Arrivée du couple comtal

Suite de : Menaces sur la route de Dannemoine

Il fallait bien qu’un jour ou l’autre le nouveau comte se présente. Six témoins racontent à l’enquête de Saint-Michel l’arrivée du couple comtal à Dyé, village à 10 km de Tonnerre[1]. Sur les six, quatre sont de ce village : Joseph Piat, prêtre et vicaire de Dyé (40 ans), Jehan Millon, un marchand de 45 ans, Estienne Lenoir (27 ans), autre marchand et Esmon Crespin, laboureur de 35 ans. Témoigne également Philippe de Merey, religieux de l’Hôpital et André Merces, notaire et sergent au comté. Ce dernier a 60 ans et demeure habituellement à Tonnerre, mais il explique que sa maison ayant brûlé, il « s’est retiré audict Dyé, à volunté et esperance de reprendre son habitation aud. Tonnerre quant il aura commodité » — lorsque sa maison sera de nouveau habitable.

Tous ces témoignages sont concordants : Antoine de Crussol et Loise de Clermont arrivent à Dyé entre le 18 et le 20 juillet : « dix jours après que ladicte ville fust bruslee » ou « dix à douze jours après le feu », mais trois précisent « trois ou quatre jours avant la fête de la Magdeleine » qui est le 22 juillet. Le 18 pourtant, ils sont à Sens, bailliage dont dépend le comté où ils font insinuer au greffe devant notaire leur contrat de mariage, avant d’en faire autant au greffe de Tonnerre le 20[2]. J’opte finalement pour une arrivée le 19. Auparavant et depuis leur mariage, ils suivaient la cour. Catherine de Médicis venait de mettre au monde des jumelles. Une seule a survécu, Victoire, dont le baptême eut lieu le 5 juillet à Fontainebleau, réunissant toute la cour[3]. Ils ont été informés de l’incendie de Tonnerre, de la recherche d’incendiaires ainsi que de l’emprisonnement du maître d’hôtel de Loise Pierre de Langon entre le 11 et le 13 juillet. A leur tour, ils ont dû prévenir Langon de leur arrivée ainsi que l’Hôpital où ils souhaitent loger. En principe aussi, ils auraient dû prévenir les édiles, échevins ou élus[4].

Le comte et la comtesse se présentent à Dyé au matin. Ils ne viennent donc pas de très loin. En effet, la comtesse voyage en litière, suivie d’hommes à pied et d’un mulet chargé qui parcourent environ 4 à 5 km à l’heure. En recoupant les témoignages de l’ensemble de l’enquête, on peut se faire une idée du train de Louise et d’Antoine : ils sont accompagnés d’une dizaine d’hommes à cheval parmi lesquels des gentilshommes portant épée et des serviteurs ; ils ont aussi quatre ou cinq hommes de pied, dont deux laquais qui accompagnent la litière de Loise et d’autres qui conduisent des mulets transportant des bahutz. Ces coffres contiennent leurs vêtements, du linge et autres objets d’usage courant, voire de la vaisselle qu’il était habituel de transporter avec soi. Au total une vingtaine de personnes, ce qui est peu pour des grands seigneurs de la cour. Personne ne sait d’ailleurs si « quant lesdictz seigneurs vont par les champs » ce train leur est coutumier. Ferry de Nicey, un noble champenois interrogé, ne s’avance pas non plus : il ne sait, « pour ce qu’il n’avoit oncques frequenté ledict demandeur [Crussol], si, quant luy et sa femme vont par pais [pays], ils menent tant de train et tant de chevaulx. Mais à ce qu’il a ouy dire et au respect de sa qualité, il peult bien mieulx et davantaige ». C’est que le statut d’un seigneur se mesure aussi à son train. Le cortège n’est donc pas ostentatoire. Les laquais portent ses couleurs, à savoir pour Antoine de Crussol le bleu, l’incarnat et le blanc[5].

Litière

Il est possible qu’ils soient partis directement de Fontainebleau, en passant par Sens et que la veille au soir ils aient couché à l’abbaye de Pontigny dont les comtes de Tonnerre ont la garde et où ils ont droit de gîte. Ils ont également le droit de garde, mais pas de gîte, du prieuré de Dyé à une douzaine de kilomètres de Pontigny, quelque trois heures de marche. Ils y arrivent probablement vers 10-11 heures du matin pour pouvoir y disner.

André Merces, le sergent, relate qu’aussitôt arrivé le couple se dirige vers la « maison du prieuré » où il le fait appeler peu de temps après. A sa sortie, il informe Esmon Crespin, le laboureur, qu’il a été chargé par le comte d’aller à Tonnerre « porter lectre aux officiers et eschevins dudict lieu, afin de les faire venir pardevers eulx faire declaration », c’est-à-dire manifester publiquement leur reverence, présenter leurs respects. Merces gagne la ville à deux lieues de là. Il sait parfaitement où trouver les destinataires et dit simplement qu’il « y porta ladicte lettre à Pierre David, l’un des eschevins ». Il était d’usage qu’un porteur de lettre, s’il ne connaissait pas le contenu exact de celle-ci, ait en plus des consignes orales. Le sergent Merces annonce donc oralement à l’échevin qu’il doit se rendre avec d’autres auprès du comte et de la comtesse, à Dyé.

Il n’est pas vraiment surprenant de voir Loise de Clermont et Antoine de Crussol, tout nouveau comte de Tonnerre, s’arrêter à Dyé. La coutume veut qu’un nouveau seigneur fasse son entrée et que des échevins et notables de la ville aillent au devant de lui — signe de reconnaissance mutuelle. Ce n’est pas par hasard non plus si un maître d’hôtel a été envoyé depuis la mi-juin : il préparait leur venue tout en surveillant la passation de pouvoir. Mais l’ampleur du feu dans la ville ne permet pas aux Tonnerrois de se plier convenablement à cet usage. D’autant moins qu’ils commencent mal leur « cohabitation » avec ce nouveau comte ayant emprisonné quelques-uns de ses gens immédiatement après le feu, offensant du même coup la Maison comtale. Les Crussol ont été tenus au courant des événements. Ils savent l’opposition des Tonnerrois, la relaxe de leurs hommes et vraisemblablement aussi leurs réactions contre les habitants. Ils se doivent néanmoins de venir à Tonnerre. Il semble qu’ils aient désormais une raison de plus, celle de remettre de l’ordre et se faire respecter, être reçus et salués « ainsi que le subject est tenu de reverer et honorer son seigneur », comme le précise le vicaire d’Epineuil[6]. Ils viennent donc, mais font une halte avant d’entrer et envoient chercher les notables.

Il est probable que les autorités citadines aient été avisées de cette venue car tout paraît bizarrement bien préparé. Le sergent Merces trouve en effet Pierre David, l’échevin-receveur de l’année qui semble l’attendre en compagnie. André Chenu, sergent royal civil de Sens, ne vient à Tonnerre qu’en cas de problème, appelé par les échevins. Il se peut qu’en ces temps troublés, avec la recherche des incendiaires, il soit à Tonnerre, mais qu’il soit présent précisément en ce lieu, à cet instant, montre que l’on se prépare à la venue du comte et de la comtesse, et que l’on marche sur des œufs — de part et d’autre d’ailleurs. C’est sur son conseil, précise le sergent Merces, que les échevins répondent qu’ils vont se rendre à Dyé, auprès du comte et de la comtesse « ainsi qu’ils leur mandoient ». Tandis qu’ils discutent de la marche à suivre, ils envoient quérir d’autres notables ou apparents habitans. « Et de faict, à la mesme heure, se rassemblerent jusques au nonbre de seize ou dixhuict desd. habitans » qui enfourchent leur cheval et partent à la suite du sergent.

Pendant ce temps, à Dyé, le comte et ses gens ont déjeuné au prieuré. « Sur l’heure d’1 heure ou 2 heures après midi », une troupe de cavaliers arrive à Dyé. Les témoignages sont un peu flous sur leur nombre. Dix des présents sont nommés par les uns et/ou les autres : Maclou Le Vuyt prévôt ; Noël Chenu sergent royal ; Pierre David échevin-receveur ; Emond Allier échevin ; Denis Catin, Regnault Allier et Jehan Germain, tous hôteliers ; Jehan Fleuriet contrôleur du grenier à sel ; le contrôleur Cerveau ; un nommé Pinagot marchand de drap et deux ou trois autres connus de vue. Bien une quinzaine d’hommes, ce qui est significatif.

Tous ces hommes influents de la ville, officiers royaux ou du comté, riches notables vont déposer leurs chevaux chez Jehan Millon, puis se rendent à pied au prieuré, « ensemble et tous d’une compagnie » pour y « aller faire leur reverence ». Le sergent Merces y pénètre avec eux et peut témoigner : les Tonnerrois « se presenterent auxdicts demandeurs, leur feirent la reverence et tindrent quelques propoz que le deposant ne peust bien entendre, pour ce qu’il ne s’en approchea, sinon qu’il entendit que le seigneur de Crussol avoit espousé la dame contesse de Tonnerre ; les gratifiant de ce qu’ilz estoient veneuz à luy, leur dist et declara que luy et la dame contesse son espouse avoient deliberé aller ledict jour aud. Tonnerre. Leur feirent lesd. habitans response qu’ilz y seroient les bien venuz ». Une rencontre fort civile donc. Mais les choses vont se gâter.

En quittant le prieuré, des Tonnerrois appellent discrètement à part le sergent Merces. Ils l’informent qu’il va devoir amener à Tonnerre le comte et sa troupe, mais lui enjoignent « de crainte qu’il ne eust quelque mauvaise parolle du commun peuple, [de] les faire entrer par le pastiz et non par le faulxbourg de Bourgberault ». Esmon Crespin le laboureur entend de son côté que, voulant aller coucher à Tonnerre, le comte et la comtesse « passeroient par la porte des pastiz, et leur tiendroient le lieu plus commode à cause de la fureur du commun peuple », sans qu’il sache la cause de cette fureur. Le tableau est bien campé : d’un côté, des seigneurs qui, dans leur bon droit, veulent faire leur entrée mais inquiets aussi de l’état de la ville et de ses habitants ; de l’autre le peuple qui gronde et qui n’entend pas se laisser faire, craignant de nouveaux oultrages [violences corporelles] ; pris entre les deux, des notables qui agissent au mieux pour arrondir les angles. Passer par les pâtis signifie contourner le faubourg de Bourberault actuellement très habité en raison du feu, pour, à travers champs gagner le pont Notre-Dame et entrer par la porte de l’Hôpital vraisemblablement sans foule et la plus proche du lieu où ils se rendent.

Le peuple de Tonnerre voit donc d’un très mauvais œil l’arrivée de leurs seigneurs. On peut émettre quelques hypothèses. D’abord, ils sont encore complètement sonnés du feu qui a assailli la ville ; ceux qui ont perdu leur maison logent comme ils peuvent de-ci de-là, jusque dans leurs caves pour les plus pauvres ; certains remettent leur habitation en état ; tout le monde déblaie les gravas et libère les rues. La vie se réorganise tout doucement, mais voilà qu’arrivent les seigneurs de Tonnerre. Que viennent faire si vite après le feu le comte et la comtesse ? Un nouveau comte inconnu, un soldat dont on ne sait s’il va être pire ou meilleur que le précédent. Ne dit-on pas aussi que le nouveau comte est un homme du sud, il est vicomte d’Uzès, pays gagné comme sa famille par les « mal sentant de la foi » ? Enfin, la question lancinante demeurait : qui avait armé le bras des boutefeux emprisonnés pour lors dans les prisons de Troyes et d’ailleurs ? Et puis, il y avait eu les menaces sur la route de Dannemoine.

Entrée par le Pâtis
(d’après cadastre napoléonien – ADYonne)

Une heure après le départ des Tonnerrois de Dyé, le cortège du comte se met en branle et on les regarde partir, « tournans le chemin » pour se rendre à Tonnerre. En tête, André Merces qui se garde bien d’avertir qui que ce soit de la troupe de cette entrée pour le moins inhabituelle. En venant de Dyé, le plus approprié est d’entrer par la porte Saint-Pierre, mais le quartier a brûlé. Il est aussi possible d’entrer par le faubourg et de traverser la ville pour aller jusqu’à l’hôpital. On peut imaginer l’humiliation que ressentent Loise de Clermont et Antoine de Crussol que l’on fait entrer dans leur ville capitale comme des voleurs, par la rue Saint-Nicolas qui ne fait qu’effleurer l’extrémité du faubourg, pour contourner la cité par les champs. Alors qu’ils atteignent les pâtis, lieu proche de la ville « d’un traict d’arc », se présentent à nouveau LeVuyt, David et cinq ou six aultres, « tant eschevins que apparens habitans », qui leur font leur révérence et « salutations accoustumees », puis les escortent jusqu’en « la maison de l’hospital ». Le témoignage du sergent s’arrête là, car il rentre alors à Dyé.

Ce sont deux religieux de l’Hôpital qui livrent la suite de l’histoire[7] : frère Phelippe de Merey âgé de 24-25 ans, demeurant à l’hôpital depuis cinq ans et frère Phelippe Dupont, 36-37 ans, y résidant depuis quatorze ans. Tous deux disent que, arrivant de Dyé, le comte et la comtesse viennent, accompagnés des notables, prendre leur logis à l’Hôpital, vers les 5 à 6 heures du soir. Parmi ces notables, outre Emond Allier et Jehan Germain qui étaient à Dyé, on découvre Valentin Jacquinet, autre échevin[8], marchand, et Pierre Herard hôtelier. Aucun des frères n’a remarqué de problème quelconque à leur arrivée, ni que les comtes ou leurs gens n’aient été offensés « de fait ou de parole ». Pourtant, malgré l’accueil et la déférence traditionnels des notables, Louise, Antoine et leur suite ne sont pas dupes : on les fait passer par le pâtis, on les conduit très vite à l’hôpital, sur la porte duquel sont placardées des interdictions fort rares.

Le frère Phelippe de Merey ne sait si les échevins ou autres habitants d’importance se présentèrent de nouveau à Loise de Clermont et Antoine de Crussol « pour recevoir leurs commandemens, ainsi que l’on a accoustumé faire au seigneur », ajoutant que, dès le lendemain matin, le comte et la comtesse « se retirerent et s’en allerent au lieu de Crusy le chastel ». Ils décident donc de quitter Tonnerre très rapidement. Précisons qu’Antoine de Crussol a rendu hommage au roi pour la châtellenie de Crusy qui en dépend, mais n’a pas encore rendu hommage à l’évêque de Langres dont depend la majeure partie du comté : c’est comme s’il était pleinement seigneur à Cruzy, pas encore à Tonnerre. Pour autant, se retirent-ils par crainte du danger d’une émeute populaire ou par sagesse pour ne pas la provoquer ? Peut-être les deux. Voici, en tous cas, une première entrée catastrophique pour un nouveau comte en la capitale de son comté et un affront certain à l’égard de la comtesse. Son nouveau mari est accueilli par le peuple comme un ennemi et les notables semblent dépassés par les événements.

Intermède financier

Les événements qui s’enchaînent ne font pas oublier aux édiles l’état des finances de la ville. Le 13 février, le roi avait consenti à une taille municipale de 1000 livres, montant à 1141 L 3 s 4 d.t. avec les frais, pour subvenir aux « grandes et urgentes affaires de la communauté ». Le collecteur Jehan Coblan devait la lever en quatre termes, mais n’a pu le faire en raison du feu « par lequel ont esté bruslez et perduz plusieurs gaiges que led. Coblan collecteur avoit faict prandre sur plusieurs particuliers habitans la sepmaine d’avant led. feu qui escheoit l’un des quartiers ». Coblan n’a pu donner au receveur que 786 L 14 s. 7 d.t.[9] Voici un manque à gagner bien fâcheux. Puis le feu et des dépenses inattendues. Après avoir enlevé les gravas et nettoyé les rues et places, chacun récupère ce qu’il peut. La ville recueille quant à elle les restes de la cloche de l’horloge « qui estoit tombé cassé rompu ». Les procureurs de l’église Saint-Pierre vont alors vendre à des fondeurs de Troyes 700 livres de matière, en présence d’échevins, et récoltent ainsi 105 L.t.[10] Maigre consolation qui épongera quelques frais.

L’effervescence de la recherche des boutefeux et de l’arrivée des comtes s’apaisant, les échevins peuvent enfin revenir sur ces finances mal en point. La recherche des incendiaires avait coûté 159 livres 12 sols tournois et la ville réclamait des travaux. Une des premières mesures à prendre après un désastre est de demander, outre le renouvellement des deniers d’octrois[11], une exemption des impôts royaux. Les deniers d’octrois servent en principe à payer les travaux publics urbains, en particulier l’enceinte. La dispense des tailles est sensée quant à elle aider les Tonnerrois à reconstruire leurs habitations. Pour l’obtenir, il faut faire une supplique écrite au roi relatant les faits et les dégâts subséquents, ce qui suppose de monter à la cour. Les échevins ne peuvent s’éloigner tous en même temps et, pour épauler leur demande, ils font quérir un archer de la garde du roi, Claude Le Mas (du Mas ou de Mais) écuyer demeurant à Thorey et s’adjoignent le marchand drapier Claude Pinagot. Ce dernier, riche marchand troyen est en cours d’installation dans la contrée. En 1552, il a été établi procureur et receveur de Tanlay par Claude de Rieux épouse de François de Coligny d’Andelot avant de rejoindre son mari en Italie. Il achète des terres et a l’ambition de devenir « noble homme ». Il semble vouloir compter à Tonnerre où il habite et s’était fait remarquer lors de l’arrivée des comtes. Outre ces deux hommes, la délégation comprend Eymé Cerveau, procureur des habitants, Hugues Sellier qui a l’habitude des tribunaux parisiens et deux échevins, Aignan Lhermitte et Pierre David receveur[12]. Le roi doit se trouver à Paris dans les jours qui viennent. Aller à Paris implique des frais. Or, les caisses sont vides. En prévision de cette démarche, les procureurs et marguilliers de l’église Saint-Pierre et les fabriciens de l’église Notre-Dame avaient vendu « quelques matieres des cloches des paroisses fondues par le feu qui ont este trouvées parmy les betins [gravas] desdictes eglises ». Sur cette vente chaque église donne 60 L.t. au receveur David[13]. Le voyage coûtera 107 L 6 s 5 d.t. de frais et 9 L 12 s.t. pour le salaire de Me Eymé Cerveau. La délégation quitte Tonnerre le dimanche 26 juillet.

Nous ne possédons pas la supplique des Tonnerrois, mais bien la lettre patente du roi qui habituellement en reprend les termes. Elle est datée du 30 juillet 1556. Henri II, « ayant esgard aux grandes pertes et dommages que lesd. habitans des ville et faulxbourgs dudict Tonnerre ont faictz et supportez à l’ocasion du feu nagueres mis par aulcuns incendiaires en ladicte ville qui l’a totallement ars et bruslee », les affranchit et exempte du payement « des tailles, creues, aydes et souldes des 50 000 hommes de pied et de toutes autres impositions de subsides mis ou à mectre en cestuy royaulme pour quelque cause ou occasion que ce soyt », et ce pour deux annnées consecutives à partir de ce jour. Le roi stipule qu’il veut décharger le plus possible les manans et habitants de Tonnerre « à fin qu’ilz ayent d’aultant meilleur et plus aysé moyen de se resouldre desdictes pertes[14] et reparer et reediffier lesd. ville et faulxbourgs ». Henri II ordonne à tous ses gens de finance de laisser jouir les Tonnerrois « plainement et paisiblement » de ce privilège sans leur faire aucun trouble. La lettre est enregistrée au greffe par le contrôleur général des finances le 1er août et confiée à Pierre David, le lendemain[15]. Mission accomplie. La délégation profite d’être à Paris pour poursuivre d’autres affaires dont celle contre les incendiaires et est de retour à Tonnerre le 6 août. Le 8, la lettre royale est enregistrée au greffe de la prévôté et publiée. C’est plus de 1500 livres tournois[16] qui ne sortiront pas des poches des contribuables. En pays d’élection, la taille est dite personnelle, c’est-à-dire que son montant se calcule sur le revenu estimé (donc supposé) de chacun et ne pèse que sur des biens roturiers. Comme toute exonération d’impôt, celle-ci va privilégier les plus riches mais constitue malgré tout une bouffée d’oxygène pour la cité.

Tandis que les comtes s’installent à Cruzy-le-Châtel, les Tonnerrois vont connaître de nouveaux tracas…

SUITE : Meurtre hors les murs

____________________________________________

[1] Tonnerre, BM, ms 19, fait justificatif n° 21, témoins n° 33, 58, 59, 60, 61 et 62, f° 110 v° à 118 v°.

[2] Indiqué à la fin de leur contrat de mariage (chartrier d’Uzès, , layette 67, n° 8, f° 15-16) et dans Tonnerre, BM, Ms 24, f° 105-824).

[3] Lettre de Wotton, ‘Mary: August 1556’, Calendar of State Papers Foreign, Mary: 1553-1558 (1861), p 242.

[4] Je parle au conditionnel par manque de documents sur ce sujet.

[5] Les sergents du comté portent aussi ces couleurs, comme indiqué dans un règlement forestier, voir : https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/06/11/la-livree-des-sergents/

[6] Tonnerre, BM, ms 19, témoin n° 4, f° 8.

[7] Tonnerre, BM, ms 19, témoins n° 33 et 46, f° 72-74 v° et 91 v°-93.

[8] Les échevins, au nombre de six, ont été élus fin septembre 1555 et exercent pour un an : ce sont Pierre David, le « receveur des deniers communs », Jehan Cadot, Edmon Allier, Valentin Jacquinet, Aignan Lhermitte et Pierre Garnier. Seul Cadot n’est pas présent à cette entrevue. C’est en effet le moment où il est allé à Mussy rencontrer l’évêque de Langres.

[9] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556 f° 15 v°.

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556 f° 13.

[11] La ville reçoit 2 sols 6 deniers tournois sur chaque minot de sel vendu en son grenier et le droit de courte-pinte, soit 10 % sur le prix du vin vendu au détail en ville.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556 f° 25 v°-26 et 42.

[13] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556 f° 12 v°.

[14] De se resouldre desd. pertes : de réduire et annuler leurs pertes.

[15] Tonnerre, AM, 4 CC 3 pièce 15.

[16] Plus de 1300 livres d’impôts réels et 150 à 200 livres pour les frais de répartition et de collecte.

___________________________________________

2020 © Tonnerre Histoire. Tous droits réservés pour tous pays.