L’Hôtel-Dieu-Notre-Dame

A la Renaissance, les Tonnerrois appelaient encore « hostel dieu » ou même « hostel dieu Notre-Dame » un petit établissement charitable établi au XIe siècle par les habitants ou par le comte[1] et dont la chapelle fut à l’origine de l’église Notre-Dame. Dénomination qu’il garda après la fondation de l’hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles à la fin du XIIIe siècle. Si le second faisait office d’hôpital en même temps que de maison-Dieu, le premier était un asile qui ne recevait plus que quelques passants — pauvres, vagabonds ou pélerins — et pour une nuit seulement. Au cours des siècles, les curés de Notre-Dame s’étaient accaparé l’Hôtel-Dieu et ses biens[2]. Au XVIe, le doyen de Notre-Dame ajoutait à ce titre celui de Maître de l’Hôtel-Dieu, voire d’administrateur perpétuel.

Inserré entre l’église et l’allée du Doyen (rue du Doyenné), l’Hostel-Dieu avait flambé dans l’incendie de juillet 1556. Il n’y avait donc plus d’abri pour les pauvres passants, mais le curé de Notre-Dame continuait d’en toucher les prébendes. A côté de l’Hôtel-Dieu se trouvait l’auditoire, également maison de ville, flambé lui aussi. Les années 1562 et 1563 virent la 1re guerre de religion et c’est seulement en 1564 que les habitants et les comtes voulurent reconstruire l’un et l’autre bâtiments. Au cours de l’assemblée du 25 juin[3], lecture est faite d’une ordonnance du comte Antoine de Crussol[4] où il est entre autres question de reconstruction. On décide alors de réparer selon ces instructions les portes et tours de l’Hôpital et de reconstruire l’auditoire qui, pour lors, n’est qu’une chambre basse à côté de Notre-Dame. Il faut donc trouver une place suffisamment grande pour « faire dresser et bastir maison de ville pour retirer tous papiers et choses appartenans à la ville, et ung audictoire pour tenir les plaidz »[5]. L’emplacement est tout trouvé : l’Hôtel-Dieu calciné.

Il faut attendre l’assemblée du 9 juin 1565 pour voir le projet se mettre en place au moyen d’un échange entre les officiers comtaux avec les échevins et messire Jehan Brasley doyen de Tonnerre. J’ai déjà parlé de l’auditoire[6]. Qu’en est-il de l’Hôtel-Dieu ?

Une chimère d’hôtel-Dieu

Les échevins donnent en échange une place « en la commune au dessoubz du puys de la Brosse » et « attenant du jardin de l’hospital » pour y reconstruire un hôtel-Dieu. Le puits de la Brosse est situé tout au bout à gauche de la rue des Fontenilles actuelle, ce qui signifie hors les murs. Il est aujourd’hui représenté par une dalle à l’entrée de la rue du Puits de la Brosse. A la Renaissance, il est très isolé, le faubourg de Rougemont étant encore peu développé et surtout du côté des roches. « Sous le puits de la Brosse » indique un lieu entre le puits et le mur de l’Hôpital. Ce serait donc entre la tour des Fontenilles et le puits, adossé au mur comme le montre le plan dressé en 1818 : le grand jardin de l’Hôpital est dénommé le Grand Marais et la maison y figurant n’a été construite qu’au milieu du XVIIIe siècle[7]. La carte du finage de la ville de Tonnerre de 1687[8] ou le plan cadastral de 1825[9] montrent le chemin de Beru.

Zone du Puits de la Brosse

 

D’après la description du projet donnée au cours de l’assemblée, il faut imaginer une parcelle étroite de 12 toises de long sur 3 de large, à peine 1,5 are (env. 140 m2), appuyée sur toute sa longueur contre le mur des jardins de l’hôpital, près du puits de la Brosse, ce qui est commode pour recevoir des hôtes. Non seulement à cause de l’eau mais aussi par sa situation hors de la ville et proche d’un chemin. Autrement dit, on repousse les pauvres passants hors les murs, ce qui dans l’air du temps, car la pauvreté n’est plus alors considérée comme une vertu.

A l’intérieur, il est question de construire une maison et un bâtiment de pierre, voûtés par dessus et couverts « de tuille ou lesve ». Il ne semble pas qu’ils soient mitoyens. La maison occupera 3 toises de la longueur du terrain. Elle comprendra une pièce d’environ 12 m2 dedans œuvre (env. 2,60 m x 4,60 m) avec une cheminée « du costé de la muraille dud. jardin dud. hospital », un huys par devant et une fenêtre. Ce sera la chambre du concierge. L’autre bâtiment sur 5 toises de la longueur, aura dedans œuvre env. 30 m2, un huys sur le devant et « le fenestrage requis » — mais pas de cheminée. La porte en sera fermée à clef et la fenêtre garnie de « barreaulx de fer ». Il sera destiné aux « paouvres passans ». Le reste du terrain, soit environ 36 m2, verra le jardin du concierge.  On prendra garde de le fermer « de muraille de la haulteur de 7 piedz hors terre » [= env. 2,30 m]. Un chemin sera delaissé au devant de l’ensemble (s’il est sur la parcelle, il ne mesurera que 1,30 m de large, ce qui est vraiment conçu pour des piétons).

Plus de chapelle, plus de desservant religieux, mais l’institution gardera le titre d’Hôtel-Dieu de Tonnerre. Il reçoit en fait, comme auparavant en ville, peu de monde sur les quelques paillasses posées au sol de la « salle des pauvres ».

En raison de la plus-value du terrain de l’ancien hôtel-Dieu, le doyen demande que ces constructions soient faites aux frais de la ville qui s’engage par ailleurs à payer les actes nécessaires et à s’occuper des ratifications du projet par les comtes et l’évêque de Langres. En revanche, une fois construit, le doyen de Notre-Dame, responsable de l’Hôtel-Dieu, devra gérer l’œuvre et entretenir les bâtiments. C’est lui qui entretiendrait le concierge, paierait les repas des pauvres (sans doute avec l’apport du jardin du concierge) et les 5 sols qu’on leur délivre au moment du départ. Le projet a bien été étudié et ne demande plus qu’à être mis en œuvre.

Le doyen de Notre-Dame se fait tirer l’oreille

Pourtant, lors des Etats-Généraux de 1576, une des remontrances de la ville porte sur l’absence d’hôtel-Dieu : « Que par cy-devant et auparavant le feu advenu en ladicte ville, y avoit ung hostel dieu basty, auquel estoient receuz tous pauvres passans, hebergez et alimentez du revenu des oblations montant à troys cents livres et plus, dont joyt à présent le doyen rural de ce lieu qui prétend ledict hostel-dieu estre uny à son doyenné, toutefoys ne fait aucun debvoir de recevoir et solager les pauvres passans ». De son côté, le notaire Petitjehan est scandalisé par cette usurpation du bien des pauvres[10] : « Monsieur le Doyen / De ces paouvres la subsistance / Vous mettez dans vostre manche ». Ce que les Tonnerrois semblent oublier pourtant, c’est que l’hôtel-Dieu devait être reconstruit aux frais de la ville sous le Puits de la Brosse. Nonobstant, ils portent plainte contre le doyen, Edme Barbette pour lors. Au cours de l’assemblée du 29 juillet 1576, les habitants décident de faire « poursuite de la réédification soit par saisie ou autre voie requise devant les juges délégués pour le fait des maladeries et hôpitaux de France. Les revenus de l’hôtel-Dieu furent donc saisis à la requête du procureur général du roi, à la suite d’une commission établie par le roi et son grand aumônier.

Messire Barbette demanda main-levée de cette saisie et l’obtint par un arrêt du 19 mars 1577. Il fut donc remis en possession de ces revenus l’année suivante, à la charge toutefois « que dans trois mois il exercera l’hospitalité qu’il est tenu de faire, au lieu le plus convenable qu’il pourra trouver en la ville et faubourgs de Tonnerre et sur l’avis des échevins et principaux officiers et habitants, et à cette fin fera dresser deux ou trois lits pour recevoir et heberger les pauvres passants, attendant que l’hostel-Dieu soit rebasti lorsque ledit Barbette, ayant joui pour un temps suffisant du revenu, aura moyen de le faire, dans le temps qui lui sera fixé par le juge ordinaire du lieu »[11].

Emplacement de l’Hôtel-Dieu

F.-D. Cerveau affirme que le doyen Barbette s’exécuta. Il fit construire « un bâtiment composé d’une grande chambre basse et obscure, d’une autre chambre et d’une boutique pour le concierge » — c’est-à-dire à huys ouvert — cela à côté de l’église Notre-Dame. Or, nous savons que tout l’espace de l’ancien hôtel-Dieu était occupé par l’auditoire, la maison de ville et quelques boutiques. Cela a pu être réalisé vers les années 1579-1580, le doyen récupérant alors une partie de la place échangée une quinzaine d’années plus tôt. De fait, en 1578, il rentre en possession de la place occupée depuis quatre ans par l’orfèvre Anthoine Pingat[12] ; et sans doute rapidement la place de l’auditoire pour lequel on cherche un nouvel endroit[13]. Cerveau écrit (au XVIIIe siècle) que cette Maison-Dieu est sans doute à l’origine « des masures qui, durant si longtemps, encombrèrent les abords de Notre-Dame », ajoutant que les pauvres passants étaient couchés sur des couchettes garnies de paille et recevaient, le lendemain, les cinq sols traditionnels.

Le changement de perception de la pauvreté anéantira l’hôtel-Dieu au XVIIIe siècle : « en 1726, cette œuvre a entièrement cessé à cause de la déclaration du Roi contre les mendiants », précise Cerveau.

 


[1] Sur l’origine et les péripéties de cet hôtel-Dieu, voir : Cerveau François-David, Mémoires sur Tonnerre, 1742, éd. par A. Matton, Dannemoine, A l’Image de l’abeille, 1992, p 163-168. et Jolivot C., « Etats généraux de 1576. Recherches sur l’Assemblée des habitants de Tonnerre », BSSY n° 30, 1861, p 243, 277 et 281-285.

[2] Des terres et des prés, des rentes et cens en ville et la métairie de Vauplaine (voir ici : Les métairies).

[3] En avril 1564 avait eu lieu l’affaire Le tumulte de la porte Saint-Michel (1)

[4] Crussol était présent avec la cour à Troyes de mi-mars à mi-avril et il avait alors plusieurs fois reçu les échevins.

[5] Tonnerre, AM, BB 1-1 au 25 juin 1566.

[6] Voir Les communaux à propos des « places communes » en ville ­— l’auditoire ».

[7] Voir Magali Villetard, l’Hôpital de Tonnerre d’après ses documents d’archives historiques (1789-1814), vol I, p 214-215 et vol III p 717.

[8] Auxerre, ADYonne, 1 FI 141, en ligne https://archivesenligne.yonne.fr/ark:/56431/vtabc332f7e650cfb72

[9] Auxerre, ADYonne, cadastre napoléonien en ligne, section B2.

[10] Le notaire parle de l’hôtel-Dieu p 37-42. Petitjehan P., Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estans. Un bref discours de ce qui c’est passé de nostre temps…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988.

[11] Voir F.-D. Cerveau et C. Jolivot, op. cit.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1577-1578 f° 10 v° : le 28 mai 1578, il y a une transaction entre Pingat, le doyen et les habitants, par laquelle cette place a été délaissée au doyen.

[13] Ce sera finalement rue de l’Hôpital, ce qui permet de dater cet hôtel Renaissance du début des années 1580. Cf. la note 6 ci-dessus.

 

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Les communaux

Après la Révolution, on débattit longtemps sur l’origine de cette propriété collective, les biens communaux : concession des seigneurs ou usage de « temps immémorial » ? Dans le comté de Tonnerre, le droit féodal s’est exercé : les comtes y sont donc « tousjours demeurez vrays seigneurs proprietaires et possesseurs ». Autrement dit le seigneur ici se réserve la justice, le fonds et la propriété éminente sur les terres ni privées ni allodiales. Il peut octroyer des droits d’usage sur certains espaces, en particulier la forêt. Sur d’autres, il peut concéder un droit de jouissance, parfois de fruits à la communauté contre le versement d’une rente.

Après la mort en 1477 du Téméraire, duc de Bourgogne, les guerres cessent enfin dans la région, mais les villes et les campagnes sont exsangues. On estime qu’en France, la population avait baissé de moitié à la suite de tous les fléaux. Il fallait repeupler et reconquérir les territoires repris par les friches. Aussi, pour conserver leurs vassaux et en attirer d’autres, les seigneurs ont-ils renouvelé des droits anciens ou en ont concédé de nouveaux. Dans une charte de 1492, Charles de Husson, comte de Tonnerre, octroie parmi d’autres franchises le droit d’essarter certaines parcelles et renouvelle le droit de « tenir en usage » certains heritages (biens meubles) : « lesquelles terres ont esté ci-devant vaccantes […] les avons donnee et donnons aux habitans pour en jouir par maniere d’usage, et generallement de tous les aultres pastis, bois et usages esquels n’y a apparence d’y avoir eu labourage, dont ils ont jouy paisiblement par maniere d’usage, le tout selon et par la forme et maniere qu’ils en ont jouy et usé de toute ancienneté ». Ceci et d’autres franchises contre 20 deniers par feu et 10 deniers pour les veuves, 18 sols pour les nouveaux mariés et les étrangers s’installant qui paieront ensuite comme les autres une fois par an le jour de la saint Rémy (1er octobre). Les Tonnerrois d’alors ne sont donc que propriétaires-usagers de ce que l’on appellera plus tard les biens communaux, ils n’en ont pas la possession pleine et entière. Je ne parlerai pas ici des droits d’usage proprement dits en forêt, dans la garenne du comte ou sur les jachères (bois, panage, pacage, vaine pâture sur certains lieux, etc.)[1], mais seulement de ce que l’on nomme communes. Les espaces où s’exercent les droits d’usage sont en effet différents des espaces proprement communaux.

Les communes

Huit terrains sont désignés dans la charte de 1492. Le Pâtis, déjà propriété des habitants depuis le début du XIIIe siècle, n’est pas nommé et le comte se réserve deux pièces de terre dont une en pré. A partir des années 1550, j’ai dénombré une trentaine de parcelles, non compris les carrières que je traiterai ailleurs[2].

A l’est de la ville :

  • les prés Sous Breviandes (rive droite) avec quelques noyers ;
  • la commune de Vauplaine sur le grand chemin de Lezinnes ;
  • ­la commune du Petit biez bief] assise aux Ausviz [les Ovis] (rive gauche) ;
  • la commune Edmond Trubert dite la Fontaine au doyen (rive droite) ; elle est située près de la Maison Rouge au-dessus de la Haye du Grand biez ou encore « près le bout de la haye du Grand biez ». Il y a un Edmond Trubert l’aîné qui habite au faubourg Notre-Dame du Pont en 1532. Il vit encore en 1549 où il est dit tonnelier ; comment et pourquoi a-t-il donné son nom à une commune ? En 1565-1567 on y plante 100 saules ;
  • Jumereau (les Jumeriaux aujourd’hui), de rares noyers
  • la commune Sous Maison-Rouge ou bas de Maison Rouge, est un pré « tirant dès le guey à un petit sentier près la fontaine » où l’on plante de jeunes noyers et surtout 500 pieds de saules en 1565-1567 ;

Au nord vers Epineuil :

  • Vaulebert (ou Volbert), qui abrite des noyers, terrain en pente proche de vignes ;
  • Joncheres possède aussi des noyers ;
  • le pastis à la Gobaude (ou Goubaude), plus bas vers le chemin de Dannemoine[3] ;

Près de la ville :

  • la commune au-dessus et au-dessous du Pontot, ou près le Pontot ; elle contient des arbres fruitiers (poiriers, noyers)
  • le grand Pâtis en la rue du Pont ; en 1565 on y plante plus d’une vingtaine de noyers ; sur la carte du finage de Tonnerre de 1687 (ADYonne : http://archivesenligne.yonne-archives.fr/ark:/56431/vtabc332f7e650cfb72/dao/0/layout:i) on voit plusieurs îles dont celle du Pâtis ; cette carte permet aussi de découvrir un certain nombre de ces communaux ;
  • la noue au bout du pâtis (et faisant partie du pastis) ou la noue du Pastis qui aboutit près du pont Saint-Nicolas ; on la transforme en saulaie en 1565-1567 avec 600 pieds plantés ;
  • Saint Nicolas près les foulons ;
  • la commune Jehanne Rousseau, « descendant aval la rivière » près des foulons, pré avec noyers épars (peut-être est-ce la même que la précédente ?) ;
  • la commune outre Nostre-Dame du Pont ;
  • la commune Sous la fosse à la Maune ;
  • la commune de dessous le puys de la Brosse à la sortie de la ville à gauche de la porte de Rougemont ;
  • le Pastillot ; petit pacage derrière l’église Saint-Pierre, loin de la rivière ;

A l’ouest en longeant la rivière qui remonte vers le nord :

  • au bout de Guynande, « où souloit estre une maison pour recevoir les malades de peste », quelques noyers ;
  • portion de la commune Saint-Adrian ou le Pré aux ânes ;
  • la commune du pré Saint-Adrian qui contient également des noyers ;
  • le jardin et saulcis en l’île du Pastis derrière les grands moulins ;
  • la Haye du breul ou le Breux ou le Breuil, en nature de pré avec quelques poiriers et noyers ;
  • la commune près le moulin d’enfer allant à Junay, plantée en noyers
  • la commune Jehan Jacquin, dans l’île de Grisey, transformée en saulée en 1565-1567 ;
  • la commune près les ormes de Grisey, sous Grisey ou sous le moulin de Grisey est un labourage ;
  • le pré commun près Junay avec quelques noyers ; il s’agit d’un essart datant de la fin du XIVe siècle ;

Et encore deux communes dont j’ignore l’emplacement : la Haye à la baillisve [femme du bailli] qui est un pré et la Petite haye.

Cette liste n’est sans doute pas exhaustive, puisque c’est un glanage à travers les comptes de la ville et les comptes-rendus d’assemblées pour l’essentiel. En dehors du Pastillot sur la colline de Saint-Pierre, toutes les communes sont situées dans la vallée de l’Armançon et le plus souvent proches de la rivière. Une seule est déclarée être un labourage et aucune n’est plantée en vignes. On voit ainsi se dessiner un paysage. Le toponyme haye évoque en effet souvent un chemin bordé de haies, ces chemins petits ou grands qui structurent l’espace. Il peut y avoir aussi des haies au bord des parcelles. Imaginons des prés parsemés d’arbres fruitiers (poiriers, pommiers ou noyers) ou des saulaies (saulcis) dans les zones les plus humides, des moulins sur le grand bief, un en ville, un à la sortie de la ville et le dernier à Grisey avant d’arriver à Junay, le village prochain. Des foulons à drap ou à tan : certains sur la rivière vers Saint-Nicolas, un autre au-dessous et en aval du pont Notre-Dame, un foulon à drap tout nouveau en 1565 en la commune Saint-Adrian. Tous les moulins et foulons doivent une redevance à l’abbaye de Saint-Michel.

Duviert 1604

Il est bien difficile de connaître la superficie de ces communaux. Essayons pourtant de se faire une idée. Dans une déclaration du comté de Tonnerre en 1602[4], il est parlé des « grands prés » d’une contenance de 10 arpents à l’arpent du comté. L’arpent est toujours constitué de 100 perches (ou cordes localement), mais la perche locale contient 30 pieds[5]. Ce champ est donc d’environ 9,7 ha sans que l’on sache s’il s’agit bien d’un pré communal, mais ce pourrait être le Pâtis. D’autres sont précisés comme étant communaux : le pré des communes 4 arpents à l’arpent du comté (3,88 ha), le pré de la Noue 1 arpent ½ (1,45 ha), le pré du Saulcis 1 arpent (97 ares), le pré des Aulnes ¾ (73 ares), le pré de la longue raye 1 arpent (97 ares), le pré de Charron 2 arpents 1,94 ha. D’autre part, une carte du finage de Tonnerre de 1687[6] donne des superficies en perches pour certaines parcelles, cette fois à l’arpent du roi : sous la maison rouge, au bord de la rivière  rive droite  juste au-dessus du gué, « pré marqué lettre A » de 3415 perches soit 17,44 ha ; de l’autre côté, rive gauche, une parcelle de 267 perches 10 pieds (1,3 ha) ; sur le chemin de Junay avant Grisey, « le saucy au comte » 253 perches 15 pieds (env. 1,29 ha) ; vers l’île de Grisey, un pré au nord de 128 perches (65 ares 37 ca), et un autre à côté des moulins de 300 perches (1,53 ha) ; à droite du pontot entre la rivière et le chemin de Saint-Martin est indiqué « pré de la commune de Tonnerre »[7].

A partir des années 1560, après l’offensive des comtes et autres seigneurs pour récupérer une partie des communaux — en particulier la forêt — les communes sont régulièrement bornées. Un des échevins est alors mandaté par ses pairs et tous les propriétaires riverains de la parcelle sont convoqués avec un procureur au bailliage. Parfois les riverains élisent deux représentants, les plus aptes à estimer les limites qui sont connues de tradition orale. On s’entend sur le terrain, puis l’homologation a lieu devant un représentant du comte. Il ne reste plus qu’à planter des bornes là où le document final les indique sous vérification du procureur au bailliage et des mandatés.

Utilisation des communes

Les communaux sont utilisés collectivement ou individuellement. Ils sont pour moitié « reservez delaissez [aux habitants] pour leur usage et pasturage de leurs bestes », mais les citadins ne peuvent y envoyer que leurs nourrins, les animaux qu’ils élèvent pour eux-mêmes, « sans en prendre à louage ne [ni] en faire marchandise ». On s’oppose ainsi à l’accaparement des espaces collectifs par ceux qui font commerce de bétail. Pour ces personnes — qui peuvent être par ailleurs propriétaires de terrains —, certaines communes sont affermées et le prix du bail entre dans le revenu communal. Les baux sont de six ou de neuf ans selon les époques, sauf rares exceptions.

Les baux commençant à la saint Rémy (1er octobre), c’est toujours un dimanche de fin septembre, « à l’yssue du sermon, suyvant les publications faictes aux porches des eglises », que les sergents font l’adjudication des communes « à la charge de payer d’an en an audict jour st Remy au receveur des deniers communs et ung sol pour la livre la premiere annee ». Ce « sol pour livre » sert à payer l’inspection des communes avant l’entrée en jouissance. L’adjudication se fait par enchères au plus offrant. Les baux sont tacitement renouvelés chaque année en septembre. En cas de décès d’un adjudicataire, le bail est poursuivi au nom de sa veuve et héritiers, à moins qu’ils ne fassent opposition. Jacques de Lachapt qui avait obtenu l’herbe de la Haye à la baillisve est décédé en 1555. Le bail est mis au nom de sa femme. A la fin du compte de l’année, le receveur déplore 25 sols tournois « dont il a faict cydevant recepte […] pour ce que la vefve dudict son mary a renoncé à ladicte admodiation en jugement à quoi elle a esté receue du consentement des habitans »[8]. Il a donc fallu passer devant le prévôt pour faire annuler le bail.

Une quinzaine de communes sont régulièrement louées, trois autres pour un seul bail, une est réservée au profit des églises paroissiales, une à l’abbaye de Fontenay près Montbart. Quant aux « aultres communes appartenant ausdictz habitans il les ont reservez et delaissez pour leur usage et pasturage de leurs bestes ». Environ la moitié des communes demeure donc « en l’aisance et commodité des habitans » dont toujours le « grand pastis », le pastillot…

Les communes affermées

Les baux courent donc de septembre à septembre pour six ans neuf ans et à chaque renouvellement les adjudicataires changent sauf rares exceptions. Par exemple, la commune Sous Maison Rouge est amodiée d’abord à Jehan Paultrey charretier, six ans plus tard à Guillaume Mathieu boucher, neuf ans plus tard à Antoine Petitjehan notaire et hôtelier, puis encore neuf ans plus tard à Nicolas Bourgeot sergent royal, etc.. Des bouchers louent des communes pour le bétail qu’ils élèvent ; des boulangers, des hôteliers, un messager, des charretiers, tous ayant besoin d’herbe et de foin pour leurs chevaux ou ceux dont ils ont la charge ; des marchands (drap, vin) et quelques officiers sans doute aussi pour leurs chevaux ; tanneur et corroyeur ; un seul laboureur pour la seule commune en labourage. A chaque nouveau bail, les communaux sont visités pour vérifier leur état. Comme les baux sont renouvelés, le prix des terrains déterminé par les enchères n’est jamais le même et, en fonction du nombre de communes louées, les deniers communs récoltent de 80 à 180 livres tournois par an.

Le grand incendie de l’été 1556 a bouleversé ces usages. Une partie de la ville en flamme et les multiples ennuis qui ont suivi[9] ont grandement augmenté les dépenses. Les échevins ont dû avoir recours à toutes sortes d’expédients pour trouver de l’argent. Parmi eux, il y avait les communaux. Fin septembre 1556 l’adjudication des communes a lieu comme d’habitude, mais au printemps suivant, le besoin pressant d’argent est discuté en assemblée. On décide finalement que le bail en cours, un renouvellement pour six ans, serait « cessé et anullé, à la charge d’en faire un nouveau bail à neuf annees et de payer et avancer comptant par les encherisseurs leurs mises et encheres ». Les nouveaux adjudicataires doivent avancer le loyer de leur communal sur cinq ans. Ce qui fut fait quelques jours plus tard, « le vendredi dernier jour du moys d’apvril audict an mil cinq cens cinquante sept »[10]. Les enchérisseurs ont tous changé, sans doute parce que avancer plusieurs années n’était pas à la portée de tout le monde. La ville récupère ainsi immédiatement 342 L.t., ce qui fait 68 L 2 s.t. par an, de maigres enchères étant donné le marché.

Un seul homme est exempté du paiement des cinq années, celui qui loue un communal selon un bail exceptionnel de vingt-cinq ans. D’une famille d’échevins, Nazaire Dongoys (ou Lazare Dongois) est un riche tanneur habitant rue des Tanneries en Bourgberault. En septembre 1556 son bail pour le « saulciz et jardin en l’isle du pastis derriere les grands moulins » court toujours. Il en est à sa 17e année. En avril suivant, on lui demande de n’avancer que les deux prochaines années. En mars 1565, il obtient une rallonge de dix-neuf ans pour le Saulcis. Parallèlement, on avait décidé de restaurer la porte Saint-Antoine, la plus ancienne du faubourg de Bourgberault. Pour éviter de débourser l’argent qu’ils n’ont pas, il arrive que les échevins troquent des travaux contre des réductions dans le louage des biens patrimoniaux. C’est ainsi, qu’après un simulacre d’enchères au plus décroissant[11], Nazaire Dongoys emporte le marché à 23 L.t. : il devra avancer cette somme sur ses louages du Saulcis. Ce bien vaut 30 sols tournois par an. Ainsi, il ne paiera rien durant quinze ans, puis 20 sols la 16e année, puis de nouveau le loyer plein[12]. Voilà qui arrange et les échevins et Dongoys. En effet, cette même année, le tanneur obtient la permission des édiles, du procureur du comte et des religieux de Saint-Michel (qui touchent une rente sur tous les moulins) « de faire dresser ung foulon à draps près le molin Gaulthier dict enfer au dedans de la commune du prey sainct Adrian ». Il n’occupera qu’une petite partie de ce pré, « la largeur de huict toizes et demie [16,70 m] et de longueur en descendant jusques au cours de l’eaue et biez estant soubz ledict molin » pour la somme de 5 sols[13]. Voilà une commune bien occupée : elle porte le foulon, un autre quart est loué et le reste est pour l’usage de tous.

Des baux particuliers adaptés aux circonstances

Certains baux peuvent contenir des clauses particulières en plus du prix du loyer. Fin septembre 1565 a lieu un renouvellement des baux et, donc, des adjudicataires pour neuf nouvelles années. En dehors des terrains occupés par Nazaire Dongoys, onze communes sont relouées, mais cette année-là on ajoute une charge à dix d’entre elles : celle de planter des arbres[14]. Ainsi, Jehan Blanchard boucher obtient la commune près Junay à 32 L 10 s.t. à la charge d’y « planter deux noyers par an », Christophe de Chevreuille obtient la noue du pastis à 8 L.t. par an et devra planter 600 pieds de saules « dedans trois ans » et 6 pieds de noyers sur le pourtour. Au total ce sont 1800 pieds de saules qui seront plantés en trois ans et 22 noyers par an, soit 198 au total durant le bail. En avril 1566, on visite la commune Sous la Maison rouge pour constater que l’adjudicataire Antoine Petijehan a déjà planté les 500 pieds de saules requis dans son bail[15]. Il s’agit sans doute de saules têtards dans ces zones humides, pour la production d’osier pour la vannerie.

Ces plantations d’arbres s’expliquent par un hiver 1564-1565 très rigoureux. Le curé Claude Haton[16] décrit pour Provins, après un printemps et un été trop pluvieux « qu’il n’y eut beaucoup de grains germez aux champs », un automne et un début d’hiver plutôt doux jusqu’au réveil de l’hiver, le 20 décembre (soit 30 décembre en calendrier grégorien). Une neige épaisse recouvre la campagne, une bise froide se lève et de fortes gelées s’installent jusqu’à la fin du mois. Onze jours de grande froydure. On s’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux. Les rivières sont gelées. L’eau gèle dans les maisons, les draps de dessus sont pris aussi. On bouche les lucarnes des caves et on fait du feu pour éviter que le vin ne gelât dans les tonneaux. Le jour de Noël le givre et la gelée de la nuit furent si forts « que les noyers et bois des vignes furent entièrement gelees et gastees ». Les animaux nouveaux-nés meurent aussitôt et on trouve des hommes morts par les chemins. Un bref redoux où la neige commence à fondre mais le gel réapparaît le 5 janvier (15 n.s.). Ce furent cette fois trois semaines de gel, de neige et de vent. En Brie comme en Champagne les bledz furent gelés — prémisses d’une future disette. Un second bref redoux le 28 janvier et une troisième attaque du gel le 31 (9 février grégorien) jusqu’au 25 février (6 mars n.s.). Finalement le vin gèle, les pauvres gens ne quittent pas leur lit. « Les noyers sembloient mortz par tout le moys d’apvril et la moytié du moys de may, car ilz ne jettoient point par leur bourgeons naturelz ». Il y eut très peu de noix et peu de fruits en général cette année 1565.

Le scénario est le même à Troyes où l’hiver « causa de grandes pertes et repandit la desolation » et à Tonnerre où les échevins organisent la vente publique des arbres des communes morts ou « tombez par les vents » (poiriers, noyers) tout en planifiant les nouvelles plantations. A chaque arbre mort vendu, l’acheteur doit le remplacer en la commune d’où il provient ou bien « au lieu qui luy sera monstré ». Cette clause est tout-à-fait remarquable. En effet chaque année la commune vend ici un arbre mort, là des branches mortes sans replantation exigée. Ajoutons donc aux précédents 26 noyers à planter. Il faut -25°C pour qu’un noyer périsse, ce qui donne une idée de la rigueur du froid. Partout, on déplore de mauvaises récoltes. La disette sévit jusqu’à la récolte de 1566. En avril, Jehan Jazu greffier, note dans ses comptes-rendus d’assemblées que « la chairté du bled a duré depuis ce temps [19/04/66] jusques au jour et feste de la nativité st Jehan Baptiste suyvant qu’il commencera à diminuer de prix » [= 24/06/1566]. De même le prix du vin s’envola « au commencement du mois d’aoust [1565] jusques aux vendanges suyvans ». On découvre alors de nouveaux des morts dans les champs. « Dieu nous garde de retomber en telle infortune »[17], conclut-il.

De quelques « places communes » en ville — l’auditoire

Les habitants sont également propriétaires de quelques places en ville, dont certaines vont abriter des bâtiments publics. Nous sommes plutôt ici dans le patrimonial car ces lieux sont allodiaux, la commune, en tant que personne morale en a la possession pleine et entière. C’est le cas de la place utilisée pour la construction du collège[18]. C’est aussi le cas de l’auditoire du bailliage dit encore auditoire de la prévôté où se plaident les causes. Ce lieu est en outre utilisé par les échevins pour certaines réunions ou assemblées. Du moins tant qu’il y eut un auditoire car il partit en cendres lors de l’incendie de 1556. On ne retrouve une mention « en l’auditoire » qu’après octobre 1564. Durant cette période, j’ignore où est rendue la justice. Pour ce qui est des réunions, assemblées, délivrances de baux ou de travaux, etc., elles se passent soit dans des hôtelleries ou tavernes, soit en l’église Notre-Dame, soit sur place pour les travaux urbains. Un autre bâtiment accolé à l’église Notre-Dame a brûlé entièrement : la « Maison dieu nostre dame » ou « hôtel dieu[19] » qui auparavant le feu accueillait les vagabonds de passage. D’après Le Maistre[20], cet hôtel-Dieu était situé à l’emplacement de la chapelle St Roch aujourd’hui dans l’église attenant de la tour en construction et donnant sur le Pilory (place centrale). Sans doute mais il était plus long et avait pignon sur la place. Au cours d’une assemblée de juin 1564, il est décidé que « les eschevins avec les officiers de messeigneurs les comtes feront echange de la place où soulloit estre auparavant le feu l’hostel dieu à aultre place qu’ilz adviseront / Pour en lad. place faire dresser et bastir maison de ville pour retirer tous papiers et choses appartenans à la ville, et ung audictoire pour tenir les plaidz, à quoy messeigneurs fourniront pour l’edification selon qu’il sera advisé par messeigneurs et lesd. eschevins, aussi lesd. habitans ont baillé pouvoir de ce faire »[21]. A cette date, la communauté croule sous les dettes[22], rien d’étonnant à ce que l’on attende encore un an avant de lancer l’opération. En juin 1565 l’échange a lieu devant notaire entre les échevins et messire Jehan Brasley doyen de Tonnerre. Ce dernier donne cette place « franche et quicte » contre un autre alleu communal pour y reconstruire un hôtel-Dieu[23].

L’endroit sera partagé entre la municipalité, la prévôté, l’élection et une « réserve » dont on verrait l’usage dans le temps. Pour y siéger, les élus devront payer 10 livres tournois par an. Les comtes devront donner 120 livres ou l’équivalent en matériaux pour la construction du bâtiment dans son entier. Leurs officiers auront une clef pour tenir les plaids et les échevins une aultre pour tenir leurs assemblees de ville.  « Sera la premiere chambre de la longueur et largeur de ladicte place et de l’allee qu’il convient laisser par le bas ». Il semble qu’il s’agisse de l’espace entre l’église et l’allée du Doyen (rue du Doyenné). Ce qui est sûr c’est que l’on nettoie la place où était l’hôtel-Dieu sans doute pleine de gravas, que l’on fait abattre « la chambre dudict auditoire » pour la « faire redresser » à cet endroit avant de reconstruire. C’est chose faite le 20 juin : « l’auditoire a este apporté en lad. place de l’hostel dieu aux frayz des habitans » dit un acte d’assemblée. En août, les échevins décident de faire faire un grand coffre « fermant à troys serrures bien lyé et barré de fer ». Le procureur de la ville gardera les trois clefs ainsi que trois personnes élues chaque années lors de l’élection des échevins. Le reste du bâtiment demeurera aux habitants pour en disposer à leur profit, tel qu’ils en aviseront sans que les comtes ne « puissent pretendre aultre droict audict auditoire pour l’exercice de leur justice »[24].

L’auditoire et sa « réserve »

En quoi consiste la « reserve » ? Derrière « la chambre en laquelle se tiennent à present les plaidz », il reste de la place que les échevins décident de louer immédiatement à Hugues de Chevreuille, marchand drapier, « pour en jouyr tant qu’il plaira aux habitans » à condition de « fermer à ses frayz ladicte place ». Il aura la possibilité d’y mettre un huys et devra alors soubzmurer, et pourra l’emporter s’il quitte les lieux[25]. On parle ici d’une véritable pièce fermée avec porte, sur fondations et à pan de bois, ossature que le marchand pourra transporter ailleurs. Hugues de Chevreuille habite rue Dame Nicole et il se constitue là une réserve, un atelier ou une boutique. Il lui en coûtera 10 sols par an. En fait, il y a encore de la place car dès octobre, on loue à un marchand mercier, François Mantellet (Mantelet), « la place commune estant entre les degrez et le pillier devant la place où estoit l’hostel dieu », il s’agit des marches « par lesquelz l’on va à l’église Notre Dame ». Il a lui un bail de neuf ans, pour 30 sols par an et « pourra oster et transporter le bastiment en fin de temps ». Il habite rue Saint-Michel et souhaite ici installer sa boutique sur la prestigieuse place du Pilori. En 1574, cette place commune est louée à Anthoine Pingat, orfèvre, pour dix-neuf ans. Il y construit un bâtiment à pan de bois qu’il pourra lui aussi récupérer. Il semble qu’il y ait des restes du passé d’après Petitjehan : « Au regard dudict hostel dieu fondé proche ladicte eglise Nostre Dame, la manufacture de l’antique ouvrage qui se descouvre [au plus tard en 1592] en la maçonnerie des anciens pilliers qui se manifestent au devant de ladicte maison sur le Pillory, à l’endroict de la bouticque Pingat orphevre, demonstre assez l’antique fondation de ceste maison de dieu »[26]. A cette époque, l’auditoire, devenu royal, se situait rue de l’Hôpital dans un petit hôtel Renaissance comportant un bâtiment flanqué de deux ailes, hélas caché derrière d’autres immeubles construits sur une partie de sa cour (derrière les n° 27-29 de la rue). En 1579 en effet, le roi et la comtesse avait autorisé la construction d’un auditoire royal. C’est que depuis l’année précédante, le doyen de Notre-Dame voulut récupérer l’ensemble ou partie de ce qu’il avait échangé. On avait d’abord décidé de le construire à la Boucherie (rue Jean Garnier). Pierre Desmaisons Me charpentier et Jehan Bouloy Me maçon avaient « faict ung pourtraict d’iceluy », mais aucune suite ne fut donnée en ce lieu[27]. L’immeuble de la rue de l’Hôpital faisait office de Maison de ville, d’auditoire du bailliage et d’auditoire royal. Il est utilisé en avril 1583.

 

Cette étude montre que l’on ne gâche rien, que le moindre espace est utilisé soit collectivement soit individuellement mais au profit de la communauté. Que les fruits de ces communes et parfois même du bord des chemins — herbe, arbres morts ou branches mortes, fruits — tout est utilisé. Les noix sont récoltées et vendues à des fabriquants d’huile ou autres. Je trouve peu de traces de rentrées d’argent à ce sujet, mais cette mention à propos d’autre chose « le jour que les noix des communes avoient esté delivrees au moys de juing 579 ». Les noyers de la Haye à la baillive sont réservés pour l’huile des églises : la fabrique de l’église Notre-Dame reçoit par exemple, cette année-là, 50 pintes d’huile de noix du Pâtis, valant 9 sols la pinte (note de M. Matton). En ville, on tire aussi des loyers des portes, tours et murailles.

Voir aussi à propos des carrières communales : La pierre de Tonnerre

Article à venir : Portes, tours et murailles

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[1] Voir à ce sujet : Elie Thiré, « Droits d’usage dont jouissaient les habitants de Tonnerre au XVIe siècle », BSAHT, 1962, p 18-24.

[2] Voir : La pierre de Tonnerre.

[3] Ces trois terres sont contestées par les habitants d’Epineuil, j’y reviendrai dans Le finage d’Epineuil à venir.

[4] Ce document est transcrit dans A. Challe, Histoire du comté de Tonnerre, Auxerre, 1875, (Laffitte reprints 1979) p 261.

[5] D’après le manuscrit de Pierre Pithou, Tonnerre, BM, ms 12 f° 109.

[6] Auxerre, ADYonne, http://archivesenligne.yonne-archives.fr/ark:/56431/vtabc332f7e650cfb72/dao/0/layout:i ; même si cette carte est postérieure de plus de cent ans, elle demeure précieuse.

[7] On pourrait efficacement faire des recoupements avec des documents du XVIIIe siècle plus fournis en détails.

[8] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 50.

[9] Voir : Le bruslement de la ville de Tonnerre, et la suite.

[10] Tonnerre AM 4 CC 2 1561-1562, f° 2 v°-3 v° et 10 v°-11 v° : assemblée du 5 avril 1557 n.s.

[11] Voir Travaux publics urbains

[12] La livre tournois valant 20 sols, le compte est bon. Ceci est rappelé in : Tonnerre, AM, 4CC 2 1570-71 f° 11 v°-12.

[13] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée de septembre 1565 (sans précision), 4 CC 2 1565-1566 f° 9.

[14] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée du 16 septembre 1565. Comme nous l’avons vu, la charge habituelle consiste en 1 sols par livre (puis 5 sols par livre plus tard dans le siècle) la première année.

[15] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, noté au 5 avril 1566.

[16] Laurent Bourquin [ed.], Mémoires de Claude Haton (1553-1582, Paris, Éditions du CTHS, Collection de documents inédits sur l’Histoire de France, vol. I (2001) p 494, 495-496-503.

[17] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, noté à la suite de l’assemblée du 19 avril 1566.

[18] Voir sur ce blog : Locaux des Écoles

[19] A la Renaissance, l’Hôtel-Dieu est expressément ce lieu, jamais l’Hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles (qui, certes est un hôtel-dieu) n’est ainsi nommé. C’est pourquoi dans ce blog, je maintiens la distinction : il y a l’Hôtel-Dieu et il y a l’Hospital.

[20] L. Le Maistre, « Découverte d’un champ de sépulture à Tonnerre », BSSY, Auxerre 1849, vol III, p 22.

[21] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée du 6 juin 1564. On parle des comtes car depuis le décès de François du Bellay premier mari de Louise de Clermont, la famille du Bellay est en procès contre Louise pour récupérer et du bien et du titre. Il y a donc alors deux comtes présumés : Jacques du Bellay et Antoine de Crussol, second mari de Louise (en fait seule comtesse de Tonnerre).

[22] Voir Le tumulte de la porte Saint-Michel (1)

[23] Voir : L’Hôtel-Dieu-Notre-Dame

[24] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565 f° 23, BB 1-1 assemblées des 20 juin et 19 août 1565.

[25] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565 f° 23, BB 1-1 assemblées des 9 juin et 3 juillet 1565.

[26] Petitjehan P., Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estans. Un bref discours de ce qui c’est passé de nostre temps…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988, p 37.

[27] Tonnerre AM, 4 CC 2 1579-1580, f° 3 et 35-35 v°.

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