy qui est mangé et rompu / Semblablement reprendre en fond le pillier soubtenent la troisieme arche du costé dudict Espineul tout de long et au lieu des pierres demolyes et rompues en mettre aultres ». On passe ensuite au pontot dont il faudra « reparer le pillier soubstenant les deux arches ».

Emplacement de la chapelle côté amont du pont Notre-Dame.

Emplacement de la chapelle côté amont du pont Notre-Dame.

Enfin, ces rapports décrivent les matériaux à employer et précisent pour qui en est la charge. Pour le pont Notre-Dame, il est stipulé que la pierre de taille de l’ouvrage doit être « du franc ban des clouz de la perriere d’Angy », la pierre dite franche étant la plus parfaite que l’on puisse tirer d’une carrière. Pas n’importe quelle carrière, celle d’Angy qui n’est pourtant pas communale (elle appartient à l’Hôpital) et est plus éloignée, il faudra donc payer plus cher. Il est précisé également que l’entrepreneur devra « fournir toutes matieres requises et necessaires mesmes les pierres »,  et devra en outre « faire les chaussees et descour de l’eau, le tout à ses fraiz sans que les eschevins soyent tenuz luy fournir aucune chose synon quatre voitures de jarrons [fortes branches, poteaux] des usages des habitans pour faire le pillotyz et picotz [pieux] pour reprendre et asseoir la fondation desd. pilliers[7] ». Il est toujours mentionné que le travail doit être fait « bien et duement » avant d’en définir l’échéance. Pour cette fois, l’ensemble de la besogne doit être mise en œuvre « incontinent et sans delay », d’autant que les basses eaux de l’Armançon se situent à l’automne, que l’hiver est dangereux jusqu’en avril et qu’il faut ensuite attendre mai pour accomplir ce travail. C’est sur ce genre de rapport que la décision finale est prise, et que la publicité est faite pour l’adjudication. Pourtant…

Trouver un financement

Pourtant, il faut aussi trouver les deniers nécessaires pour assurer le financement de la besogne. Ce sont avant tout les octrois qui procurent cet argent. Depuis le XIVe siècle, les finances urbaines reposent en effet sur un impôt indirect institué pour faire face aux dépenses de fortification. Les bonnes villes n’étant pas souveraines (et ne souhaitant d’ailleurs pas l’être), elles doivent avoir recours au roi. Les impôts qu’elles perçoivent résultent donc d’une permission royale, d’un don ou « octroi ». Ce qui oblige les villes à le demander et, comme il s’agit d’un don temporaire, de le faire renouveler. Voilà qui engage des dépenses de transport et de frais en tous genres. A Tonnerre, le rouage et le péage rapportant peu, ce sont les octrois sur le vin et sur le sel les plus importants. En plus du prix marchand du sel et de la gabelle, impôt royal, une crue est autorisée de 2 sols 6 deniers tournois par minots de sel vendus au grenier de la ville. Le vin lui est taxé au taux de 10 % sur la consommation au détail en ville et dans les faubourgs, chez les taverniers ou hôteliers. Plutôt que de surtaxer comme pour le sel, on a préféré diminuer la contenance de la pinte d’un dixième : c’est le droit de la petite pinte ou de courte-pinte. Pour le XVIe siècle, de Louis XII à Henri IV, ces octrois sont irrégulièrement renouvelés, parfois ensemble, parfois l’un ou l’autre et sont affermés[8]. Avant les guerres de la Ligue, ils rapportent en moyenne autour de 1000 livres tournois par an, avec des années pauvres. Ces deniers d’octrois doivent en principe être dépensés pour la réparation des murailles, tours et fossés mais aussi pour l’entretien général, voire l’embellissement de la ville. Ils sont souvent utilisés à d’autres fins, mais les travaux sont toujours payés sur ces recettes. Outre l’enceinte de la ville, c’est aussi sur ces deniers d’octroi que fut construit le collège ou que l’on put changer l’horloge de l’église Saint-Pierre et en poser une sur celle de Notre-Dame[9].

Dans des circonstances exceptionnelles, on a recours à l’emprunt, voire au don. En 1562 par exemple, des Tonnerrois prêtent de l’argent « pour fournir aux frayz » de la réparation et rehaussement des murailles de la fermeté. Seuls des habitants intra-muros vont prêter, riches marchands, robins et quelques officiers. Ces 36 personnes avancent sans intérêt — chose rare — 175 livres 5 sols tournois (une seule 12 L 9 s, et de 2 à 6 L pour les autres)[10], c’est pourquoi je parle de don. La décision avait été prise en l’assemblée du 4 mars, soit trois jours après le massacre de Wassy déclencheur de la première guerre de religion. Avril voit des massacres de huguenots à Sens et la pression monte partout. Le 24 avril, le duc de Nevers gouverneur de Champagne arrive à Troyes et répand ses compagnies. Auxerre s’échauffe. Il faut se protéger, mais les caisses sont vides et Tonnerre est endettée. Il se trouve que le 20 janvier 1562, les échevins avaient reçu de la part du trésorier d’outre-Seine et Yonne, des lettres disant que « le Roy avoit ordonné estre prins des deniers communs et patrimoniaulx et d’octroy des villes et lieux de son royaulme, pour employer à la fortiffication, entertenement et reparation des places frontieres de ce royaulme, speciallement Metz et Calaix », dont Tonnerre était taxée à 200 livres t. payables en deux fois — 10 avril et 20 aôut[11]. Or, au cours de l’exercice 1561-1562 (du 1er octobre à fin septembre), la ville ne reçoit que 351 L d’octrois et les deniers patrimoniaux (location des biens communaux, tours et portes) ne rapportent cette année-là que 7 L 5 s. D’où l’appel à l’emprunt qui, finalement se transformera en don. En fait de travaux, on colmate des brèches, on répare, on mure des portes mais point de rehaussement. Le remboursement ayant été fait rapidement, les créanciers avaient décidé d’oublier l’arrerage, mais dans ces cas, il s’agit le plus souvent de prêt avec intérêt.

Enfin, on peut avoir recours à une taille municipale. Ce fut le cas en 1576 pour financer l’enceinte du faubourg de Bourberault à la suite d’une « deliberation des habitans demourans en Bourgberault et aultres y ayans maisons et heritages » en juillet 1575. Les ouvrages doivent être terminés dans les trois ans et la somme est considérable, puisqu’il en va de près de 5000 L.t. Au cours d’une assemblée en septembre suivant, devant Pierre Pithou, on déplore que « les deniers patrimoniaulx d’icelle ville montent seullement de sept à huict vingt [140 à 160] L.t. par an, sur quoy il convient payer par chascun an onze vingt [220] L.t. pour les gages du predicateur, maistre d’escolle et autres officiers » ; si l’on veut payer les murailles de Bourgberault, où trouver l’argent ?[12]. On a donc décidé qu’une taille serait mise sur les habitants et propriétaires du faubourg chacun « à proportion ». On demande l’autorisation royale de lever cette taille. Les lettres royaux d’entérinement sont datées du 17 septembre 1576[13]. Le faubourg va donc élire des gens pour établir le rôle de taille à répartir sur trois ans.

Passer un marché

Pour les petits travaux (remplacer une serrure, ajouter une barre de fer ou de bois…), les échevins passent directement un marché oral avec le maître artisan adequat : « A Estienne Viardot Me charpentier demeurant à Tonnerre […] 5 L 19 s 6 d pour avoir suivant le marché verballement faict audict luy par lesdictz eschevins faict un planché de boys en la tour de Fontenilles de la fermetté dud. Tonnerre et fourny les choses necessaires »[14]. Ce type de marché ne concerne que de petites sommes.

Pour des travaux importants et plus onéreux, on a recours en ville à « l’admodiation au rabaiz », une adjudication qui se fait, après publicité, aux enchères publiques à main levée, à la chandelle et au moins offrant. L’adjudicataire s’engage à respecter le cahier des charges dans le temps imparti. Deux types de marché sont alors possibles : soit avec un maître artisan, soit avec un entrepreneur. Les règlements des métiers jurés stipulaient en effet qu’un commanditaire devait  passer marché avec chaque corps de métier séparément. C’est un cas très fréquent : à Mathieu Gregoire Me maçon demeurant à Tonnerre, 55 L tz « pour avoir par luy reparé la maconnerie du pont levis porte et tours du pont près l’hospital de ceste ville, suyvant la dellivrance qui luy en a esté faicte comme plus descroissant et qu’elle est contenue en l’acte faict pardevant monSr le bailly de Tonnerre ou son lieutenant »[15].

Lorsque le chantier nécessite la présence de plusieurs corps de métier, la ville, maître d’ouvrage, contourne la difficulté des engagements multiples en confiant le travail à un entrepreneur, parfois Me maçon, plus généralement marchand. L’adjudicataire devient alors le maître d’œuvre. C’est lui qui embauche maçons, charpentiers et autres, gère l’argent alloué et organise la besogne. Les enchères se font « à chandelle ardant » et le marché est délivré au « plus offrant et dernier encherisseur à la chandelle exterminee ». Pour le marché du pont Notre-Dame et du pontot, estimé au forfait, la séance s’est faite en la chapelle du pont en partant d’un prix global : mise à prix par Christophe de Chevreuille à 400 L ; Jehan Chevolat Me maçon 380 L ; Mathieu Gregoire Me maçon 370 L ; Valentin Jaquinet marchand 360 L ; Blaise Mandame marchand drapier 340 L ; Jehan Gaulthier maçon 320 L ; Hugues Leroy maçon 300 L ; Chevreuille 280 L ; Mandame à 260 L ; Jaquinet 240 L et enfin par Blaise Mandame à 215 L tz ; « et pour ce que personne n’a volu descroistre a esté delivré audict Mandame »[16].

Quant à l’enceinte de Bourgberault, l’estimation a été faite morceau par morceau[17]. Il y eu donc sept adjudications sur trois jours. Les cinq premières qui concernent des murailles et des tours sont estimées à la toise, et les deux autres au forfait — une porte de ville et un pont. Pour la première adjudication du 5 février 1576, du coin du château Saint-Pierre à la vigne de la Trippe, 75 toises de muraille de 16 pieds de hauteur (1 toise vallant 6 pieds, 1 toise carrée en vaut 36, pour trouver le nombre de toises, on pose 75×16/6 = 200 toises2) et deux tours de 10 toises2 à finir dans l’année. On va donc décroître sur un prix à la toise : « Ledict pan de muraille a esté mis au rabbaiz par Pierre Garnier marchant bourgeois dudict Tonnerre à six livres la toise / Par Regnault Tuot aussi bourgeoys dud. Tonnerre à cent dix solz tournois (5 L 10 s) / Par Blaise Mandame aussi bourgeois dud. Tonnerre à cent solz (5 L) / Par ledict Tuot à quatre livres quinze sols tournois / Par ledict Garnier à quatre livres dix sols tz, à luy delivré apres plusieurs publications faictes et que personne n’a voulu descroistre ». Le total se monte à 945 L.t. Puis les adjudications s’enchaînent les 12 février et 11 mars suivants, non sans avoir fait auparavant publication, c’est-à-dire publicité, aux prônes des églises paroissiales.

Les adjudicataires

Penchons-nous un instant sur ceux qui obtiennent aux enchères des travaux en ville. Entre 1553 et 1583, j’ai relevé 46 marchés « au plus décroissant ». Parmi eux, 23 sont emportés par des artisans, 22 par des marchands et un seul par un officier. Les officiers investissent peu dans les travaux, mais la proportion est équitable entre artisans et marchands. La disproportion n’apparaît que si l’on compare les sommes mises en jeu : 2630 livres tournois pour l’ensemble des artisans et 8434 livres pour les marchands. Il est évident que les plus gros marchés sont obtenus par de riches marchands.

Parmi les artisans, on trouve des serruriers, menuisiers, couvreurs, taillandiers, maréchaux, horloger et essentiellement des maçons et charpentiers. Les plus gros marchés de Me maçons se montent à 195 L.t. pour Jehan Desmaisons en 1565 et à 264 L.t. pour deux frères, Michel et Nicolas Convers en 1580. Il faut tenir compte du marché de Jerosme Leroy, Me fondeur à Troyes, qui s’élève à 1098 L.t. et ne laisse plus que 1532 L.t. aux artisans tonnerrois. Cette exception d’un maître artisan ne demeurant pas en ville est simplement due au fait qu’il n’y a pas de fondeur à Tonnerre. Il s’agit bien d’un marché « comme moins disant et au rabaiz » qui lui fut delivré « pardevant les president et elleuz de l’election et encore en presence du procureur du roy ou de son substitut en ladicte ellection et desdictz eschevins »[18]. Ce sont souvent les mêmes maîtres qui emportent les marchés, mais de nombreux autres artisans interviennent sur des petits contrats.

mandame

Quant aux marchands, qui se disent aussi « marchands bourgeois », ils sont pour beaucoup drapiers ou tanneurs d’autres sans précisions, ce qui signifient qu’ils vendent de tout, du bois, du vin, etc. A leurs affaires, ces marchands ajoutent des activités parallèles susceptibles de les enrichir mais aussi de leur conférer une certaine autorité et un statut. Ils louent des maisons, prennent des impôts à ferme, sont collecteurs de tailles, prêtent de l’argent à des particuliers ou à la ville (voire au seigneur) ou encore sont entrepreneurs de travaux publics, cas qui nous intéresse ici. Sur 22 adjudications à des marchands, ils sont onze personnes à emporter les marchés. Parlons des plus « apparents », comme on disait alors : Valentin Jaquinet pour 1563 L.t., Blaise Mandame pour 2090 L.t. et Pierre Garnier pour 3085 L.t. Le plus « petit » Valentin Jaquinet est marchand, possède au moins un cheval, plusieurs maisons dont une qu’il loue au recteur des écoles. Lui habite paroisse Nostre-Dame, rue de l’Hôpital. Blaise Mandame est marchand drapier, possède deux chevaux et loge dans le faubourg de Bourberault. Il est durant plusieurs années fermier général des fermes et aides de l’élection de Tonnerre. Quant à Pierre Garnier, marchand tanneur, fils d’échevin, il habite rue Dame Nicole, paroisse Saint-Pierre. Tous trois, de la même génération, sont échevins à un moment où à un autre[19]. Tous prêtent de l’argent à la ville. Ils font des affaires ensemble : achat de bois par exemple pour Jaquinet et Garnier en 1568. Tous partipent à des visitations soit d’estimation de travaux, soit de contrôle. En étudiant les sept adjudications pour l’enceinte de Bourgberault, on s’aperçoit que seules cinq personnes enchérissent dont Mathieu Gregoire, un Me maçon. Deux seulement emportent les enchères : Garnier et Mandame.

La réception des ouvrages

Le terme visitation est également utilisé pour les visites de contrôle des experts une fois le chantier terminé. Cette seconde expertise vérifie sur place que la besogne a été « bien et deuement faicte et parfaicte » en fonction du devis. Elle ne concerne par conséquent pas les travaux à la tâche ou à la journée, simplement vérifiés par un échevin. Pour les ouvrages plus importants et avant de payer, il faut « certifier la besogne ». L’entrepreneur ou maître d’œuvre vient informer les échevins que le travail est terminé. Ces derniers organisent alors une visite avec l’adjudicataire et les experts nommés, maîtres ou maîtres jurés[20]. Ceux qui font le plus autorité dans les années 1560 sont Mathieu Gregoire, Nicolas Monnard et Jehan Boulloy (ou Boullon)pour les Me maçons ainsi que Jehan Testuot, Estienne Viardot et Jehan Desmaisons pour les Me charpentiers. Un échevin accompagné de « gens de congoissance » se rendent sur les lieux et un procès-verbal est établi pour que le travail soit « reçu » par l’échevinage qui délivre alors une ordonnance de paiement. Guillaume Testuot, fils de Jehan, devenu à son tour charpentier juré, avait obtenu au rabais la construction du beffroi et autres besognes nécessaires pour l’horloge de l’église Saint-Pierre. Il voit son travail expertisé par Pierre Desmaisons fils de Jehan et Me charpentier accompagné de deux marchands, « lesquelles euvres et besongnes […] ont esté par luy bien et deuement faictes et parachevez, comme il appert par deux rapportz de visitation faictz par… »[21]. Lorsqu’il s’agit d’une estimation à la toise, les maçons visiteurs doivent faire le toisé pour confirmer que le devis est respecté : deux Mes maçons vérifient « la réparation faicte en la muraille de la fermetté de Bourgberault derrieres la maison de sainct Anthoyne » par un autre maçon et ont trouvé 6 toises et demi, ce qui est conforme et permet de payer le confrère[22].

signatures des maçons ayant fait la visitate pour l'enceinte du faubourg

Signatures des maçons ayant fait la visite pour l’enceinte du faubourg

 

Les maîtres sont payés pour leurs visites, qu’elles soient pour un devis ou pour le contrôle final, ainsi que le notaire ou le sergent qui fait le procès-verbal. Le nombre d’experts et de personnes présentes aux visites de contrôle dépend de l’importance de l’ouvrage et de sa nature. Pour les ponts par exemple, ou des travaux très onéreux, la présence du lieutenant général, du lieutenant particulier au baillage ou d’un procureur du comte est requise en plus d’un ou deux échevins. Les importants travaux aux murailles sont également vérifiés par un expert en art militaire, comme ce Monseigneur de Sessac[23], lieutenant de la compagnie du duc de Guise gouverneur de Champagne et Brie à qui on offre, en août 1579, « deux poulles d’inde, un perdrisseaulx et une boteille de vin clairet […] lors qu’il visita la besongne faicte à la porte Rogemont et les murailles de la fermeté de Bourgberault dont il avoit baillé son advis »[24].

Que se passe-t-il en cas de problème ? Les fraudes, assez rares ou difficiles à détecter dans nos documents, semblent surtout être le fait de marchands qui emportent un marché au forfait. L’entrepreneur peut être tenté en effet de réduire les coûts des matériaux pour gonfler son bénéfice. A la visitation de contrôle, les experts ont connaissance du devis, plan éventuel et procès-verbal d’adjudication détaillé. En 1565 et 1567, Valentin Jaquinet avait été entrepreneur d’une partie des murailles et tours sans aucun problème. En 1569, il s’était fait rappeler à l’ordre en assemblée pour un retard sur la couverture de la grosse tour de Vaucorbe. En 1572 il emporte l’adjudication des charpenterie et couverture des murailles entre la tour de Vaucorbe et la porte Saint-Jacques (Vaucorbe). Il y a 63 toises de murailles à couvrir et il doit fournir les matieres. La réception de l’ouvrage est refusée par les échevins sur le procès-verbal de contrôle des experts « pour le default qu’ilz disoient estre en icelles ». Aussitôt Jaquinet exige une nouvelle visitation ou contre-expertise et affirme que les ouvrages pouvaient aisément être réparés « ainsy qu’il est contenu au rapport de ladicte visitation qu’ils ont délivré exhibé et lecture faicte d’icelluy, ensemble du rapport de la premiere visitation ». « Exhibé » signifie qu’il est déjà en procès au siège du bailliage et que ces documents ont été fournis aux juges. Il se trouve que les pièces de charpente « ne sont de la grosseur portee par ledict marché et la tuille n’est cuytte ny raisonnable ». Au cours d’une assemblée en février 1573, échevins et habitants se mettent d’accord pour un arrangement amiable avec lui, ce qui semble être le cas le plus fréquent pour ce genre de litige. Ils consentiront à ladite besogne si Jaquinet d’une part répare la couverture selon l’avis des experts et, d’autre part s’il paye lui-même les matériaux non conformes, la différence estimée par les charpentiers et couvreurs visiteurs[25]. L’entrepreneur a dû s’exécuter puisque le 9 août 1573, les échevins reçoivent de sa part un « estat pour estre payé » (rapport). Deux ans plus tard, il obtiendra d’ailleurs sans rancune un nouveau marché « comme plus decroissant, de la reparation, charpenterie et couverture des murailles de la fermeté de ladicte ville depuis la cahuette estant au coing desdictes murailles au dessoubz de la porte de Tanneries jusques à la fermeté du chasteau de sainct Pierre »[26].

Voilà pour cet aperçu sur les travaux d’utilité publique en ville à la Renaissance. Il reste à étudier comment se passent les chantiers, ce que j’aborderai dans un article à venir intitulé Un chantier à l’hôpital.

 

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[1] Voir sur ce blog : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/21/la-tour-de-notre-dame/

[2] Tonnerre, AM, BB 1 1- assemblée du 13 août 1564.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1571-1571, f° 6. Voir dans ce blog : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2014/12/11/locaux-des-ecoles/

[4] Ou encore un ouvrage simple : on paye par exemple 32 sols t. à deux charpentiers « pour leur salaire de trois jours et demy chascun qu’ilz ont besongné à faire une logette de bois sur la tour de la porte sainct pierre » (Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, f° 17).

[5] Un exemple : 40 sols tournois à Nicolas Monnard Me maçon « pour avoir visité les portes de Vaucorbe, sainct Michel et Rougemont pour y faire bacules (pont-levis) au devant, ensemble le pont du faulxbourg sainct Nicolas pour le faire dresser en la place en laquelle il doibt estre assiz et desd. bacules et pont faict les devis et pourtraictz » (Tonnerre, AM, 4 CC 3 1577-1578 f° 9).

[6] Le pont Notre-Dame possède douze arches et « la chapelle est bâtie sur les 7e et 8e arches du côté du chemin tirant au grand chemin de la ville de Troyes » écrit Cerveau au XVIIIe siècle d’après une visitation de 1582. Le Pontot qui enjambe l’autre bras de la rivière possède deux arches à l’époque.

[7] Tonnerre, AM, BB 1-1, Assemblée du 17 octobre 1563.

[8] Pour en savoir plus sur les octrois, voir : Les octrois à Tonnerre (article à venir)

[9] Voir sur ce blog : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2014/12/11/locaux-des-ecoles/ et https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/29/horloges-et-cloches-de-ville/

[10] Livres de comptes 1561-1562 pour les travaux et 1563 à 1565 pour les remboursements.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1561-1562, f°22- 22 v°.

[12] Tonnerre, AM, EE 1, assemblée du 21 septembre 1575.

[13] Tonnerre, AM, EE 1, assemblée du 1er avril 1577 et 4 CC 3 1576-1577 f° 32.

[14] Tonnerre, AM, 4CC 2 1567-68 f° 7-7 v°, ordonnance de paiement du 22 octobre 1567.

[15] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-64 f° 20-20 v°, adjudication du 25 juin 1564.

[16] Tonnerre, AM, BB 1-1, adjudication du 17 octobre 1563. Voir le texte complet dans Archives.

[17]  Tonnerre, AM, EE 1. Voir aussi Une enceinte pour le faubourg (à venir) et je mettrai aussi en ligne dans Archives, tous les textes relatifs à cette enceinte et aux marchés dont elle a fait l’objet.

[18] Tonnerre, AM, 4 CC 3 compte des deniers d’octrois 1579-1780 f° 2-2 v° ; voir https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/29/horloges-et-cloches-de-ville/

[19] Valentin Jaquinet en 1555-1556 ; Blaise Mandame en 1556-1557, puis deux années de suite 1571-1573 avant d’être receveur l’année suivante ; Pierre Garnier en 1558-1559, 1564-1565 et 1567-1568.

[20] Je n’ai pas trouvé l’expression Me maçon ou charpentier (etc.) « juré » avant 1568. Il est vrai qu’un règlement sous Charles IX en février 1567 avait étendu l’institution des maîtres-jurés à toutes les bonnes villes du Royaume. C’est peut-être pourquoi ce n’est pas précisé auparavant, bien qu’il s’agisse des mêmes artisans. Le 10 septembre 1571, une ordonnance municipale sur le « faict du mestier de charpentier » précise qu’en fait tous ceux qui sont reçus maîtres sont jurés puisqu’ils font le serment devant justice ; que ces maîtres charpentiers doivent élire un « maître des œuvres qui sera par dessus » et cela sa vie durant ; il est enfin précisé que les Me charpentiers seront appelés le lendemain de la fête St Joseph — leur patron, le 5 janvier — pour élire parmi eux deux maîtres visiteurs pour l’année (Tonnerre, AM, BB 1 1 assemblées de janvier 1571 à mai 1572). Voilà qui précise les choses, mais j’ignore si le système était déjà en place avant cette date.

[21] Tonnerre, AM, 4 CC 3 compte des deniers d’octrois 1578/1579, f° 2 v°-3.

[22] Tonnerre, AM, 4 CC 2 comptes 1567-68, f° 26 v°-27 en date du 30 avril 1568.

[23] François de Cazillac seigneur de Cessac (Sessac) a été chambellan du duc d’Anjou (futur Henri III) qu’il accompagna en Pologne en 1574. Il est aussi lieutenant de la compagnie de gens d’armes du duc de Guise depuis 1570. Sa mère, Anne de Crussol est une tante d’Antoine, duc d’Uzès et comte de Tonnerre dont il est par conséquent le cousin germain. Même si le duc est alors décédé, les Tonnerrois connaissent bien Cessac qu’ils accueillent depuis longtemps avec les honneurs dus à la famille comtale en plus de sa position auprès du gouverneur de Champagne.

[24] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 f° 27.

[25] Tonnerre, AM, BB 1-2, assemblée du 15 février 1573.

[26] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1577-1578 f° 9.

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Tonnerrois en armes

A la suite du tumulte de la porte Saint-Michel au cours duquel un officier royal a été tué par les Tonnerrois le 27 avril 1564[1], Jehan duFaure, bailli du comté, sans doute sur l’ordre du lieutenant du prévôt de la connétablie de France, commande un « inventaire des armes pourtees par les habitans de Tonnerre et hospital ». La date est indiquée au « 9e jour du mois d’avril cinq cent soixante et quatre »[2]. Cette année-là, le serrurier Guillaume Bruslefer est payé pour une serrure à bosse qu’il pose « en la tour de l’eglise Nostre Dame pour y retirer les bastons suyvant l’edict »[3]. Il s’agit de l’édit d’Amboise de mars 1563 qui met fin à la première guerre de religion et demande un désarmement général. L’édit n’ayant pas été respecté, le tumulte de Saint-Michel est l’occasion de le mettre à exécution. Ce document de 26 pages pose interrogation car au dernier folio se trouve le reçu du notaire et greffier du bailliage d’un montant de 26 sols pour la grosse du « present inventaire », reçu daté du 9 septembre 1567. Il est fréquent que les factures soient payées en retard mais trois ans et demi pour une si petite somme, c’est beaucoup. Il y a aussi cette mention « Rendu » indiquée en marge en face de chaque nom. Les bourgeois de Tonnerre, sanctionnés par la connétablie, sont-ils restés sans armes durant tout ce temps, respectant ainsi l’édit de pacification ? C’est possible car la deuxième guerre va éclater justement en septembre 1567 : dès le 8, le bruit se répand que les huguenots se préparent à attaquer Auxerre. Tonnerre se prépare au guet et à la garde de ses murs puisqu’un des privilèges de la « bonne ville » est d’assurer sa défense. Aussi les autorités rendent-elles leurs armes à leur propriétaire et distribue les siennes.

Les hommes

268 personnes (la ville comptant pour 1) viennent déposer une ou plusieurs armes le 9 avril 1564, dont quatre veuves et cinq prêtres. La ville en retire également quelques-unes en la tour Notre-Dame. 324 armes sont ainsi récupérées, dont 11 appartenant à la ville[4]. Tous les chefs de feu ne sont pas représentés. Seuls ceux qui sont en âge, valides et qui savent manier les armes peuvent être miliciens. Il s’agit en fait d’un devoir. On peut estimer qu’environ 10 % de la population totale peut être armée en cas de nécessité de défense. C’est beaucoup moins que dans les grandes villes, mais honorable. Les veuves sont nombreuses mais seulement quatre détiennent une arme et remarquons aussi les cinq hommes d’église également tenus de participer à leur tour de garde. Ils portent alors hallebarde, pertuisane ou javeline.

Douze personnes ne sont pas propriétaires de l’arme qu’ils apportent et qui sont rendues à d’autres : une veuve, deux boulangers, un couvreur, un manouvrier, deux tonneliers, un prêtre, mais aussi trois riches bourgeois boucher, drapier et procureur.

Certains habitants sont en possession de plusieurs armes. Blaise Mandame, édile et riche marchand drapier ainsi que Denis Catin hôte de l’Escu de France en détiennent cinq chacun. Jehan Barrault, officier royal greffier au magasin à sel, Antoine Petijehan notaire, tabellion et récemment hôte de la Fleur de Lys ainsi que Regnault Allier hôte des Trois Maures en ont trois chacun. Le métier d’hôtelier qui voit beaucoup de passage et des étrangers requiert de pouvoir se défendre, et tous ont au moins une arme. Enfin trente-quatre personnes possèdent deux armes : des artisans, de riches marchands, des officiers et autres avocats ou procureurs. La très grande majorité n’en possède qu’une seule.

En recoupant les noms avec les rôles de taille de 1566, on obtient une répartition approximative dans la ville par paroisse — 109 pour Notre-Dame et 159 pour Saint-Pierre —, mais aussi par quantons[5] : 73 personnes de Notre-Dame intra-muros, 36 de Saint-Michel (qui englobe la rue de Rougemont côté sud [numéros pairs aujourd’hui] la rue St Michel, la rue des Prêtres [Pasteur], de la Varence, de Pantin et la rue Vaucorbe jusqu’à la porte Royale), 82 de Saint-Pierre-le Perron et 77 du faubourg de Bourberault. De quoi organiser les milices bourgeoises[6].

Les armes

De quelles armes de guerre disposent les Tonnerrois en 1564 ? On en dénombre 324 de quinze sortes différentes. On ne parle pas alors d’armes blanches, terme qui n’apparaîtra que deux cents ans plus tard, mais d’armes à feu, de trait, d’hast ou de main. Notons immédiatement qu’aucune épée n’est recensée, ce qui semble être l’usage dans ce type d’inventaire[7].

– 68 armes à feu ainsi que 3 mortiers. Deux mortiers de fer appartiennent à la ville et un autre petit est entre les mains d’une veuve. La majorité de ces armes sont des arquebuses (hacquebouzes) plus ou moins modernes selon leur système de platine : 38 sont à mèche dont 6 petites et 18 à rouet, une autre indiquée « sans meche ni rouet » et une dernière « sans chien », bref à réparer. L’arquebuse à rouet est la plus récente, plus légère mais onéreuse et plus fragile. Parmi ces dernières, huit sont à rouet de fer dont cinq appartiennent à la ville. Avec les cinq municipales, le corps des arquebusiers de Tonnerre s’élève à 58 personnes. Il est probable que, comme ailleurs, la compagnie des chevaliers de l’arquebuse de la ville date du XVIe siècle, mais je n’en ai pas trouvé trace. On dénombre également quatre « petits pistollets ». La ville est la seule détentrice des six mousquets, arme très récente et très chère. L’arquebuse appartenant à Me Jehan Pinot, fils de l’ancien bailli et mesureur au grenier à sel, est marquetée et vernie.

– 72 armes de jet dont 38 arbalètes, 4 javelots et 30 javelines dont 6 petites. Avec sa pointe de fer acérée et sa hampe mince, la javeline est une arme de jet pouvant aussi se manier comme une courte pique. Parmi les arbalètes 28 sont sans noix, cette petite roue mobile munie d’une encoche qui retient la corde. La noix doit en effet être remplacée régulièrement. Il semblerait que ces armes n’aient pas été très bien entretenues.

de quelques armes d'hast

de quelques armes d’hast

– 154 armes blanches et d’hast (du latin hasta, lance), pour la plupart issues des siècles précédents. Les 15 piques, 3 demi-piques, 61 hallebardes, 21 pertuisanes dont 6 petites et une « emmenchee de becs », 4 fourches de guerre (à deux dents), 46 épieux de guerre (et non de chasse) et 4 vouges, un instrument médiéval qui tombe en désuétude puisqu’il est remplacé par la hallebarde. Enfin 24 bâtons à deux bouts et un bâton à grain d’orge, 2 haches d’armes à bec de faucon et seulement 3 dagues, dont une emmanchée au bout d’un bâton.

– très peu d’armures : 5 jaques (petite cotte de maille) sont déclarés.

Les hommes en armes

Il y a 56 personnes dont je ne connais pas le métier. Pour le reste, on trouve des artisans : 2 artilliers[8], 6 bourreliers, 8 charpentiers, un cordier, 4 cordonniers, 3 couvreurs, un foulonnier, 7 maçons, 6 maréchaux ferrant, 2 menuisiers, un peintre verrier, 4 potiers d’étain, 3 serruriers, 3 taillandiers, un tailleur d’habits, 6 tanneurs et un corroyeur, 2 tixiers de drap et 1 tisserand de toile, 3 tonneliers, 2 vinaigriers. Un seul laboureur, 12 vignerons et 5 manouvriers. 54 marchands, dont 15 bouchers, 10 boulangers, 3 pâtissiers, 8 drapiers, un mercier (pour dix d’entre eux, j’ignore ce qu’ils vendent). Les officiers royaux, du bailliage, du comté ou municipaux sont 17. 6 avocats ou procureurs et 7 notaires dont deux sergents. Un médecin chirurgien, 2 messagers, 3 charretiers. Les 5 hôteliers de la ville et 2 taverniers manient aussi les armes. Sans oublier les 5 prêtres et les 3 veuves qui ne sont pas des plus pauvres et deux hommes domestiques. Une énumération un peu fastidieuse mais qui montre que peu ou prou tous les métiers sont représentés.

Si l’on compare à présent en fonction des fortunes. En se fiant à un rôle de tailles de 1569, le plus complet, on peut comparer le type d’arme avec la fortune de celui qui l’utilise. Sachant que 23 porteurs d’arme sont absents de ce rôle, on peut calculer sur 244 personnes. Les cotes vont de 2 deniers à 300 livres tournois dans le rôle et de 4 sols à 280 livres dans notre échantillon d’hommes armés. Dans le rôle, 12 % Les contribuables payant 60 livres d’impôt ou plus représentent 12 % du rôle et 24,6 % de l’inventaire. Parmi eux, 70 % possèdent arquebuse, arbalète ou pistolet, alors qu’ils ne sont que 26 % des contribuables en dessous de 60 livres. Le rapport s’inverse lorsqu’on étudie les épieux, arme par excellence du petit peuple : 8,3 % pour les plus riches qui sont aussi bourgeois, édiles ou d’une famille d’édiles, et 19 % pour les autres. Pour les hallebardes ou les pertuisanes, la proportion s’équilibre. La fortune seule pourtant ne suffit pas à expliquer ce décalage, il faut aussi compter dans cette société hiérarchique avec l’état et la qualité des personnes.

L'inventaire et ses mentions en marge

L’inventaire et ses mentions en marge

Reste à dire un mot sur les mentions en marge de l’inventaire. En face de 21 noms, il n’y a aucune mention. Des armes demeurées dans la tour de Notre-Dame ? Pour 180 noms est juste écrit « Rendu ». Pour les 69 autres personnes, on apprend davantage de choses. Ce peut être « Rendu à sa femme » (23 fois), à sa fille (1 fois), à son fils (11 fois), à son gendre (3 fois) à sa servante (1 fois) ou à son serviteur (3 fois). C’est là aussi que l’on découvre que certains n’étaient pas propriétaires de l’arme recensée puisque le notaire précise « rendu à Me Jehan Pinot » ou à Germain Luyson, etc. Dans les familles aussi, les armes changent de main du fils au père ou l’inverse. Une histoire un peu plus compliquée qui montre l’honnêteté de certains : le drapier Claude Bazard avait apporté une petite arquebuse à mèche ; celle-ci est rendue par erreur à Jehan Germain « qui a dict appartenir à Estienne Bazard », marchand mercier sans doute de la même famille que Claude.

 

Voici la capacité défensive de la cité en cas de besoin, mais on comprend aussi la nécessité de réglementer le port d’armes dans les villes. Que les miliciens détiennent des armes est une chose, mais pour les autorités (le roi, le comte, les échevins…), il est nécessaire d’encadrer leur utilisation dans les espaces publics car le port d’armes constitue une menace permanente de glissement vers la violence ou l’émeute. La période des guerres de religion, qui voit se multiplier les armes dans la société civile dans un contexte d’angoisses sociales et religieuses, montre également l’apogée de la législation du port d’armes (22 ordonnances, déclarations ou édits royaux entre 1550 et la fin du siècle)[9].

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[1] Voir sur ce blog Le tumulte de la porte Saint-Michel 1 et 2 : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/08/le-tumulte-de-la-porte-saint-michel-1/

[2] Tonnerre, AM, EE 2.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 comptes de la ville 1563-1564 f° 22 v°, sans date. La tour de l’église est en 1566 au moins à son deuxième étage, voir https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/05/21/la-tour-de-notre-dame/

[4] Il n’est pas mentionné à qui elles avaient été distribuées, ni même si elles l’avaient été.

[5] A ce sujet et pour visualiser un plan de la ville, voir Rues de Tonnerre à la Renaissance : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/category/la-ville/plan-et-rues/

[6] Je reviendrai sur ce sujet dans un article sur guet et garde (à venir).

[7] Bien que l’épée fut l’apanage des gentilshommes, nombreux sont ceux qui en possédaient sans toutefois les porter en public.

[8] L’artillier fabrique et vend des armes à longue portée telles que arbalètes, arquebuses, pistolets… A eux deux, ils possèdent deux arbalète et une arquebuse, avec quelques réparations à effectuer.

[9] Voir Julien Le Lec, « Les armes en Bretagne sous l’Ancien Régime : étude menée à travers les arrêts sur remontrance du Parlement de Bretagne (1554-1789) ; http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01206406/document ; voir aussi Philippe CONTAMINE, « L’armement des populations urbaines à la fin du Moyen Âge : l’exemple de Troyes (1474) », La guerre, la violence et les gens au Moyen Âge, t. 2, Paris, éd. CTHS, 1996, p. 61-70.

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1583, des processions blanches tonnerroises

En 1583, dans l’Est et le Nord de la France, les routes se couvrent de cortèges dont tout ou partie des participants sont vêtus de blanc. Aussi a-t-on nommé ce phénomène les processions blanches, grand mouvement de pénitence populaire mis en évidence et étudié par l’historien Denis Crouzet[1].

Un cortège pas comme les autres

Les villes connaissent toutes sortes de cortèges : certains liés à la personne du roi[2], d’autres à la vie de la cité[3] et les processions religieuses, pratique dévotionnelle séculaire chez les catholiques. Ces parcours processionnels ordinaires suivent un itinéraire défini en fonction de la célébration, dans un ordre lui aussi codifié en fonction des hiérarchies. Ordres et itinéraires pouvant être changés lors des processions religieuses extraordinaires, qu’elles soient rogatoires ou expiatoires. Depuis les années 1560 surtout, les processions avaient été mises à mal dans le royaume par la montée de la nouvelle hérésie, mais avaient repris après la Saint-Barthélémy quand les violences iconoclastes s’étaient apaisées. Même si Tonnerre, grâce au comte Antoine de Crussol, à la comtesse Loise de Clermont et à leurs officiers n’a pas connu trop de ces violences intra-muros ni de Saint-Barthélémy, le peuple catholique était en émoi[4] et l’ensemble des habitants culpabilisé par les guerres.

Les livres de raison et des mémoires sont les sources les plus riches pour étudier les processions blanches. La chronique tonnerroise écrite par le notaire P. Petitjehan[5] permet justement de retracer une partie de ces processions à Tonnerre. Après avoir parlé des antiquités de la ville et du comté, Petitjehan souhaite faire « ung brief et succint advertissement [court mémoire] » de ce qui s’est passé depuis le feu de 1556. Il évoque en quelques lignes les guerres civiles avec les armées qui passent et repassent, l’argent déboursé pour éviter sac et pillage, les pestes et les famines. Puis, chose surprenante, il s’attarde durant plusieurs pages sur un seul fait : les processions de 1583 avec lesquelles il termine son ouvrage. C’est dire l’importance à ses yeux de cet événement qu’il décrit presqu’aussi longuement que le grand incendie. Ce que corrobore Denis Crouzet en évoquant l’étonnement des contemporains devant l’ampleur du phénomène et son originalité.

Pour introduire son sujet, Petitjehan évoque les mauvaises récoltes et déplore que tous les éléments furent contraires aux humains entre Pâques (le 10 avril) et la saint Jean-Baptiste (le 24 juin), « de telle sorte que chacun d’eulx divertissant son debvoir et office de sa saison de l’annee, ilz entreprenoient et usurpoient l’office et charge l’un de l’aultre ». Ainsi en février et mars, les pluies incessantes furent si importantes « que la terre en fut toute battue et scellee », ce qui exprime bien l’extrême difficulté pour les grains semés de germer. Puis les mois d’avril, juin et juillet furent « sy chauldz et arides qu’il sembloit que le ciel feust changé en airain ». Un autre chroniqueur, Jacques Carorguy, greffier de Bar-sur-Seine, commente lui aussi « que, au mois de may, que les orges et aultres graines venues en tuyau et que le Ciel ne donnoit poinct de pluye pour les faire croistre et multiplier »[6]. L’interprétation de Petijehan est que la terre était « comme irritée contre ce peuple françois par le commandement de son formateur ». Il épouse là l’émotion collective face à la colère de Dieu et exprime la panique populaire. C’est pourquoi, ajoute-t-il, on eut recours à Dieu par des processions générales « pour le prier qu’il feist cesser l’ire et courroux que ses elementz par son seul mouvement et commandement avoient sur ceste paouvre France ».

Petitjehan insiste sur l’ampleur géographique des processions qui ont lieu par « toutes les villes bourgs et bourgades de tous les quantons de la France » et Carorguy dit « par tout le pays (le Barsequanais) et premierement en Bourgogne et jusques à Dijon ». En fonction de ses propres sources, Denis Crouzet fait naître le mouvement à Bar-le-Duc en Lorraine aux frontières de l’Allemagne[7] en juin et dans les Ardennes. Mouvement qui, de proche en proche, gagne le nord de la Champagne jusqu’à Reims (fief des Guises, le 22 juillet), avant de toucher Paris (10 septembre) puis la Picardie (Beauvais le 29 septembre, Amiens le 10 novembre), et mouvement qui, selon les régions dure jusqu’en septembre ou décembre. Denis Crouzet convient que, faute de traces écrites, la limitation spatiale qu’il propose est vraisemblablement trop stricte. Ajoutons donc la Bourgogne et le sud de la Champagne d’alors tout en reconnaissant une « naissance » plus à l’est, et observons notre aire géographique plus méridionale.

Le mercredi 26 mars 1583, Châtillon-sur Seine[8] se met en branle jusqu’à Marcenay au tombeau de saint Vorle patron de la ville : « Châtillon et tout le pays d’alentour étaient remplis de prières, de pleurs et de gémissements ». La raison de ces processions printanière est d’arrêter la peste qui sévit dans la région et déjà se trouvent dans le cortège 643 filles blanches[9]. Le 1er juin 1583, Avallon se rend à Vézelay avec le chef de saint Lazare, sans qu’il soit précisé qu’il s’agisse là de processions blanches. Pour autant, c’est aussi le 1er juin que Carorguy fait démarrer le « premier essay » de procession blanche à Bar-sur-Seine par l’arrivée en grande dévotion des trois Riceyz[10] « ayant en nombre, pour leur avanguarde, plus de cinq cens filles blanches, les femmes vefves acoustrees de noir et de petitz guarsons nudz et sans chemise qui chantoient les saintz du patron où ilz aloient ». L’auteur explique que « à leur exemple, tous les aultres villages voisins feirent le semblable ». Ce même 1er juin, Châtillon-sur Seine porte la châsse de saint Vorle et autres reliques à l’abbaye St Pierre et St Paul de Pothières, à une dizaine de kilomètres au nord avec 700 filles blanches. Le 5 juin Noyers-sur-Serein et d’autres paroisses environnantes viennent vénérer la relique de Lazare à Avallon. Des chassés-croisés se poursuivent ainsi dans cette région durant tout le mois de juin (Pothière vient à Châtillon le 12, Châtillon retourne à Marcenay le 29). Tout ceci donne l’impression que l’étau, si je puis dire, se resserre aux portes du comté de Tonnerre qui lui aussi sera gagné par cette fièvre pénitentielle. Ajoutons que le peuple catholique est en cette fin de siècle étreint par une angoise eschatologique avec la crainte de l’imminence de la fin des temps[11].

Les sources de Denis Crouzet mentionnent la spontanéité de ces processions qui gagnent, de proche en proche, une ville après l’autre. Caractère soudain des décisions évoqué également par nos deux chroniqueurs : « le peuple se souleva de lui-même » à Bar et « par une soubdaine generalle opinion et volonté des peuples » à Tonnerre, comme si le clergé n’en était pas l’initiateur. Les dates pour Tonnerre ne sont hélas pas précisées.

Pontigny     Abbaye de Pontigny, photo Jean-David Boussemaer[12]

Voici donc à leur tour les Tonnerrois qui organisent des processions générales « en loingtaines ville monastaires et abbayes », à l’exemple des précédentes. Cette notion de lointain évoque bien l’idée d’un pèlerinage : tandis que la procession manifeste la cohésion d’une communauté centrée sur elle-même, le pèlerinage invite à sortir de soi et de son milieu. Le phénomène de 1583 participe en fait des deux. C’est un pèlerinage collectif. Petitjehan ne relate que deux grandes processions générales parmi « toutes les aultres processions que les habitans dudict Tonnerre feirent », l’une à l’abbaye Notre-Dame-et-Saint-Edme de Pontigny et l’autre à l’abbaye Notre-Dame de Quincy, la plus grande partie des assistants étant « habillez tout à blanc ». C’est cette dramatique vestimentaire très particulière qui a donné son nom au phénomène[13]. « Le blanc matériel a une signification abstraite supérieure, est une tension vers une qualité spirituelle, dans une pratique collective du déguisement », écrit Denis Crouzet[14], ajoutant que du sens se surajoute ainsi au rite processionnel et crée l’étonnement et « la puissance des images reçues par les spectateurs ». Si les pèlerins sont ainsi vêtus c’est, pour Petitjehan, « en signe d’humilité et recongnoissance d’une amende honnorable de nos faultes ». On voudrait se réconcilier entre soi (le déguisement efface les distinctions sociales) et se réconcilier avec Dieu offensé par les guerres, l’hérésie et une royauté qui a accepté l’hérésie. Le déguisement « proteste de la faute et veut l’abolir » (Crouzet). On cherche à retrouver la pureté perdue.

Déroulement

Si Petitjehan ne donne pas de date, il est prolixe sur les heures. Nul doute que celui qui écrit y a participé. Une nuit, les cloches de Notre-Dame sonnent à toute volée le rassemblement des fidèles. « Sur le minuict », on sort de l’église « en bel ordre ». Toute procession a un ordre et une discipline. Les chroniqueurs insistent tous sur la bonne tenue de ces processions extraordinaires à l’ordre inhabituel. A Tonnerre viennent en premier « toute la jeunesse masculine », suivie par « tous les ecclesiastiques revestuz de chappes portans sainctz reliquaires, toute la justice revestuz de leurs grandz robbes, les hommes tant marchans bourgeois artisans laboureurs que vignerons, plus de quatre centz petites filles habillees tout à blanc et les femmes filles et petitz enffans chacun marchant en son ordre ». S’ils sont nombreux à être habillés de blanc, seul le groupe des petites filles l’est dans son entier. On voit aussi que le clergé participe au mouvement et en bonne place. « Pour la commodité de la grande vieillesse et petite jeunesse y avoit à la queue plus de soixante charrettes encourtinees [couvertes de tentures] ». Le cortège impressionnant s’ébranle ne laissant en ville « que les servantes et bien peu d’aultres personnes ». Il est vrai qu’après la Saint-Barthélémy, en France du Nord, les protestants sont devenus encore plus minoritaires.

Trajets carte de Cassini

Trajets sur carte de Cassini, voir : http://geoportail.fr/url/7FmWTq

On se rend à l’abbaye de Pontigny, à 23 km de Tonnerre. Dans « cest ordre et rangz » le cortège sort par la porte Saint-Jacques, contourne la ville par le chemin des Lices pour gagner Dyé. Il fait nuit. Pourtant la procession est conduite à la lueur « tant de la grande lanterne du ciel que de plusieurs torches, sierges, que falotz et lanternes ». Voilà qui théâtralise encore davantage l’événement. Entre Dyé et Ligny-le-Châtel, espoir : survient une petite pluie. Hélas, elle ne dura pas un quart d’heure. Pourtant elle permit d’« abattre le grand poussier des chemyns » et d’« appaiser le grand souhait de ce peuple ». L’abbaye est atteinte vers 7 heures du matin. Sept heures de marche en dévotion. L’émotion ne s’arrête pas là car à peine les Tonnerrois étaient-ils arrivés depuis un quart d’heure, qu’ils voient se profiler la procession d’Auxerre « en grande multitude de peuple ». Les habitants des deux villes se mélangent et, très ému, Petitjehan narre que « la grande eglise, cloistres et circuit estoient tous remplis de ces peuples qui ensemblement de leurs voix entremeslees crioient à Dieu misericorde ». Une grand messe fut célébrée.

Alors, on se repose. Tout le monde sort de l’abbatiale et s’installe sur « les tapisseries vertes des cloistres, courtz, preaux et vergers estans es environs de ladicte abbaye » pour prendre sa « refection du petit quotidian [repas de petit déjeuner] que chacun avoit porté ».  Puis il faut s’en retourner : « le peuple dudict Tonnerre se tria et remist en son premier ordre et voye ». Il est décidé cette fois de passer par Bernouil et d’y faire un arrêt « pour le repos et soulagement du peuple qui estoit attedié [dérangé] de la grande chaleur ».  Une heure de clémence, reçus par le seigneur de Bernol[15] qui « tint sa maison et tables ouvertes à tous ceulx qui y voulurent banqueter ». La procession repart « chantans par les chemyns et rues tant les ecclesiastiques hommes femmes que enffans plusieurs psalmes himnes et cantiques à la louange de Dieu ». Ils sont de retour à l’église Nostre-Dame à 6 heures du soir.

Quincy

Abbaye de Quincy, photo Yvette Gauthier[16]

 

 

Le scénario est le même sept à huit jours après, vers l’abbaye Notre-Dame de Quincy : procession générale, dans le même ordre que précédemment, et certains vêtus de blancs dont les petites filles, des cierges, des chants. Le rassemblement à Notre-Dame a lieu un peu plus tard car c’est à 2 heures du matin que la foule quitte l’église. Ils sortent cette fois par la porte de l’Hôpital, direction Commissey puis Quincy, à environ 12 km, qu’ils atteignent à 6 heures. Après la messe célébrée dans l’abbatiale, le retour se fait par Tanlay « pour visiter la cordelle et prendre chacun sa petite refection ». Puis « en pareille devotion et ordre que dessus », la procession regagne Notre-Dame de Tonnerre.

Quelques jours plus tard, l’église Notre-Dame de Tonnerre reçoit à son tour les habitants de Noyers-sur-Serein en semblable procession. Ils arrivent à 9 heures du matin après avoir parcouru 22 km. Les Nucériens « visitent » eux aussi les églises Notre-Dame, Saint-Pierre et l’Hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles. Il s’agit évidemment de visite dévotionnelle. Enfin ils se sustentent : « les principaulx furent receuz et traitez à disner aux maison honnorables, et quant au commung peuple tant hommes femmes que enffans aux fraiz de la ville et à la solicitude des eschevins leur furent dresses tables en la place du Pillory et par les rues, où leur fut ouvertement distribué pain vin et viandes [nourriture], de quoy tout ce peuple de Noyers receut ung sy grand contantement qu’ilz desiroient aultre chose synon rendre le semblable aux habitans dudict Tonnerre sy la commodité se pouvoit presenter en general ou particulier ». C’est une vraie fête. Les Tonnerrois ont dû être prévenus de cette arrivée en masse. On retrouve les tables dressées dans les rues chez d’autres chroniqueurs. Citons Carorguy qui, à propos des pèlerins des Riceys arrivant à Bar-sur-Seine écrit qu’« ils trouverent les tables mises au milieu des rues, chargees de pain et viande [nourriture], les muictz de vin defonsez. A quoy ilz reprindrent leur aleine et s’en retournerent très joyeulx et contans ».

En ce siècle qui guette les signes et les présages, Petitjehan termine amèrement qu’« il est bien advenu aultrement car tout ainsy que une trop grande et excessive amytié et frequentation non accoustumee est ung presage d’une grande dissention et querelle qui se suyt ». La querelle qui suivra sera la 8e guerre de religion, celle de la Ligue[17].

Pourquoi ces lieux de pèlerinage ?

Eglise Notre-Dame de Tonnerre, abbaye Notre-Dame de Pontigny, abbaye Notre-Dame de Quincy : Denis Crouzet fait justement remarquer que le but le plus fréquent des processions blanches est un sanctuaire marial. C’est qu’il y aurait depuis les années 1560-1570 un renforcement du culte de la Vierge de pitié. Médiatrice, elle peut recevoir les prières pour apaiser l’ire de Dieu. Et c’est bien une intercession que l’on recherche ici. Localement cependant, Pontigny est plutôt désignée sous le vocable de Saint-Edme[18], très populaire et faiseur de miracles.

J’ignore si, en plus des dévotions au saint et à la Vierge, on peut faire un lien signifiant dans le choix de ces sites de pèlerinage avec ce qu’ils ont subi durant les guerres de religion. Je note cependant que ces trois lieux ont éprouvé des ravages. Saint-Edme de Pontigny avait été ravagée par des troupes protestantes en 1568. Fille de Pontigny, l’abbaye de Quincy moins importante avait été donnée en commande à Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, frère du seigneur de Tanlay tous deux réformés. En 1562, des violences iconoclastes avaient été provoquées dit-on par ce cardinal, et les moines moqués et molestés. La même année, des autels et des images avaient été brisés dans l’église des cordeliers de Tanlay, église en partie détruite l’année suivante par l’intervention de d’Andelot, François de Coligny, chef protestant habitant alors son château de Tanlay. Tonnerre avait reçu ces moines franciscains accueillis dans l’église Saint-Nicolas hors les murs. En juillet 1564, des huguenots attaquèrent de nouveau et tuèrent deux des frères. La ville accorda alors aux survivants une petite église, le Saint-Esprit, et une maison abritée dans le faubourg de Bourgberault. Les moines étaient retournés à Tanlay en 1573, après la mort de d’Andelot, et avaient reconstruit leur couvent. Trois abbayes martyres en quelque sorte, supports de la culpabilité collective ressentie par tous et lieux privilégiés pour faire amende honnorable. Cette interprétation est toute personnelle.

En guise de conclusion, je suggère aux Tonnerrois et aux « étrangers » au pays des petites randonnées sur ces chemins de Tonnerre à Pontigny, magnifique abbatiale cistercienne, et à Quincy qui a souffert au cours des siècles mais reste un endroit intéressant et charmant, sans oublier ses moulins le long du ru sous le regard de saint Gauthier – façon de parler car il a perdu sa tête, pourtant l’eau de sa source est bonne à boire et était réputée pour le soin des yeux.

La fontaine St Gauthier (avec encore sa tête)

La fontaine St Gauthier (avec encore sa tête)

 

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[1] Denis Crouzet, “Recherches sur les processions blanches – 1583-1584”, Histoire, économie et société, 1982, vol 1 N° 4, p 511-563, article mis en ligne auquel je renvoie pour son analyse approfondie : http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1982_num_1_4_1305

[2] Pour sa santé, pour un événement dynastique, pour célébrer une victoire ou un traité de paix.

[3] Entrée de hauts personnages, pose de première pierre, conduite d’un lépreux jusqu’à la maladrerie (cf. https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/10/07/la-maladrerie-saint-blaise-et-ses-occupants/), etc.

[4] En mai 1583 avait eu lieu à Reims un concile provincial, dirigé par le cardinal de Guise, qui avait pris la décision de suivre la doctrine du concile de Trente pour que la Contre-Réforme catholique se mette en marche et pour un renouveau spirituel.

[5] Petitjehan P., Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estans. Un bref discours de ce qui c’est passé de nostre temps…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988.

[6] Jacques Carorguy, greffier de Bar-sur-Seine (1582-1595), voir J. Carorguy, Mémoires, E. Bruwaert (ed.), Paris, Picard, 1880, pp 2-3.

[7] Bar-le-Duc est au nord de Langres, bien loin de Tonnerre.

[8] Pour visualiser les villes citées sur une carte, voir : https://www.google.fr/maps/@47.9906882,4.1988119,10z

[9] Gustave Laprouse, Histoire de Châtillon, Châtillon-sur-Seine, Cornillac, 1837, p 323.

[10] Ricey Bas, Ricey Haute Rive et Ricey Haut : aujourd’hui les Riceys (Aube) à 15 km au sud de Bar et une quarantaine au nord-est de Tonnerre.

[11] Pour un approfondissement de ce sujet, voir Denis Crouzet, ibid.

[12] Sur https://plus.google.com/+JeanDavidBoussemaer

[13] Mouvement à ne pas confondre avec la confrérie des pénitents blancs introduite à Paris par Henri III en mars 1583, qui est d’une autre nature.

[14] Denis Crouzet, ibid., p 530.

[15] Jacques Canelle, seigneur de Bernouil, d’une famille proche des comtes de Tonnerre.

[16] Très belles photos sur https://www.flickr.com/photos/51366740@N07/7768487724/in/photostream/

[17] Denis Crouzet fait remarquer que la majeure partie des processions blanches ont eu lieu dans une aire largement tenue par les Guise qui auraient utilisé cette ferveur populaire pour renforcer la Ligue et la maintenir. Notons que Tonnerre est cependant toujours restée royaliste.

[18] Edmond d’Abingdon, archevêque de Cantorbery, décédé en 1240 après son passage à Pontigny. Comme il avait souhaité y être enterré, l’ordre cistercien et les moines avaient demandé sa canonisation, homologuée six ans plus tard et son culte essaima en Champagne méridionale et Basse-Bourgogne.


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Sergents du corps de ville et forestiers

Les sergents ne peuvent pas être assimilés à la police au sens moderne du terme comme spécifiquement chargés de l’ordre et de la sécurité des hommes et des biens. Pour cela, il faudra attendre le XVIIe siècle. C’est pourquoi je les intitulerai « sergents du corps de ville » et non « sergents de ville » (expression du XIXe siècle), afin de garder cette subtilité en mémoire. Mais alors à quoi servent-ils ? Le mot sergent désignait un serviteur de justice subordonné à une cour, un juge, au roi, à un seigneur ou aux édiles d’une ville. Pour être sergent, point n’est besoin d’être licencié ès lois mais bien est besoin de savoir lire et écrire. Tous les sergents à Tonnerre au XVIe siècle ont cette capacité, qu’ils soient sergents du comté, du bailliage, de la prévôté ou du corps de ville. Ces derniers sont d’ailleurs presque tous notaires et c’est ainsi qu’ils commencent leur carrière.

Qui sont les sergents

En septembre 1553, la comtesse Loise de Clermont nomme huit sergents pour « aller par chascun jour quatre d’entre eulx de moys en moys à la garde des grandz boys eaues et forests et garenne de ladicte dame ou lieu que bon semblera à ses capitainnes gruyer et procureurs d’icelle »[1]. Ils devront prêter serment et recevront 100 sols tournois par an, payés par trimestre. Lorsqu’ils « serviront esdictz boys [ils ne pourront] faire aucungs exploitz de justice sinon du consentement des dessusdicts cappitainne gruyer et procureur ».

Sur les huit hommes nommés, quatre vont devenir sergents du corps de ville : Pierre Gaillard, Jacques Rabyat (Rabiat), Jehan Blanchard, et Laurens Foulley (Folley ou Feulley). Ils sont tous notaires et Jacques Rabyat est déjà sergent, avec André Merces, depuis au moins 1549. C’est d’ailleurs pour les « suffisance diligence et bonne preudhommie » de leur personne qu’ils ont été nommés. Quant aux autres, c’est avec l’autorisation des procureur, gruyer et capitaine du comté qu’ils ont pu être employés par la ville, et en dehors de leur office au service du comté comme stipulé dans l’ordonnance. Il faut attendre le décès ou le départ d’un sergent pour le remplacer. André Merces et Jacques Rabyat meurent en 1557 et 1559. Jehan Blanchard et Laurens Foulley disparaissent des comptes de la ville en 1559-1560. Pierre Gaillard restera sergent durant dix ans, 1552-1562. Il a un frère, Jehan notaire qui est aussi greffier au bailliage et tous deux en 1562 étaient chargés de recevoir de l’argent sur des dépens obtenus au profit des habitants. Ils ont préféré garder l’argent et se retrouvèrent assignés en justice. L’année suivante, on apprend que Pierre Gaillard est mort et que sa veuve rembourse sa dette.

Il y a donc de nouvelles recrues : Berthin Bouldrey, notaire habitant en Bourgberault, prend l’office de sergent au corps de ville en 1556 et le gardera plus de vingt ans ̶  il sera un moment tabellion, puis trompette juré de la ville ; François Languillat, notaire habitant de la paroisse Notre-Dame, prend son office en 1561 jusqu’en 1571 et poursuit le notariat jusqu’en 1577 ; Jacques Lemaire qui habite au Perron (paroisse Saint-Pierre) est aussi notaire et devient sergent en 1562 ; il exerce lui aussi plus de vingt ans. En 1572 apparaît un nouveau venu : Georges Coignet qui manie l’arquebuse et n’est pas notaire. Peut-être est-ce là une prémisse de l’évolution future vers le sergent de ville ?

Auxiliaires de justice

Une des fonctions des sergents du corps de ville est de dresser des exploits, signifier des assignations, de faire des exécutions, des saisies ou des contraintes, comme un huissier : « A Jaques Lemaire, Berthin Bouldrey et François Languillat notaires au comté de Tonnerre et sergens au cors de ceste ville, pour plusieurs exploictz d’execution, saisies, adjournemens faictz à requeste desd. eschevins pour les affaires desd. habitans sur leurs redevables et delinquans en leurs usages / Et encores avoir receu contraulx faictz et passez entre lesdictz eschevins et aucuns [certains] particuliers de ceste ville (declarez en l’estat et memoires desdictz), durant l’an »[2].

Les sergents assistent les échevins et personnes nommées par eux pour faire les visitations de travaux, les bornages de terres ou de bois. Ils peuvent aussi exercer des fonctions de juré-priseur au cours des adjudications des biens communaux, ou de marchés pour des travaux dans la ville entre autres. Ils assistent parfois comme tabellion un procureur travaillant aux affaires de la ville.

Un peu de police

Les sergents prêtent parfois la main aux échevins pour faire régner l’ordre. Au cours d’une assemblée ayant décidé la garde des portes, il est déclaré que les défaillants « recevront une amende dont les deux tiers seront employé aux reparations de la ville et pour l’aultre aux sergents du corps qui y tiendront la main et annonceront ladicte garde ». Ils veillent donc à ce que chacun tienne son poste et recueillent les amendes en cas d’absence. Dans d’autres circonstances, alors que des bandes armées huguenotes venant de Vézelay rodent, les sergents sont de nouveau mis à contribution « pour eviter que surprinse n’advienne par gens incongnuz qui pourroient s’estre retirez es maisons particulieres ou aultrement, lesdicts eschevins avec les sergents se transporteront es maisons de tous les habitans pour scaveoir s’il y a aulcun estrangers et les faire vuyder et sortir hors la ville, et iceulx commis à la ronde seront tenuz aller le soir es maisons des taverniers pour adviser aussi comme il y a este cy devant »[3].

D’autres fois mais rarement, ils prennent des délinquants en flagrant délit, comme cet homme d’Epineuil qui, dans un champ appartenant à la commune, « s’efforcoit prendre noix de noyer de ladicte commune », ou le bois volé aux usages trouvé dans la grange de Vauplaine et « en la grainche Aubert ». Dans ce cas, les sergents doivent trouver des témoins du délit, saisir les objets du larrecin et les vendre au profit de la ville[4].

Lorsqu’un sergent royal mène une enquête sur un sujet concernant la ville ou fait une arrestation, il est parfois assisté d’un sergent du corps de ville, ainsi que pour transporter les prisonniers à Troyes ou à Sens. Des enquêtes et recherches de témoins peuvent être faites dans des villages voisins sur mandement des échevins. Il faut alors louer un cheval pour le sergent accompagnateur car nos sergents tonnerrois n’en ont pas. Ce sont des sergents à pied.

Adjournements de post en post

Les sergents du corps de ville convoquent les habitants pour diverses raisons. Le terme adjournement exprime que l’on assigne une personne ou un groupe à comparaître en personne, à une date, une heure et en lieu donnés pour une raison qui doit être stipulée. Les sergents sont ainsi envoyés avertissant la population de post en post ̶ lieux assignés désignés par un poteau, souvent carrefours ou places ̶ ou directement chez les particuliers : « ont verbalement rappourtez avoir faict ledict adjournement de post en post parlans tant à leurs personnes [les manants et habitants] que aux personnes de leurs femmes et enfans, serviteurs et servantes ainsy qu’il est accoustumé »[5].

La grande majorité de ces ajournements est pour convoquer à des assemblées, donc délibérer d’affaires : s’il convient de faire une taille municipale, pour élire des hommes par quantons[6] par exemple pour réparer les chemins ou curer les fossés par corvée, pour élire les assietteurs[7] des tailles royales, pour la défense de la ville… Un autre exemple : durant l’automne 1552, le sergent André Merces reçoit 10 sols tournois « pour ses peines et salaires d’avoir adjourné et faict assigner avec les eschevins au lieu de l’hospital pardevant messieurs les eleuz de Tonnerre plusieurs personnes et manouvriers pour en estre prins ce qu’il plaira à mesdictz sieurs pour servir de pyonniers et estre menez au lieu de Thoul en Lorraine selon le mandement du Roy et contraincte de mesdictz sieurs les eleuz » [8]. C’est une des rare fois où la convocation se fait en l’hôpital. Le jour de la réunion ou de l’assemblée, les sergents font office d’huissiers à la porte de l’auditoire ou de l’église Notre-Dame. Ils participent tous à la levée des tailles et impôts et à l’audition des comptes.

Avis, avis ! à son de trompe et cry public

Les sergents sont également chargés de placarder « à tous les carrefours » les ordonnances royales ou comtales. Comme tout le monde ne sait pas lire, un sergent doit annoncer à haute voix, de post en post le texte officiel. C’est le cas par exemple pour la convocation aux Etats généraux de 1576 : on enjoint à Berthin Bouldrey, sergent et trompette, « de publyer à son de trompe et cry public ledict mandement à cejourd’huy yssue des vespres, et encores demain jour de marché, et faire sçavoir à tous manans et habitans de ceste ville de Tonnerre tant ecclesiastiques que séculiers nobles ou aultres de quelque etat ou condition qu’ilz soyent, qu’ilz ayent à se trouver dimanche prochain vingt troisieme jour du present moys de septembre, heure de midy, en l’eglise Nostre Dame dudict Tonnerre, lieu accoustumé, à faire telles assemblées […] Ce que ledict Bouldrey nous a rapporté et certifié avoir faict suyvant nostre mandement, et pareillement les curés des eglises parochiales de Saint-Pierre et Nostre Dame dudict Tonnerre avoir faict pareilles publications à leurs prosnes dudict jour de dimanche suyvant la charge que nous leur en avons baillée »[9].

Guet et garde des portes

En cas de danger ̶ bandes armées, peste, hordes de pauvres, etc. ̶ , la décision peut être prise d’organiser la garde des portes ou même le guet de nuit sur les murailles. Ce sont les habitants organisés en dizaines qui montent la garde. Chacun sait ce qu’il à à faire, avec qui et où, mais il faut organiser au jour le jour. C’est là qu’interviennent un ou plusieurs sergents selon la durée et l’ampleur de l’alerte. En 1562-1563 lors de la première guerre de religion, alors que des troupes ou bandes des deux bords passent et repassent, les trois sergents LeMaire, Bouldrey et Languillat se relaient en fonction des portes à garder : Bouldrey à la porte de Bourgberault (son quartier) en octobre et de décembre à avril ; Languillat court entre les portes de Rougemont et Jehan Garnier en octobre puis de février à avril ; LeMaire se partage entre la porte du Pont et l’annonce du guet au Perron d’octobre à janvier[10]. En 1565, pour danger de peste, deux sergents annoncent la garde des portes durant deux mois. Parfois, les sergents annoncent la garde des portes durant l’année mais le guet de nuit seulement un mois.

Les sergents forestiers

Depuis 1552, les habitants n’avaient plus que des droits d’usage sur le tiers de la forêt de Tonnerre dont le comte demeurait propriétaire. Le comte avait rapidement nommé un gruyer, Antoine Branche, d’autre part avocat. Le gruyer s’occupe de l’état et de la gestion des forêts du comté, il veille au bon exercice des droits d’usage et au respect des droits seigneuriaux avec l’aide des gardes et sergents du comté. La ville avait encore essayé de résister à ce tiercement par la justice, sans succès. Ce n’est qu’en 1559 que l’on songe à faire garder les bois et il faut attendre 1561 pour trouver dans les comptes la mention de « forestiers ayant la charge de la garde des bois et usages ». Contrairement aux sergents du corps de ville, ceux-ci ne sont pas choisis parmi les huit personnages nommés sergents par la comtesse en 1553. Ils ne font pas le même métier. Aucun d’eux n’est notaire, mais ils savent lire et écrire. Ils se succèdent plus rapidement que les sergents du corps de ville. Avec quelques lacunes, citons Nazaire Prothey qui garde « le tiers de Usages » de Noël à mi-juillet 1560, Jehan Chasneton (Chaneton) et Edme Dongoys (Eyme Dongois) de 1561 à 1565, Christophe Humbert en 1562 qui devient par la suite messager juré, Nicolas Hallechange en 1570-1571, Michel Marquellet de 1573 à 1579 et Nicolas Poussot de 1579 à 1582, devenu ensuite forestier de la comtesse et de l’Hôpital.

Le bois est devenu une matière rare et chère, très convoitée et donc très surveillée, d’autant plus que la forêt n’est pas un lieu sûr. On y trouve des malandrins, des pilleurs de bois, des soldats, et « ceux de la religion » peuvent s’y cacher ou même fabriquer des échelles dans les bois pour surprendre la ville[11]. On ne fait confiance ni aux sergents forestiers ni aux habitants. Au cours d’une assemblée, les échevins rappellent à Chasneton et Dongoys à quoi ils sont tenus. D’abord, ils doivent être accompagnés chaque jour de garde de deux des habitants (chacun surveille l’autre). Pour établir la liste des accompagnants, il faudra adjourner les habitants trois fois l’an sans salaire supplémentaire. Ils ne « souffriront que les habitans ou aultres couppent jarrons [branches d’arbre] et fouteaulx [bois de hêtre et plus généralement arbres de haute futaie], ayns seulement la simple ramee et fagotz et ne permettront à ceulx estant avec eulx à lad. garde coupper et apporter lesd. jarrons et fouteaulx à peine d’en respondre et des degastzs qui se feront esdictz boys en leur propre nom ». S’ils trouvent « aucuns ayans couppé, charroyant, ou portant aucun boys de la qualité dessusdicte par ceste ville et allieurs les prendre et constituer prisonniers et les amener à Justice et en advertir lesd. eschevins et bailler aud. Souplette [procureur des habitants] rapport escrit et signé de leurs mains des prinses qu’ilz feront et assignations qu’ilz donneront aux delinquans »[12]. On se méfie particulièrement des boulangers, pâtissiers, bouchers et taverniers qui ont défense d’acheter du bois à la sauvette et lorsqu’ils accompagneront les forestiers ils ne pourront rapporter que du bois (ramée et fagot) pour leur usage personnel et non pour « la cuitte de leurs pains, paticeries, trippes et hostelleries »[13]. En 1571, c’est le forestier Nicolas Hallechange qui est sur la sellette et on envoie un sergent comtal « faire visitation du degast » qu’il a fait aux usages. C’est peut-être la raison pour laquelle il ne reste pas longtemps.

En plus de ce travail de police, les sergents forestiers assistent aux arpentages et bornages. Lorsque la portion de bois jouxte la forêt comtale, le forestier communal travaille de concert avec un forestier du comte. En cas de vente de bois, autorisée par le comte et son gruyer, les sergents forestiers doivent de plus assister l’arpenteur, créer les layures [laies] pour indiquer la coupe avec l’aide de manouvriers et marquer les baliveaux avec un marteau aux armes de la ville ou du comté selon les cas. Un métier pas de tout repos et qui exige la connaissance de la forêt.

Salaires

Les sergents du corps de ville, comme les autres sergents du comté, reçoivent 100 sols tournois par an payés par le comte à raison de 25 sols par trimestre, ce qui est peu. Ils n’ont pas de gages annuels payés par la ville, sauf Berthin Bouldrey qui, à partir de 1565, reçoit des gages de 50 s.t. par an pour son office de « sergent et trompette juré de la ville ». Cependant, certaines tâches sont rémunérées : 6 sols 8 d.t. à 10 s.t. pour ajournement et audition des comptes ; 25 s.t. par mois pour annoncer la garde des portes et 50 sols lorsqu’ils annoncent la garde et font le guet de nuit.

Les gages n’étant pas énormes, tous occupent plusieurs fonctions : André Merces cumulera un moment le greffe de la justice de l’Hôpital et Jacques Rabyat celui de la prévôté. Ils peuvent aussi exercer comme notaire en dehors de l’office de sergent du corps et sont alors payés par les particuliers, mais il leur arrive d’être employé comme notaire par la ville. Ils confectionnent alors des grosses, des vidimus, des copies d’actes, de lettres, d’actes d’assemblée, etc. Ils reçoivent dans ce cas des honoraires sur les deniers communs.

En plus de leur 5 livres tournois de gages, ils touchent par la ville de 2 à 20 livres selon les années, jusqu’à 40 livres en 1575-1576 ayant annoncé la garde durant toute l’année et fait le guet certains mois. Bouldrey semble être le « chef », c’est lui qui est le plus sollicité, mais dans l’ensemble ils paraissent solidaires et se partagent les tâches. On comprend qu’ils travaillent aussi comme notaires auprès des particuliers. Enfin, ils reçoivent des petits avantages en nature. De nombreuses réunions en petit comité se passent dans une des auberges ou tavernes de la ville où le sergent présent est convié au repas.

Quant aux sergents forestiers communaux, un accord avait été passé en 1563 sur des gages de 50 livres tournois par an. En fait, les 50 L.t. se sont transformées en 50 sols tournois (2 L. 10 s.t.). Dongoys et Chasneton portent plainte à la prévôté et obtiennent gain de cause : l’année suivante, Jehan Chasneton touche 9 L.t. et 4 L 12 s 6 d tz « pour les despens de la procedure faicte contre les eschevins ». Lors de l’exercice 1564-1565, ils touchent tous deux 40 L.t., ce qui est déjà mieux. A partir de 1573, Michel Marquellet sera payé 36 L.t. et en 1581 Nicolas Poussot obtiendra 40 L.t.. Les forestiers sont également payés lorsqu’ils préparent les coupes de bois (arpentage, laies, marquage), autour de 20 sols par jour. Comme les autres, ils partagent parfois boisson et nourriture à la taverne ou reçoivent, ainsi que les manouvriers à l’œuvre, « pain, vin et viandes [nourriture] » aux bois lors des préparations à une coupe.

Bien vus ou mal vus ?

Il n’est pas possible avec les documents dont je dispose de savoir ce que les Tonnerrois pensaient au sujet des sergents. Il semble que les forestiers soient plus répressifs que les autres de par leurs fonctions et peut-être davantage craints. Une certaine violence s’exerce autour de la forêt et du bois. Les comptes de la ville sont émaillés de sentences de la prévôté « contre ceulx qui ont delinqué es boys et usages desdictz habitans », pauvres ou riches ils sont poursuivis et doivent payer. J’ai le sentiment en revanche, ne serait-ce que par leur longévité, que les sergents du corps de ville sont respectés plus que craints. D’ailleurs ces auxiliaires du pouvoir communal, qui sont aussi notaires, sont de vrais intermédiaires avec la population qu’ils connaissent bien et dont ils sont issus. Au quotidien, dans son quartier, chacun d’eux vit une sociabilité ordinaire, jusqu’à ce qu’il revête son costume rayé…

 

Voir : La livrée des sergents

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[1] Tonnerre, BM, Ms 12 f° 175-177 v°. Bien sûr la comtesse est autorisée de son mari François du Bellay. Cette affaire fait suite à Une affaire de vaches.

[2] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 15 v°.

[3] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblées du 19 mars 1564 n.s. et du 18 août 1569.

[4] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1559-1560, f° 28 ; 1570-1571 f° 25 v°-26.

[5] Tonnerre, AM, BB 1 2, assemblée du 17/12/1570.

[6][6] Voir Rues de Tonnerre à la Renaissance.

[7] Assietteurs : ceux qui établissent l’assiette de l’impôt et en font le rôle (du verbe asseoir, on trouve asseeur dans les textes mais pas à Tonnerre).

[8] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1552-1553 f° 25 v°. Cet épisode se situe lors de la tentative de Charles Quint de reprendre Metz, conquis avec Toul et Verdun par Henri II et les princes protestants allemands au cours de l’été précédent.

[9] Tonnerre, BM, Ms 12 f° 170 sqq (ce texte a été publié par M. Jolivot, « Recherches sur l’assemblée des habitants de Tonnerre », in Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne – 1876, VOL 30-1, p 231-232).

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, f° 18-19.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1569-1570 f° 3.

[12] Tonnerre, AM, BB 1-1, assemblée du 24 octobre 1563.

[13] Tonnerre, AM, BB 1-1, assemblée du 17 octobre 1563.

 

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La livrée des sergents

Pour en savoir plus sur leurs fonctions, voir : Sergents du corps de ville et forestiers

 

Bien que les cahiers de comptes parvenus jusqu’à nous commencent en 1552-1553, je n’ai trouvé aucune mention de vêtements pour les trois sergents du corps de ville avant 1562-1563. Cela ne signifie pas qu’ils n’en avaient pas de distinctifs avant, mais que la ville ne les leur payait pas encore. En octobre 1563, ils reçoivent un uniforme aux frais de la communauté : une robe tous les six ans et des chausses chaque année. La robe indique bien leur fonction d’auxilliaires de justice pour l’échevinage. Dans l’exercice de leur fonction, ils doivent être distingués des autres sergents (royaux, comtaux, de l’hôpital, du bailliage, etc.) et reconnus même hors de la ville. C’est le rôle de la livrée. Ils portent donc la « livree de la ville »[1], aux couleurs de son blason de gueules à la bande d’or. Aussi achète-t-on du drap « rouge et jaulne » pour ce vêtement.

 blason

Certains comptes de la ville donnent plus de détails : par exemple que les chausses sont jaunes avec une ou des bandes rouges et qu’elles sont doublées de fine toile ou petit drap rouge[2]. Un quart d’aune pour les bandes semble suffisant (environ 30 cm). Un acte royal du 25 mars 1557 avait fixé la largeur des étoffes (laine, lin, drap) à 1 aune ¼ , soit près de 1,50 m, mais est-ce le cas partout ? Il semblerait néanmoins qu’il y ait de petits galons rouges sur ces chausses jaunes, qui sont de drap ou même d’estamet, autre légère étoffe de laine. Il faut 4 aunes et demie de tissu pour fabriquer trois chausses et seulement 1 aune et demie pour les doubler. Soit, à supposer que les sergents soient de la même taille, 0,60 m de doublure pour 1,78 m de chausses pour une personne. C’est que les chausses montaient alors jusqu’à la taille et la doublure pouvait s’arrêter soit aux genoux soit aux mollets soit encore sur le haut des cuisses, ce qui pourrait bien être le parti choisi ici. Comme on attachait les chausses au pourpoint, généralement encore avec des œillets dans lesquelles on enfilait des aiguillettes (lacets ferrés), il fallait une certaine résistance, d’où la doublure.

Quant à la robe, indication de la fonction judiciaire des sergents, elle est toujours en drap rouge et jaune. Il existait des tissus rayés, et les habits de sergents étaient généralement à rayures horizontales, ici avec le rouge dominant semble-t-il.  Ces robes coûtent cher, 30 livres tournois en moyenne contre 17 L.t. pour les chausses, mais elles s’usent moins vite, aussi ne les change-t-on que tous les six ans ou environ (j’ai trouvé octobre 1562, octobre 1573 et octobre 1579 où ce rythme est précisé[3]). Il faut 4 m de drap pour confectionner une robe. Les prix augmentent tout au long du siècle. Pour les chausses en 1562 (première mention[4]) de 13 L 15 s.t., on passe à 16 L 10 s.t. en 1574, et 6 écus 50 st (20 L 10 s.t.) en 1579, par exemple. La ville ne fournit ni chemise, ni pourpoint, ni chaussures, ni chapeau (en fait de chapeau, les sergents portent des bonnets). Quant aux armes, je n’ai trouvé que des épieux et pour deux des sergents une arbalète. C’est trop peu d’éléments pour décider de leur armement.

sergentUn sergent en temps de carnaval

(image issue de : https://gouberville.wordpress.com/qui-etait-il/le-sergent-chandeleur/)

Même au sein de la municipalité, on distingue les sergents du corps de ville du sergent forestier. Ce dernier est en bleu et rouge et ne porte pas la robe : « une aulne et demye de Paris de drap bleu turquin et trois aulnes un quart de frize rouge employez à faire une jupe de couleur audict Nicolas Poussot forestier »[5]. La dimension des tissus fait présumer le bleu turquin (bleu foncé et mat, tirant sur l’ardoise) pour les chausses et le rouge pour la jupe qui est un pourpoint en frize (étoffe de laine à poil frisé). Pourquoi le bleu ?

Après un long procès (j’y reviendrai un jour), le comte François du Bellay avait obtenu en 1552 le tiercement de la forêt : le comte demeure propriétaire mais accorde un tiers de la forêt pour les habitants en droits d’usage avec faculté d’y faire pâturer « leurs bestes aumaille, chevalyne et porchynes », et pour le comte le droit d’établir tous officiers pour la garde et conservation de ses bois. Le comte a changé et depuis 1556, ce sont les couleurs d’Antoine de Crussol d’Uzès que portent ses gardes et sergents forestiers : « leur délivrer du drap bleu pour faire ung mandilz orné de passement incarnat et blanc et du drap de mesmes coulleurs pour border lesd. mandilz que lesd. gardes seront tenuz porter vestuz allans et venans par nos bois et forestz et vacquant à leur charge, qui leur seront baillez au commencement de l’année »[6]. Un mandil (ou mandille), vêtement de buste militaire, était une sorte de casaque aux manches non cousues pendant sur les épaules et que l’on pouvait resserrer sur le poignet par des boutons ou des aiguillettes. Déjà, notons que le forestier de la ville et ceux du comte ne portent pas la même tenue. Alors, pourquoi le bleu ? Le bois de la ville n’étant qu’un usage et non une propriété, il fallait le rappeler dans le costume en utilisant la couleur dominante du comte, le bleu, et la couleur dominante de la ville, le rouge. Les sergents forestiers ne sont pas considérés comme des hommes de robe, mais bien plutôt comme des « hommes d’armes ».

Drapiers et tailleurs d’habits

Qui dit livrées, dit fournisseurs et couturiers. Ces vêtements sont délivrés en octobre. En 1562, Guillaume Bordes marchant drapier fournit le tissu et Didier Bordes tailleur d’habits fait la façon. Sans doute de la même famille, l’un habite la paroisse Notre-Dame et l’autre Saint-Pierre. En 1564, le marchand est Estienne Girardin marchand et le tailleur Louys La Roche. En 1573, on retrouve le drapier Estienne Girardin, avec Guillaume Garnier comme tailleur d’habits. Les années suivantes, pour des chausses, Jacques Levuyt est à la fois marchant drapier et chaulsetyer. En octobre 1577, Estienne Girardin qui est qualifié d’échevin[7] fournit le tissu et la façon. En 1579, le drapier est Hugues de Chevreuille et la façon de la juppe du forestier est faite par Guillaume Garnier qui est passé « Me tailleur d’habitz » ; tous deux sont voisins et habitent rue Dame Nicole. Pour les chausses et robes des sergents Jehan de Laroche et Nicolas Cocquard, aussi Mes tailleurs d’habits, se partagent le travail. Enfin (non que ce soit le dernier mais cela est suffisant pour se faire une idée), en 1581 Pierre Girardin, peut-être fils d’Estienne, fournit drap et façon[8].

On voit qu’ils sont peu nombreux à se partager le marché. A partir de 1564, trois familles seulement — Girardin, LaRoche, Garnier — et un nouveau venu, Nicolas Cocquard (Coquard). Tous ces marchands drapiers sont proches du pouvoir citadin, soit qu’ils aient un membre de la famille receveur ou échevin, comme les Levuyt, soit qu’ils aient été eux-mêmes échevin ou receveur : nous avons vu Estienne Girardin, mais aussi Guillaume Bordes, receveur en 1557-1558, Hugues de Chevreuille fils d’échevin et receveur en 1571-1572. Il n’en va pas de même avec les tailleurs d’habits, sauf Guillaume Garnier d’une famille d’édiles qui d’ailleurs n’accepte que des travaux « prestigieux » : le pourpoint du forestier à 20 sols tournois, ou les robes payées de 18 à 20 s.t. chaque. Les autres « petits » tailleurs d’habits ou chaussetiers sont payés 6 sols 8 deniers tournois pour une paire de chausses. Jehan de Laroche et Nicolas Cocquard fabriquent robes et chausses pour 25 s.t. la tenue mais se partagent le travail, et l’argent.

Pour finir sur l’habillement des sergents, une petite note cérémonielle. Le 27 avril 1573 est organisé à Tonnerre un office solennel pour Henri de Clermont-Tallard, neveu de la comtesse Loise, mort d’une mousquetade le 7 avril au siège de La Rochelle. Henri aurait dû lui succéder à la tête du comté, aussi les armoiries d’Henri furent alors attachées aux robes des sergents du corps de ville[9]. Le même cérémonial doit se produire à chaque épisode important des familles comtales, par exemple au décès d’Antoine de Crussol, rentré malade du camp de La Rochelle et décédé à Tonnerre le 14 août 1573. Contrairement à ce qu’écrit Albiousse[10], le corps d’Antoine de Crussol n’a pas été rapporté à Uzès et n’y est pas enterré au couvent des Cordeliers, mais bien à Tonnerre dans l’hôpital Notre-Dame des Fontenilles avec une partie de la famille de Clermont-Tallard[11]. Par exemple encore, au décès de la comtesse Loise de Clermont, duchesse douairière d’Uzès, inhumée en l’hôpital le 11 mai 1596.

 

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[1] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-63, f° 30 v°-31.

[2] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565 f° 17-17 v° : “trois aulnes et demye de Paris [4,16 m] estamet jaune achetees pour faire des chausses [aux] trois sergens du corps de la ville et un quartier (1/4 d’aune soit environ 0,30 m) de drap rouge pour faire les bandes desd. chausses et un quart de petit drap pour les doubler ».

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 f° 25 v°-26 : « suivant qu’il est accoustumé faire par chacun an pour le regard desd. chausses et quant ausd. robes de six ans en six ans faisant l’an du present compte la sixieme ».

[4] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, f° 30 v° ; est-ce seulement en 1562 que l’on décide d’habiller les sergents du corps de ville en livrée ?

[5] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 f° 25 v°-26 ; c’est la première mention de livrée pour un sergent forestier.

[6] Tonnerre, BM, Ms 12 (Pithou) f° 45.

[7] En fait, Estienne Girardin rempile car il est échevin pour la première fois en 1568-1569, puis en 1573-1574 et trois années de suite de 1575-1576 à 1577-1578. Il ne l’est plus au moment de cette commande, mais il vient de terminer son « mandat » et il n’est pas étonnant qu’on le dénomme encore « échevin ».

[8] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-63, f° 30 v°-31 ; 1564-1565 f° 17-17 v° ; 1573-1574, f° 36 ; 4 CC 3 1574-1575, f° 30 v° ; 1575-1576, f° 20 v° ; 1577-78 f° 19 v° ; 1579-1580 f° 25 v°-26 ; 1581-1582 f° 21-21 v°.

[9] J’ai trouvé ce détail dans Cerveau, François-David, Mémoires sur Tonnerre, 1742, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1992, p 113.

[10] Albiousse Lionel, Histoire des ducs d’Uzès, Paris, Champion, 1887, p 84.

[11] En septembre 1596, à la suite du décès de Louise de Clermont début mai, on trouve dans les comptes de l’Hôpital : « Maistre Jehan Le Clerc recepveur de l’hospital payez à Balthazard Monnard Me masson demeurant à Tonnerre la somme de 25 soubz pour avoir despavé et repavé les fosses ou sont enterres les corps de feu monSr et madame duzes et de messieurs de Clermont… » : Tonnerre, arch. H, E 171-1 et E 176 comptes 1595-1596 f° 101 v°. On attend d’ailleurs aves impatience les résultats d’une analyse des corps trouvés dans les sarcophages en plomb exhumés à l’hôpital il y a une quinzaine d’années.

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Horloges et cloches de ville

Tonnerre s’est dotée d’une horloge, comme la plupart des villes, au plus tard au XVe siècle. Cette horloge est située au chevet de l’église Saint-Pierre, dans une cahuette, une logette en bois posée en saillie au niveau des combles sur le contrefort sud de la fenêtre axiale. Cet habitacle est comme la figure de proue de la nef de l’église pas encore terminée. On le voit de toutes parts. Il surplombe la ville. Le cadran est tourné du côté du faubourg de Bourgberault et il s’agissait, au XVIe siècle, d’une horloge mécanique à sonnerie automatisée.

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Le conducteur de l’horloge et la cloche de la retraite

Qui dit horloge, dit « conducteur de l’horologe ». Il fallait en effet l’entretenir et la manier, ou plutôt le manier car le terme est alors masculin. Celui qui veille à sa bonne marche est le garant de l’heure et c’est un officier municipal payé 8 L. 10 s.t. par an. Depuis 1552, date des premiers comptes à notre disposition, Pierre Billard est cet officier[1]. Habituellement, l’horloge est confiée à un serrurier, mais Pierre Billard est drapier, il est vrai frère d’un serrurier. Il mène donc l’horloge mais pas seulement : son salaire est agrémenté de 70 s.t. pour sonner « chacun jour à l’entree de la nuict la cloche pour faire fermer les portes et retirer chascun en son logis », « ainsi qu’il est acoustumé ». Une autre cloche, dite cloche de la retraite, était donc placée à côté du timbre de l’horloge. Il s’agit ici de cloches laïques et municipales, même abritées dans une église. Il est à remarquer que ces cloches sont logées en quelque sorte hors d’œuvre, sur un contrefort et loin du clocher. D’ailleurs ni les chanoines, ni les marguilliers de Saint-Pierre ne participent aux frais de cette horloge ni autres cloches civiles. Enfin, l’accès à l’horloge ne se fait pas par l’église, mais par les combles afin de pouvoir s’y rendre sans troubler la vie religieuse. Chaque soir, donc, Pierre Billard grimpe à l’horloge pour remonter les contre-poids, surveiller la bonne heure au soleil et sonner la cloche de la retraite.

Cloche du guet et tabourin

Nous venons d’entrer dans le monde des cloches civiles, qui ne cessent de se développer depuis XIVe siècle afin de rythmer la vie publique en dehors des sonneries religieuses. La cloche de ville était alors déjà l’expression juridique et symbolique de l’autonomie communale. Comme les cloches, l’horloge est une « marque de ville ». La difficulté de distinguer entre civil et religieux tient au fait que certaines cloches étaient utilisées pour les deux et que les documents ne sont pas toujours explicites sur le sujet.

Nous avons pourtant déjà différencié cloches du clocher et cloches de l’horloge, pas du tout logées à la même enseigne. Avec ou à côté de l’horloge est apparue aussi la cloche de la retraite qui sonne à la tombée du jour, à 19 h en été. Pierre Billard gère les deux. Qui donc s’occupe de l’ouverture des portes le matin (à 6 h en été) ? N’ayant trouvé dans les comptes aucune mention de cloche du matin ni aucun homme payé pour la faire sonner − sauf circonstances très exceptionnelles comme nous le verrons −, et tenant compte du fait que dans une petite ville comme Tonnerre, les cloches religieuses faisaient souvent office de signaux laïques, la convention sonore à Tonnerre pouvait être que l’Ave Maria, l’Angelus du matin vers 6 h, signifiait ouverture des portes[2] ?

En avril 1562, éclate la première guerre civile qui durera presqu’un an. Pierre Billard conduit toujours l’horloge et sonne la cloche de la retraite toute l’année. En ces temps incertains, cela ne suffit pas et deux nouveaux personnages interviennent en même temps que deux autres signaux sonores, uniquement au cours des mois de juillet, août et septembre : Pierre André, payé « pour ses peines tant d’avoir sonné la cloche pour ouvrir les portes que avoir sonné la cloche du guet », et Nicolas Colin, tavernier et tabourineur, pour son salaire de « sonner le tabourin le matin pour assembler les gardes des portes »[3]. C’est une des très rares fois où un homme sonne une cloche du matin durant trois mois, et cela arrive en cas de danger. Apparaît aussi la cloche du guet. Elle est toujours distinguée de celle de la retraite. La cloche du guet n’est pas abritée avec l’horloge, mais bien dans le clocher de l’église Saint-Pierre qui sert aux guetteurs.

Le clocher de Saint-Pierre

Construite sur une terrasse rocheuse qui domine la ville au sud, l’église Saint-Pierre a dû se loger sur ce socle en tenant compte d’un système défensif déjà en place, ce qui explique son orientation nord-est et son entrée latérale au sud-est. Au nord-est se trouvent donc le chevet et… la guérite de l’horloge. L’église a eu plusieurs campagnes de construction, dont les piliers de la nef en 1562, mais la littérature est assez contradictoire et je n’ai pas approfondi le sujet. Les travées et chapelles sud (sud-est) faisant suite à une sacristie sont terminées et n’ont pas subi trop de dommages puisque même les vitraux n’ont pas éclaté. Quant à la tour carrée, démarrée en 1441, elle est terminée en 1492 puisque, selon L. Lemaistre, un guetteur était déjà établi dans la lanterne[4]. Pour le couronnement du clocher, on a en effet préféré une coupole surmontée d’un lanternon. Solide et puissante, elle est bien sûr faite pour contenir un beffroi avec ses cloches, mais fait aussi partie de l’appareil de défense du Belfort ou château Saint-Pierre. Le beffroi de Saint-Pierre peut accueillir quatre cloches. Il est situé au coin nord-ouest de l’église pas du tout touché par le feu, et dire que les cloches ont été détruites en 1556 n’est pas cohérent me semble-t-il. Ce sont les cloches de l’horloge au chevet qui sont tombées.

Je ne suis pas sûre que le lanternon soit déjà construit au début du XVIe siècle, car j’ai trouvé trace d’un marché de charpenterie pour « la couverture et dosme de la tour sainct Pierre »[5]. Pourtant dès que nécessaire (guerres, passages de troupes, rôdeurs…), on fait le guet « en la lanterne du fort et chastel sainct Pierre » (1562) , ou encore « en la tournelle de l’esglise sainct Pierre » (1567-1568)[6]. Où serait cette lanterne si ce n’est dans la tour ? Une chose est sûre, c’est que la cloche du guet est logée dans cette église : tous les deux ans, on achète du cordeau pour cette cloche et il est précisé une fois « 5 livres de cordeau achetees pour sonner la cloche du guet en l’eglise sainct Pierre pour advertir les gardes des portes »[7]. Je présume donc que cette cloche est dans le clocher et non vers l’horloge. Un dernier indice est la refonte de quatre cloches pour Saint-Pierre en 1623, dont l’une d’elle porte « « Je suis faict en lan 1623 pour le service de la republique de tonnerre », ce qui signe une cloche civile au milieu des autres. Selon la sonnerie, on pouvait avertir de différents dangers, entre autres le nombre d’hommes qui se présentaient et à quelle porte. La cloche du guet est celle qui fut confisquée en 1564, à la suite de l’affaire de la porte Saint-Michel[8], soit durant quelques mois remplacée par une trompette, soit durant deux ans, je n’ai pas de certitude. Par la suite, la trompette sera utilisée par un sergent pour avertir la population « de post en post », en vue d’élire des représentants par quanton (quartier) ou d’informer d’une ordonnance du roi ou du bailli, par exemple[9].

Réparations de l’horloge après l’incendie de 1556

Après le grand incendie du 8 juillet 1556, la chaleur du feu avait mis à mal l’horloge de la cité. Pierre Petitjehan (f° 85) relate que la grande violence du feu dura de 16 h à 21 h et commence son récit par l’horloge qui semble rendre l’âme : « l’orologe flamboyant et bruslant sonna pour sa derniere foys neuf heures, avec un son si lent et mélancolique qu’il sembloit que les timbres et appeaulx… », c’est dire l’importance de l’horloge. Nous apprenons au passage qu’elle sonnait aussi la nuit. Son beffroi attaqué par les flammes, la cloche de l’horloge est tombée, « cassé rompu ». Les marguilliers de l’église, assistés des échevins vendent donc les 700 livres de matière de la cloche à Sebastien et George Blanchard, des saintiers (fondeurs de cloches) itinérants, originaires de Chaumont-en-Bassigny, travaillant alors à Troyes. A 15 livres le cent, cela rapporte 105 L.t. à la ville[10].

Lors de cette année comptable, du 1er octobre 1555 au 30 septembre 1556, Pierre Billard n’a été payé que pour « troys quartz d’an escheus le dernier jour de juing 1556 » par faute de cloches dans le dernier trimestre[11]. Pourtant, dès le 24 août, les échevins avaient passé un marché avec le serrurier Claude Billard, frère de Pierre le conducteur, pour faire et réparer « roues cage, mouvement [et toutes] choses servant à l’orologe [de ceste] ville » [12]. Comme il reçoit 25 livres tournois, le travail a dû être conséquent (une serrure ou un verrou sont payés de 4 à 6 s.t., une réparation 2 à 3 s.t.). C’est lui d’ailleurs qui conduit l’horloge durant trois mois en 1557, année au cours de laquelle Symon Testuot charpentier et Pierre Mathieu couvreur, Jehan Chevolat cordier et Pierre Colleson serrurier reçoivent 10 L 15 s 6 d.t. « pour ouvrage de leur mestier faict audict orologe comprins l’achapt de quelques trapans [planches], clou et late »[13]. On retape donc la guérite mais le tarif montre qu’on ne la refait pas entièrement ̶ soulignons au passage que si toute l’église avait brûlé et se soit écroulée, comme on le lit souvent, la cahuette aurait volé en éclat. Le compte suivant manque, peut-être contient-il l’achat d’un timbre ? Mais l’horloge devait avoir des problèmes car on la refait durant l’hiver 1559-1560.

Il a d’abord fallu la visiter, faire un diagnostic et marchander le marché, ce qui est accompli par Pierre Billard le conducteur, Laurens Renoyr serrurier de Tonnerre qui traitent avec Alexandre Mestre et Pierre DuBreuil (du Breuil) d’Auxerre. On ne cite jamais leur profession, ils sont sans doute horlogers, ou Me horloger et serviteur. On achète ensuite des pièces pour la réparation et une fillette, un fût, pour transporter l’horloge à Auxerre « pour icelluy refaire, et icelluy refaict », le rapporter à Tonnerre. Puis Mestre et DuBreuil, avec l’aide de Billard et Renoyr, vacquent à « racoustrer et attacher » [remettre en état et assembler] l’horloge. Enfin, Pierre Collesson serrurier refait la serrure « qui estoit en l’huys dud. horologe », ainsi qu’une nouvelle clef. Pierre Billard peut de nouveau conduire l’horloge. Il est payé pour huit mois, ce qui situe la remise en état de marche fin janvier/début février 1560. Le 13 février, les horlogers signent leur quittance pour 25 L.t.. La dépense totale s’élève à 46 L 7 s 9 d.t.[14]. C’est une horloge à ressort et contre-poids : Pierre Billard remplace le ressort et achète du cordeau pour les contre-poids[15].

Nouvelle horloge en l’église Monsieur Sainct-Pierre

C’est en 1579, alors que les passages de troupes onéreux se calment un peu dans la région, que Tonnerre va remplacer l’horloge de l’église Saint-Pierre, avec autorisation des officiers comtaux et royaux. Le 24 mai, Jehan Parisot, un des échevins, se rend à Troyes pour marchander un marché avec Jherosme Le Roy fondeur. Celui-ci recevra le solde de ce qui lui est dû « apres qu’il aura fournye et delivré à ses perilz et fortunes dans l’eglise de l’enfermerie de sainct Pierre audict Tonnerre et pres le pillier où ilz se doibvent monter au clocher de lad. eglise, trois timbres du poix de dixhuict cens à deux mil livres* de bonne matiere et de bon son ». Les cloches d’horloge étaient plus lourdes et plus chères que les mécanismes. Il s’agit ici de timbres, cloches sans battant, frappée de l’extérieur par un marteau. Le Roy sera payé à raison de « 10 escus sol. pour cent »[16] et reçoit une avance de 100 écus.

Dès juin, on prépare le terrain pour ces travaux en transportant 55 cloches « en l’eglise monsieur sainct Pierre, pour faire le chemin et chafaux pour aller aud. orloge ». Il s’agit peut-être de petits barils ou sorte de fûts coupés en deux et posés à l’envers sur le sol du comble côté sud. On accède en effet au comble par un escalier à vis situé dans une tourelle au sud. L’église n’est pas encore tout à fait finie mais il faut croire que le gros oeuvre sud l’est. Une fois dans le comble, il reste environ 33 m à parcourir pour atteindre l’horloge ; avec 55 cloches, cela fait disposer une cloche tous les 60 cm, sur lesquelles on chaffaude, c’est-à-dire que l’on y dispose des planches afin de ne pas marcher directement sur la croupe des voûtes[17].

Le 4 septembre 1579, Jehan Parisot rapporte « lesd. cloches et timbres » de Troyes en présence du fondeur et le 28, après publication, on met au rabais le travail de charpenterie. C’est le plus décroissant qui l’emporte à 140 écus. A ce prix, Guillaume Testuot, charpentier juré de Tonnerre, doit faire « la charpenterie couverture terrasse et autres besongnes faictes pour l’orloge dudict Tonnerre dressé en la charpenterie du cœur de l’eglise monsieur sainct Pierre, montee de clocher, tant des appeaulx [petits timbres] que du beffroy dudict horloge, marteaulx, ferrures desd. cloches et timbres, angins pour la faire sonner, chemin et allee par le dedans de lad. eglise pour aller aud. orloge, et autres besongnes necessaires »[18]. Le bail est passé par devant Me Pierre Thureau (Turreau) lieutenant général au baillage de Tonnerre. On s’aperçoit alors d’un problème dans la cahuette. Un Tonnerrois fonce au château de Thorey « querir Jehan Pinot Me couvreur pour venir remettre et radouber [remettre en état] la terrasse de plomb qu’il avoit faicte en la cahuette de l’horrologe dud. Tonnerre »[19]. Le 27 novembre, une fois l’horloge et la sonnerie installées, on fait venir un horloger, Pierre Vivien demeurant à Tonnerre qui a « acoustré l’orloge de sainct Pierre et faict sonner les demies heures », ce à quoi servent les appeaux. Le travail est achevé en décembre : le 2, Testuot est payé ; les 11 et 12, Pierre David et Jacques Mathieu, marchands, et Pierre Desmaisons Me charpentier font la visite pour voir si le travail est dûment accompli.

StP2Le cadran de Saint-Pierre tourné vers la fosse Dionne et Bourgberault

La charpenterie ne pose pas de problème mais le gros timbre oui ! Il est trouvé non recevable. Le charpentier Guillaume Testuot le descend donc le 24 mars 1580 pour « estre refondu ». Transport à Troyes où Le Roy est tenu de refaire le timbre. En attendant, fin avril, l’horloger Pierre Vivien recharge de 8 livres de fer le marteau, allonge les deux baccules [balanciers] et réadapte le ressort. Le Roy semble rapporter le timbre fin mai ou en juin. Le 1er juillet, il est payé 124 écus 24 s, ce qui fait un total de 224 écus 24 s[20]. Selon le marché à 10 écus le cent, il a travaillé avec 2243 livres de « matiere ». L’ensemble a coûté 366 écus (soit 1098 L.t.), une grosse somme.

Première horloge pour Notre-Dame

Avant l’incendie de 1556, l’église Notre-Dame avait un petit clocher implanté à la croisée du transept. Cette cloche servait à appeler les fidèles à la prière ou à la messe. La même cloche avec une sonnerie différente, code que tout le monde comprenait, appelait aux assemblées ou conseils, le plus souvent le dimanche à midi après la messe. Ce clocher en plomb a fondu et n’a pas été reconstruit. La tour a alors déjà son premier niveau construit. Pour connaître la construction des autres niveaux, voir La Tour de Notre-Dame. J’ignore où l’on a mis une cloche à l’église pendant la construction de la tour. Pourtant, une cloche continuait d’appeler à la prière ou aux affaires.

En 1579, la tour de Notre-Dame a au moins trois niveaux, peut-être quatre selon mon étude. Le 29 avril 1579, les échevins passent un contrat avec Jacques Vivien, de la famille de Pierre Vivien intervenu à Saint-Pierre, et lui aussi Me horloger. Jacques Vivien « a entrepris faire et parfaire bien et deuement une monstre d’orloge et icelle planter au dessus de la tour de l’eglise Nostre Dame dud Tonnerre, du costé regardant la place du Pillory, ainsy qu’il a esté deliberé en l’assemblee tenue audict lieu par les habitans le dimanche 26e dud mois et an ». On lui verse un acompte de 5 écus d’or. Le solde, soit 8 écus 1/3, lui est versé le 14 juillet 1579 après visitation par Pierre Billard l’aîné et Pierre Guillot serrurier. Travail auquel « il a entierement satisfaict »[21].

Une monstre d’horloge est un cadran. Pour 13 écus 1/3 (40 livres tournois), la communauté s’est dotée d’une horloge supplémentaire qui regarde cette fois vers le nord, du côté du Pilori (place Charles de Gaulle) et de la rue de l’Hôpital, puisque celle de Saint-Pierre regarde vers le couchant. Ce cadran a bien été implanté, ce qui me fait dire que le quatrième niveau de la tour est déjà construit, même si on le parfait plus tard en 1619-1620. Nous avons vu ce qu’il en coûte d’installer des timbres. Aussi, cette horloge n’a pas de son et n’en aura pas de sitôt mais elle existe et doit fonctionner avec un mécanisme léger.

La place du Pilori en 1828Horloge de Notre-Dame et place du Pilori en 1828

 Voici ce que je peux dire aujourd’hui (2015) sur les horloges et cloches de la ville de Tonnerre à la Renaissance. Je conviens qu’il reste des zones d’ombre autour de la construction de l’église Saint-Pierre et la finition de son clocher, mais j’affirme que cette église abritait la première horloge de la ville et la cloche du guet. Dès la fin du XVIe siècle, il faut préciser horloge de Saint-Pierre ou horloge de Notre-Dame.

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[1] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1552-1553, f° 9 v°, 1561-62, f° 11 v°, 1562-63, f° 15 v°, etc.

[2] Dhorn-van Rossum Gerhard, L’histoire de l’heure, l’horlogerie et l’organisation moderne du temps, MSH éd., Paris, 1997, pp 211-212.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1561-1562, f° 11 v°, 18 v°-19.

[4] Lemaistre Louis, “Ancienne porte romane et église romane souterraine de Tonnerre », AY, 1848, p146.

[5] Tonnerre, AM 4 CC 3 compte des octrois 1579-1580 f° 5. Encore des études en perspective…

[6] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, du 1er octobre au 8 décembre ; f° 16 v° et 1567-1568 f° 40 v°-41, du 1er octobre 1567 au 30 septembre 1568.

[7] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1569-1570 f° 43-43 v°.

[8] Voir le Tumulte de la porte Saint-Michel (1) et le Tumulte de la Porte Saint-Michel (2).

[9] Avis ! Avis ! Ceci ne sera pas sans rappeler aux anciens Tonnerrois le tambour du père Godin.

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 13.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 21.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1556-1557 f° 21-21 v° ; il ne sera payé que l’année suivante, mais la date du marché est mentionnée ; les mots entre crochets indiquent des hypothèses de ma part car le coin supérieur droit du compte est fort abîmé.

[13] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1556-1557 f° 22.

[14] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1559-1560, f° 17 à 18 ; et f° 16 v° pour Billard.

[15] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1565-1566 f° 18-18 v° ; 1567-1568, f° 20 v°-21.

[16] En septembre 1577, une ordonnance d’Henri III avait aboli le compte par livres tournois pour instaurer le compte par écus, avec un écu soleil valant 3 L.t. ou 60 s.t. Le compte par écus est ainsi utilisé tant bien que mal à Tonnerre dès l’année civile 1577-1578.

[17] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 3 v°-4, ordonnance du 8 juin 1579 et quittance du 11.

[18] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 2 à 3 v°.

[19] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 f° 26 v°. Le château de Thorey, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines, est dans le comté de Tonnerre, et est alors tenu par Guillaume de Montmorency.

[20] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 comptes des deniers d’octrois, f° 2-2 v° et f° 6 pour Vivien.

[21] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 4-4 v°.

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