Jehan Ratat, receveur de l’hôpital

Jehan Ratat est le fils de Nicole Jaquin et peut-être de Fiacre Ratat signalé dans un rôle de taille en 1532 ? Je ne sais rien ni de l’une ni de l’autre famille. Il a une sœur Catherine, veuve de Regnault Allier, riche famille de bouchers tonnerrois, ce qui tendrait à prouver que les Ratat sont déjà bien implantés en ville. Cette sœur épouse en 1553, un sculpteur, Jehan Germain. Jehan Ratat ne se dit jamais « licencié ès lois », il est néanmoins clerc en 1552 et notaire en 1553[1], où il traite des affaires de la ville avec le comte par l’intermédiaire de Geoffroy de Cenami, et dans un procès entre la ville et l’Hôpital. En tant que notaire, il est dénommé Me Jehan Ratat.

Il n’y a point de notaires royaux dans le comté avant 1576. Les offices de tabellion ou de notaire sont seigneuriaux et affermés pour six ans par le comte, éventuellement renouvelables. Un notaire prend donc son office à bail et en paye chaque année une redevance, qui paraît être de 15 à 20 L.t. à Tonnerre. Le notaire touche 2 s 6 d. pour un acte ordinaire ; de 3 s à 6 s 3 d.t. pour une copie d’acte ; 25 s.t. pour une copie d’un gros document officiel (vidimus). Pas de quoi s’enrichir. Aussi pour améliorer leurs revenus, les notaires cumulent-ils souvent d’autres fonctions judiciaires (comme greffier ou procureur fiscal) ou municipales (fermier, collecteur), ont un autre métier, ou ne se contentent pas d’écrire mais portent aussi les documents (Paris, Sens, Troyes ou Auxerre). C’est ce que fait Jehan Ratat en 1552, alors qu’il est encore clerc : il touche 12 s 6 d pour une grosse portée à Sens. Quelle sera ensuite sa stratégie ?

Installé comme notaire, il va, après quelques années, pouvoir épouser une jeune fille de la bonne société tonnerroise. Le contrat de mariage est signé le 17 novembre 1560 chez le notaire Estienne Moreau avec qui il a travaillé[2]. Le marié Jehan Ratat, majeur (plus de 25 ans), est accompagné de sa mère, honneste femme Nicole Jaquin, de sa soeur Catherine Ratat, et de damoiselle Jaqueline de Perseval dame de Bernol. La mariée Nicole Gerard mineure (moins de 21 ans) est en présence de son père et tuteur, honnorable homme Pierre Gerard commissaire à faire venir les deniers de la recepte de l’élection de Tonnerre, de honnorable femme Jaqueline Cerveau et de messire Jehan Gerard prebtre chanoine de Tonnerre. Ce dernier sera aussi témoin avec Emon Du Ban vigneron d’Epineuil, où les Gerard ont des biens.

Jehan Carrey, le grand-père maternel de la mariée, était sergent de la ville en 1532. De son mariage avec Marguerite, il eut cinq enfants, dont Estienne, Pierre et une fille, épouse Gerard, mère de la mariée. Pierre Gerard, le père, est commissaire à l’élection de Tonnerre, c’est donc un commis royal, qui se fait accompagner de Jacqueline Cerveau d’une famille de notables tonnerrois. Quant à Ratat, il est greffier de l’élection proche lui aussi de Jehan Canelle élu pour le roi en cette élection, d’où sans doute la présence de son épouse Jaqueline de Perseval, dame de Bernouil. Tous ces gens, sauf Ratat, se qualifient d’« honneste » ou d’« honorables », ce qui dénote la bourgeoisie marchande ou de robe. Cinq mois plus tard, Jehan Ratat signe une quittance de cent écus, soit pour ces années 1560 l’équivalent de 250 livres tournois. Ce contrat dévoile une alliance bourgeoise, de gens aisés mais encore loin d’atteindre le montant des dots de 1500 L.t. des familles Canelle, Piget ou Perseval (Perceval), familles plus avancées dans la fortune et l’acquisition de terres ou de fiefs, en quête de noblesse.

Ce contrat nous apprend qu’une part des successions de la mère, de deux oncles et de la grand-mère maternelle est due à Nicole Gerard. Nous sommes en pays de coutumes à l’héritage égalitaire entre tous les enfants, filles-garçons, aînés ou cadets. Par conséquent les successions, estimées à 178 L 8 s.t., sont également partagées entre les cinq frères et sœurs. Nicole reçoit sa part à l’occasion de son mariage, soit 35 L 13 s 7 d.t. Pierre Gerard s’engage également à donner au couple 50 écus sol (monnaie d’or) ou, selon le choix du futur, à donner ce qu’il percevra chaque année comme fruits et rentes sur les héritages précédents. Enfin, le père consent un « avancement de mariage » à sa fille, soit 50 écus soleil, des vêtements « selon son estat et lieu dont elle est issue », un trousseau consistant en un lit « garny » avec courtines, couverture et dix draps qui demeureront « ungs et commungs suyvant la coustume du baillage de Sens ». De son côté, Jehan Ratat devra offrir des bagues et joyaux à concurrence de 15 écus sol. Le dernier survivant prendra, avant partage, « tous ses habitz, bagues et joyauz avec son lict garny » et Nicole est douée d’un douaire de 50 écus sol ou des bénéfices de cette somme à son choix.

L’année suivante, Jehan Ratat reçoit les cent écus des mains de son beau-père (ce qui montre qu’il a préféré l’argent aux éventuels bénéfices), et continue d’exercer son office de notaire juré, et est sans doute déjà promu greffier en l’élection de Tonnerre. Il achète alors deux pièces de terre au finage de Tonnerre. En 1564, toujours greffier mais aussi notaire, il acte beaucoup pour l’Hôpital dont il cherche à se rapprocher. Encore deux ans et il acte pour Antoine de Crussol et dame Loise de Clermont[3], devenus duc et duchesse d’Uzès. Il a alors déjà deux fils, l’aîné Jehan né vraisemblablement en 1561, et le cadet Odet, tous deux mineurs au décès de leur père.

Au cours de l’assemblée des habitants du 29 septembre 1567, Pierre Gerard son beau-père est nommé échevin (pour un an, d’octobre à octobre). Lors de cette même assemblée, il est fait référence à l’article 72 de l’ordonnance de Moulins (février 1566) qui stipule que dans les villes, on élise des bourgeois pour veiller à la police sous la juridiction des juges ordinaires. Voici le libellé lors de l’assemblée : « Sur le 3e article par lequel lesdicts eschevins ont pareillement requis lesdicts habitans choisir et nommer quatre personnages et chascun d’eulx cappables et suffisans pour, pendent le temps de six moys ou ung an pour le plus, occuper l’office de juges bourgeoys et politiques suyvant l’edict du roy nostre sire ». Après lecture, viennent les remontrances de Cerveau et Richardot procureurs des comtes[4], qui protestent « que ladicte election ne puisse prejudicier aux droictz et prerogatives de mesdictz seigneurs, ny que lesdictz juges puissent entreprandre sur leurs juridictions (c’est-à-dire fassent de l’ombre au prévôt comtal) / Pour lors avons octroyé lecture / Ce faict sans prejudice desdictes protestations lesdictz habitans ont eleu et nommé pour lesdictz juges bourgeoys et politiques pour ung an qui commencera au premier jour d’octobre prochain Mes Jehan Ratat, Zacharie Levuyt procureur en ce baillage, Pierre David et Guillaume Cerveau marchans ». « Politiser » n’a, en ces siècles, que le sens d’administrer ou de civiliser, tout comme « policer » ; l’adjectif politicque signifie relatif au gouvernement de la cité. Il s’agit de gouverner, mais en paix. Le mot désigne le civil face au religieux. Dans ces années-là, sont « politiques » les membres du cercle du chancelier Michel de l’Hôpital (protestants et catholiques, dont fait parti Antoine de Crussol) qui, partisans de la tolérance et de la paix, admettent que le royaume puisse avoir deux religions[5]. Je soupçonne Jehan Ratat et Zacharie Le Vuyt d’être huguenots ou sympathisants, ainsi que les deux autres catholiques modérés, tous des politiques. Comme partout en France, on connaît mal l’efficacité de cette mesure qui semble n’avoir pas duré. Toujours est-il que voici Jehan Ratat et son beau-père devenus notables.

J.RATAT

Et l’ascension n’est pas terminée. A l’élection suivante en septembre 1568, Me Jehan Ratat est élu échevin et en janvier suivant, Crussol le nomme receveur de l’Hôpital. Un poste de confiance, important et très prenant. Il consiste à faire entrer les recettes et dépenses de l’Hôpital en espèce ou en nature, à donner chaque semaine au dépensier (un religieux) l’argent ou les biens nécessaires à faire tourner la maison, à répondre à chaque injonction du maître ou du comte et de la comtesse sur des factures à payer ou autres nécessités. Par exemple, dès le 15 janvier 1569, à cause des troubles aux alentours, Ratat est requis pour « le transport des tiltres et papiers dudict hospital menez au chasteau d’Ancy le franc »[6]. C’est alors le siège de Noyers. En mars, ayant refusé une garnison à Tonnerre, la ville se met en défense et, bien sûr, le sieur Ratat fera partie du guet, assumant là son rôle d’échevin. Etre échevin n’est pas non plus de tout repos ; j’en parlerai par ailleurs.

Vers la fin de son mandat, en juin 1569, Jehan Ratat est commis à la recette du comté de Tonnerre par le comte et la comtesse. Un état qui durera six ans (mais avec d’autres). Pendant ces six années il va cumuler receveur de l’Hôpital et du comté. Il est vrai que le comte, comme la comtesse sont très attentifs à ce qui se passe à l’Hôpital. Le receveur gère aussi les procès, les ventes de bois, etc. Ratat ne ménage pas sa peine et continue de prendre part aussi aux affaires de la ville (un moyen de se faire respecter, de faire son devoir et de s’enrichir). Il est vrai que les choses vont mieux depuis la nomination, en 1568, de Maurille de Lymelle comme maître de l’Hôpital, et celle en1572 de Pierre Pithou comme bailli du comté. Tous ces hommes, Lymelle, Pithou, Ratat sont des personnes modérées et de confiance. Jusqu’à la fin, Ratat restera receveur de l’hôpital. En 1573, il achète une chènevière et un droit de passage pour aller en ses vignes à Epineuil. Il fait aussi un échange avec Georges Testevuyde, peintre et voisin, qui lui cède « une chambre haute et comble dessus, la visz pour y monter avec les aisances et apartenances d’icelle ». Il pourrait s’agir de l’étage de la maison qu’il habite. Ou pas ! Et d’ailleurs, nous ne connaissons pas les termes de l’échange. En 1577, le couple Ratat achète à Pierre Regnard tanneur et Jehanne Germain sa femme « une chambre basse estant du logis de feu Pierre Regnard ». Il s’agit encore de parents puisque Jehanne Germain est sa belle soeur. Le 17 juin 1581, Jehan Ratat paye encore une facture à l’Hôpital[7] et peut-être d’autres que je n’ai pas vues. En février 1582, sa femme dit qu’il est mort depuis environ huit mois, ce qui paraît tôt. On apprend sa mort le 19 octobre.

En étudiant l’inventaire qui a été fait après son décès, nous allons voir un intérieur certes cossu mais sans ostentation, un homme aisé mais dont la fortune n’est pas énorme. Personnalité plutôt discrète (voir sa signature bien que ampoulée comme cela se faisait chez les notables), Jehan Ratat est un homme très appliqué, sérieux, dévoué, cherchant à installer son honorabilité (« honnorable homme Me Jehan Ratat », après 1570) et à poursuivre son ascension sociale, sans toutefois rechercher la noblesse comme d’autres bourgeois robins de Tonnerre ou d’ailleurs. Je le soupçonne d’être réformé en raison de la relative humilité de son intérieur et de sa garde-robe, du fait qu’il a prénommé un de ses fils Odet, comme le cardinal de Châtillon converti et frère de chefs huguenots, et surtout à cause de son emploi à l’Hôpital et auprès du couple comtal qui, comme serviteurs, favorise toujours les réformés et les protège. Ce n’est qu’une hypothèse…

Bien sûr, le couple Ratat n’est pas dans la gêne : il reçoit annuellement 17 bichets de bled par quart (froment, méteil, orge et avoine). Je ne sais pas estimer exactement, mais tout ceci semble au-delà des besoins de cette famille de quatre personnes ou cinq avec une servante et n’ayant pas de chevaux. Le surplus, l’avoine en particulier, est revendu. Ils possèdent aussi et font exploiter 4 journaux et demi et un arpent de terre, 3 quartiers de pré (3/4 d’arpent), un quanton de chenevière. Le gros de la fortune immeuble est en vigne, dont 38 hommées à Epineuil et 7 à Tonnerre, ce qui au total donne environ 4 arpents et demi et une récolte plus que suffisante pour la consommation de la maison. Comme le décrit l’inventaire, la plupart de ces biens proviennent d’héritages de son épouse et non d’achats durant la carrière de Ratat, pour autant que l’on puisse se fier à l’inventaire.

 


Pour en savoir plus sur Jehan Ratat, voir aussi sur ce blog : 


[1] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1552-53 f° 14, 21. Les comptes de la ville disponibles aux archives ne commencent que pour l’exercice 1552-1553.

[2] Tonnerre, AH, E 134. Voir la transcription dans Généalogie : Contrat de mariage Ratat-Gerard

[3] Tonnerre, AM, 2 DD 1, 5 mai 1566.

[4] Il y a alors deux comtes de Tonnerre, Antoine de Crussol et Jacques du Bellay, en raison de l’héritage pas encore réglé de François et Henry du Bellay, premier mari et fils décédés de Loise de Clermont.

[5] Le terme glissera encore de sens, je renvoie à l’analyse savante de Marie-Luce Demonet, « Quelques avatars du mot politique (XIVe-XVIIe siècles) », Langage et Société, 2005/3 (n° 113), Paris, MSH, en ligne

[6] Tonnerre, H, E 95-2.

[7] Tonnerre, H, E 132-1

 


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Demandes d’aumône à l’hôpital

L’hôpital Notre-Dame des Fontenilles de Tonnerre accueille des « paouvres malades », des orphelins et accorde aussi des aides, généralement ponctuelles, à des indigents ou invalides, après « enquête » − simple prise de renseignements. Ces aides sont de différentes sortes : nature, argent, ou mise en nourrice d’un jeune enfant. Voici quelques exemples de suppliques pour obtenir une telle aide.
Ces demandes nous apprennent comment tout-à-coup tout bascule chez des gens souvent déjà en précarité. Ici un soldat et un manouvrier invalides, une veuve abandonnée pour un temps et une autre sans ressources.

• Demande d’assistance au duc d’Uzès, comte de Tonnerre de la part d’un vieux soldat mutilé
Réponse du duc d’Uzès (25 mars 1564 n.s.)
(Archives de l’Hôpital N.D. des Fontenilles de Tonnerre, E 84-2)
« Anthoine conte de Crussol et de Tonnerre, chevalier de l’ordre du Roy, Conseiller en son privé conseil, Cappitaine de cinquante hommes d’armes et chevalier d’honneur de la royne au Me administrateur de nostre hospital de tonnerre, commissaires et recepveur d’icellui / Comme nous avons bien asseurement esté advertiz de la pauvreté et mendicité de Celerin Barbes habitant de Cussangy près Chaource chargé de femme et enfans et ayant esté estropié de ses membres au service du Roy / par quoy il seroit encores tres pitoyable et aulmosne charitable de subvenir à sa necessité mesme sur l’extresme vieillesse où il est conduict au moyen de laquelle il ne peult travailler pour gangnier sa vye nous esmeuz de pitié pour son indigence / luy avons ordonné sur nostre hospital de Tonnerre pour ses alimens et nourriture chascun an et tant qu’il vivra la somme de cinquante livres tournoiz que nous voulons luy estre par vous payee de quatre en quatre moys, à lad. raison revenant pour chaque quartier à seize livre treize solz quatre deniers que monseigneur vouloit luy estre advancee / Affin qu’il puisse avoir moyen de se nourir et alimenter ci vous mandons que des deniers provenants des revenuz de nostre hospital vous ayez par chascun an à bailler aud. Celerin lad. somme de 50 L. et ce quartier par quartier comme dict dessus, en rapportant le vidimus de la presente signé et collationné pour une foys seullement avec quictance dud. Celerin. Nous voulons et ordonnons lad. somme vous estre passee et allouee par chascun an tant qu’il vivra en la despense de voz comptes deduicte et rabattue de votre recepte / En foy de quoy nous avons signé la presente de notre propre main et fait sceller du scel de noz armes / Faict à Troyes le xxbe mars mil cinq cent soixante troys avant pasques / Ainsi signé Crussol scellé de ses armes et en dessoubz Boulaye ».

Il s’agit ici du vidimus ou double copié sur l’original par deux notaires de Troyes le même jour. Antoine de Crussol est alors présent à Troyes avec la cour − c’est le début du grand Tour de France (voir le Tumulte à la porte Saint-Michel (1)). Il est probable que Célerin Barbes (ou Barbès ?) fit partie de sa compagnie puisque c’est à lui qu’il s’adresse plutôt qu’à un autre grand seigneur, mais ce vieux soldat sait aussi que le duc d’Uzès est comte de Tonnerre et peut intervenir pour lui auprès de l’hôpital ND des Fontenilles.

Est attachée la quittance de l’intéressé du 22 décembre 1564, qui reconnaît avoir reçu la somme de de 16 L. 13 s. 4. d t. « pour les mois de decembre janvier febvrier et mars faisant un tiers de la somme de 50 L. de pension laquelle m’avoit esté donné et assigné par l’ordonnance de monseigneur de Crussol conte dud. lieu de Tonnerre sur les deniers de la recepte dud. hospital », ordonnance qui « avoit esté confirmee et allouee par noble seigneur reverend pere en dieu Toussaincts de Malessec abbé de la Roche, general et maistre administrateur dud. hospital ». L’argent lui a été remis par Jehan Guyon marchant demeurant à Tonnerre, admodiateur [fermier] du four banal de Cruzy-le-Châtel « dependant de l’hospital de nostre dame de Tonnerre ».
Fait à Cussangy chez les notaires Royer et Despaignes de la baronnie et châtellenie de Chaource le 22e jour de décembre 1564
Signé des notaires et de Celerin Barbes

On remarque que cette prise en charge par l’hôpital de Tonnerre est accordée à un étranger au comté et qu’un soldat, écuyer de surcroît, reçoit une aumône plus élevée qu’un artisan, une veuve ou même un soldat non noble par exemple (environ quatre fois plus). L’aumône est estimée en fonction des besoins de la personne dont fait aussi partie sa condition, c’est-à-dire son statut et son rang dans l’échelle sociale.

• Demande d’assistance au comte de Tonnerre de la part d’un manouvrier tonnerrois ne pouvant plus travailler pour cause de maladie (31 mai 1570)
(Tonnerre, AH, 99-3)
« A Monseigneur le duc duzez, comte de Tonnerre / Supplie humblement Mathieu Desmaisons paouvre manouvrier de ce lieu de tonnerre, comme ainsi soit que puys quinze mois en ça il avoit esté sans travailler en raison de maladie qu’il soyt demeuré du tout impotent et sans avoir moyen de gaigner quelque denier pour le nourrir et non seulement luy mais sa femme / pour ce faire il n’a aucuns moyens ayant vendu le peu qu’il avoyt et qu’il n’a aucuns immeubles sinon deux hommees de vignes / Ce consideré monseigneur, mesme qu’il est habitant de cette ville de tonnerre, il vous plaira ordonner aux officiers de vostre hospital dud. tonnerre de luy adjuger certaine somme de deniers ou vivres qui seront distribuees / quoy faisant vous obligerez led. suppliant et sa paouvre famille de prier dieu pour vostre noble prosperité.
« Sur le renvoy à moy faict de la presente requeste par mon seigneur le duc duzes, et après avoir entendu la maladie pauvreté et estat du suppliant selon le rapport qui m’en a esté faict par les vicaire, depensier et cirurgien de cest hospital, avec Nicolas Seguyn pelletier, il est ordonné qu’il sera delivré par le recepveur d’icelluy hospital un moicteron de bled aud. suppliant par chacun moys jusqu’à ce qu’il autrement en soit ordonné pour luy aider à vuivre durant sa maladie Et rapportant la quictance […]. Faict à Tonnerre par moy soubsigné Me et administrateur dud. hospital le penultieme jour de may 570 », signé M. de Lymelle.
La quittance du 31 mai suivant indique que Matthieu Desmaisons a reçu « ung moytron de bled froment ».

Mathieu Desmaisons est d’une famille de maçons et charpentiers plus aisés que lui qui semble être le parent pauvre. Il habite au faubourg du Pont où il y a encore peu d’habitations mais qui se construit de plus en plus. Sur le rôle de tailles de 1569, il n’est imposé que de 3 sols tournois (contre 25, 35, 35 et 70 livres t. pour les autres Desmaisons), et 1 s. 8 d.t. en 1570, année de sa requête au duc d’Uzès. En 1571 il ne paye rien étant couché sur la liste des mendiants de la ville. Il meurt avant le rôle de 1572 où il n’y a pas trace non plus d’une veuve. Il est probable qu’il travaillait pour Nicolas Seguyn, un pelletier de la rue de l’Hôpital, puisque celui-ci avait été interrogé à son sujet. Ici, Mathieu Desmaisons reçoit une aumône en nature. Ce moicteron ou moytron, dit encore metoyon ou mesure correspond à ½ bichet, mais je ne connais pas l’équivalent en litres.

• Demande d’assistance au comte de Tonnerre de la part d’une veuve sans ressources et ayant à charge un enfant handicapé (27 mars 1568)
(Tonnerre, AH, E 94-2)
« A Monseigneur monsr. le duc duzaiz, comte de crussol et de tonnerre /
Supplie tres humblement Anne Truillier (qui semble de Dannemoine) vesve de feu Estienne Tartarin à vous Mond. seigneur comme ainsy soyt que lad. suppliante soyt demeuree chargee par le decez de sond. mary d’une pauvre petite fille qui estoyt sa niepce et laquelle il nourrissoyt par pitié qu’il avoyt d’elle, congnoissant qu’elle n’avoyt aulcun moyen de vivre comme encores à present elle n’a, ny pareillement ladicte suppliante, depuis ledict decez parceque son feu mary ne luy a rien delaissé et n’estoyt asseuree en son vivant que au gain qu’il faisoyt au travail de son corps / tellement que lad. asseurance perdue lad. suppliante est contraincte se retirer et complaindre à vous et vous supplier qu’il vous plaise de vostre bonté accoustumee ordonner que lad. petite fille (qui est impotente et percluse [infirme] des deulx jambes) sera receue nourrie et alimentee en la maison de l’hospital de ceste ville de tonnerre ou qu’une provision luy sera baillé par chacun moys ou sepmaine par le recepveur dud. hospital / et user de telle humanité que vostre noble discretion advisera / Ce faisant lesd. suppliante et pauvre fille à jamais prier dieu pour vostre prosperité et santé ».

Le duc et la duchesse d’Uzès sont alors à Tonnerre pour un mois, après l’édit de Longjumeau qui met fin à la deuxième guerre de religion.

Après enquête sur la véracité de ces dires, Maurille de Lymelle, Me et administrateur de l’hôpital, ordonne au receveur de lui donner 5 sols tournois par semaine « jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné ». Fait à Tonnerre le 27e mars 1568.

• Demande d’assistance au Me de l’hôpital de la part d’une Tonnerroise mère de cinq enfants, enceinte et sans ressources car son mari a suivi la duchesse d’Uzès en voyage (25 octobre 1568) (Tonnerre, AH, E 95-4)
« A MonSr le maistre et administrateur de l’hospital notre dame de fontenilles de tonnerre. Supplye humblement Catherine femme de Toussainct Vollereau vinaigrier de tonnerre chargee de cinq petits enffans et estant en saincte preste à gesir n’ayant aultres biens / Comme dès le depart de madame la duchesse duquel led. Vollereau son mary l’auroit delaissee pour aller mener quelques hardes à quelques gentilzhommes du service de madicte dame sans luy laisser aulcuns deniers ny mesme bled pour vivre et manger, a esté contraint vendre pour subvenir à la nourriture de sesd. petits enffans, en sorte qu’elle n’a pour le present moyen de vuivre / Ce consideré monSr il vous plaise accorder vostre benigne grace par aulmosne luy faire bailler et livrer par vostre recepveur quelque somme de deniers par chascune sepmaine pour le temps qu’il vous plaira et pour suvenir à la nourriture et entretennement d’elle et de sesd. enfans / Ce faisant elle sera tenu prier dieu pour vostre noble prosperité et santé.
« Informé du contenu en la presente, il est ordonné qu’il sera delivré pour pension pour ung moys à la suppliante pour ayder à nourrir ses enfans, deux bichetz de bled par les mains du receveur de l’hospital. Faict à tonnerre par moy soubsigné Me et administrateur dud. hospital le xxbe octobre 568 »,
Signé M. de Lymelle
Cette pension est poursuivie le 27 novembre pour trois mois « ayant esgard à sa charge et que son mary n’est de retour », « et depuys s’est continué pour deux autres moys atendu ladicte absence ».

Toussaint Vollereau, vinaigrier, habite avec sa famille au faubourg de Bourberault. Il fait partie des artisans pauvres, puisque sur le rôle de tailles de 1569, il n’est imposé que de 4 deniers tournois, 2 sols t. en 1570 et 2 s. 6 d.t. en 1571. Sa situation s’améliorera en 1572 où il est requis pour 20 sols, soit 1 livre tournois. Accompagner la duchesse en voyage fut une aubaine à saisir pour gagner quelques deniers. Le duc et la duchesse étaient passés à Tonnerre en juin et partis en juillet pour le sud. Sans doute le vinaigrier ne pensait-il pas s’éloigner si longtemps, car il ne s’agit pas là d’un abandon. Catherine Vollereau a tenu trois mois et obtient une aide pour six mois, de fin octobre 1568 à fin avril 1569. Louise de Clermont revenant à Tonnerre le 9 avril, il est probable que Toussaint Vollereau l’ait suivie tout ce temps (la duchesse arrive toujours quelques jours avant ses « porteurs de hardes »).

Voici d’autres exemples de suppliques pour obtenir une aide auprès de l’hôpital de Tonnerre, ou comment tout-à-coup tout bascule chez des gens souvent déjà en précarité. Ici un artisan ruiné par la guerre, une veuve abandonnée par son mari mort à la guerre, une autre dont le mari a été tué par des soldats, et une jeune fille orpheline.

• Demande d’assistance au Me de l’hôpital de la part d’un artisan de Tanlay ruiné par les gens de guerre (12 décembre 1568) (Tonnerre, AH, E 99-2)
« Supplye humblement Jehan Memenault paouvre artisan demourant à Tanlay, comme ainsi soit qu’il ayt esté ruyné et tout son bien perdu par les gens de guerre qui ont deu passer par led. lieu allant et venant à Noyers, mesme à la prise du chasteau de Tanlay / et qui plus est luy est demeuré sa femme si malade qu’on y attend plus tost la mort que la vye / et oultre chargé de sept petitz enfans, l’esné aagé seulement de 9 ans / tellement que led. suppliant est en si extreme necessité que si de vostre benigne grace n’y pourvoyiez et regardiez en pitié, il et sa famille est en danger de morir de faim.
Ce consideré monsieur en ensuyvant vostre bonté accoustumee il vous plaira impartir aud. suppliant quelque bienfaict de vostre revenu pour luy ayder à norir et entretenir sesd. femme et enfans durant cest hyvert ou aultre temps qu’il vous plaira / attendant le nouveau temps qu’il puisse travailler de son mestier / Ce faisant monsr il sera tenu à jamais prier dieu pour vostre noble prosperité et santé ».
« Apres nous estre suffisamment informé de l’estat et pauvreté du suppliant il est ordonné que par le recepveur dud. hospital il luy sera delivré par chacun moys trente solz tz jusques à autre ordonnance, rapportant quictance [… ] / faict à Tonnerre par nous Maurille de Lymelle escuyer Me et administrateur dud. hospital le douzieme decembre 1568 », Signé M. de Lymelle

Tanlay, village à 10 km de Tonnerre, avait pour seigneur un des chefs huguenots de la famille de Châtillon, François d’Andelot (colonnel général de l’infanterie et frère d’Odet cardinal de Châtillon et de Gaspard amiral de Coligny). Avec le prince de Condé, seigneur de Noyers à 20 km de Tonnerre, François d’Andelot s’était enfui à La Rochelle en août 1568. Ce fut le début de la 3e guerre au cours de laquelle − pour ce qui concerne la région − ont lieu les sièges de Noyers et de Vézelay, ainsi que de nombreux passages de troupes de tous bords. Tonnerre et les villages en ont souffert et l’histoire de Jehan Memenault ne s’arrête pas là. Sa femme devait être bien atteinte, car on découvre deux ans plus tard qu’un de ses enfants, sans doute le dernier né, avait été confié à une nourrice dès novembre 1568 et que en 1570, lui-même est décédé.

(suite E 95 : 22 janvier 1570) (Tonnerre, AH, 95-3)
« Je soubsigné ay receu de maistre Jehan Ratat recepveur de l’hospital nostre dame de fontenilles à tonnerre la somme de douze livres tournoys, laquelle somme ay employé à la nourriture d’ung enfant de feu maistre Jehan Memenault lequel par ordonnance de monsieur de l’hospital a esté baillé à nourisse en ce lieu de crusi à la femme de Joseph Sirebeau au prix de trente solz par moys et ce depuys le xixe de novembre 1568 jusques au xixe jour de janvier 1570 qui sont quattorze moys / Lad.somme de douze livres delivré par moy et oultre la somme de neuf livres delivré par les mains de monsieur de La Croix de laquelle j’en avoys faist quictance / et toutes les deux sommes sont pour la prepaye desdicts quattorze moys finiz le xixe de ce present moys de janvier / et laquelle somme je me tiens pour contente / faict à Crusy soubz mon seing ce xixe janvier mil bc soixante et dix », signé Isabeau Denoblé.

Isabeau Denoblé (ou Denoble de’ Nobili), d’une famille vénitienne, est la « damoyselle de Cenamy » ̶ mentionné au dos du document ̶ autrement dit l’épouse de Geoffroy de Cenami, banquier et homme d’affaires des comte et comtesse de Tonnerre qui habite avec son mari à Cruzy-le-Chastel, proche du château de Maulnes, ainsi que M. de La Croix, capitaine du comté. On voit qu’ils ont tous deux avancé les 21 livres nécessaires pour payer la nourrice de l’enfant et que l’hôpital rembourse ici la part de Mme de Cenami.

• Demande d’assistance à la comtesse de Tonnerre de la part d’une veuve de Tanlay, mère de cinq enfants et dont le mari est parti et mort à la guerre (3 juin 1570) (Tonnerre, AH, 99-3)
« A tres haute et puissante dame Madame la duchesse duzes, comtesse de tonnerre / Supplye tres humblement Edmee vesve de feu Jehan Preudhomme demeurant à Tanlay, chargée de cinq petits enfans, le plus vieil desquelz nommé François auroit plus de huict ans, comme ainsi soit que depuys ung an en ça sond. mary l’avoit laissée et s’en seroit allé en la guerre au service de Monsieur du Breul où il seroit esté deceddé sans luy laisser moiens de vyvre ne asseurans de personne pour nourrir sesd. petitz enffans, de façon qu’elle est contrainct de mendier leur vyes et la sienne aussy.
Pour ces causes Madame il vous plaira de vostre bonté et benigne grace accoustumee avoir pitié des pauvres ennfans de lad. suppliante et vouloir faire quelque bien pour aider à leur survivance ou du moings qu’il vous plaise demander au Me de l’hospital de vostre ville de tonnerre que ung de ses petitz enfans, qui est encores à la mamelle soit mis audict hospital pour y estre nourri comme les autres.
Loise de Clermont renvoie sur le Me de l’hôpital : « apres m’estre informé et trouvé que le contenu d’icelle [lettre] estoit veritable », ordonne de lui donner 10 sols par mois pour luy aider à nourir ses enfans, « jusqu’a ce que autrement en soyt ordonné », Signé M. de Lymelle.

De nombreux hommes, surtout peu aisés, se faisaient enrôler pour la solde. Jehan Preudhomme de Tanlay a suivi le sieur du Breuil (sa femme dit depuis un an), capitaine réformé qui a pu combattre à Noyers, Vézelay ou retrouver Coligny dans le sud-ouest en 1569. Il n’en est pas revenu.

• Demande d’assistance au Me de l’hôpital de la part d’une veuve tonnerroise, mère de famille dont le mari a été tué par gens de guerre (17 juillet 1570)
(Tonnerre, AH, 99-2)
A Monsr de la Bryantaye [Maurille de Lymelle ] Me et administrateur de l’hospital de Tonnerre / Supplie humblement Guillemette Descaves paouvre femme vesve chargée de sept enfans / comme ainsi soit que la paouvre suppliante depuis le deces de son mary ayant esté tué par gens de guerre dès le moys de decembre dernier elle est accouchee d’un petit enfant masle qui n’est aagé que de sept semaines et qu’elle n’a laict pour icelluy nourrir / encores moings de moyen pour le faire nourir par nourrisses et encores moings de nourrir ses paouvres enfans si n’estoit par gens de bien.
Ce consideré monsieur […] il vous plaise ordonner à vostre recpveur que par chacun moys la nourrisse ira nourir led. enfant par luy payee en luy baillant quictance / [… prospérité et santé] / faict à Tonnerre le xxbiie juillet mil bc soixante et dix ».
« Apres avoir entendu par madame de Tarascon et Mme la baillisne et autres le contenu en la presente contenir verité, il est ordonné que la nourice du plus petit desd. enfans sera paye chacun moys par le recepveur dud. hospital comme les autres nourrices d’icelluyet et jusques à ce que autrement en soyt ordonné. La femme repart donc avec des quittances pour la nourrice [… même jour],
Signé M. de Lymelle.

Guillemette est l’épouse de feu Jehan Descaves, vigneron-manouvrier, habitant dans le fauboug de Bourberault. Dans le rôle de taille de 1569 Jehan n’est imposé que de 1 sol t. et en 1570, Guillemette est recensée comme veuve et ne paye pas l’impôt. La « baillisne » est la femme du bailli Jehan du Faure et Mme de Tarascon n’est autre qu’une soeur défroquée de la duchesse d’Uzès Louise de Clermont-Tallard. Marguerite de Clermont-Tallard, abbesse de Saint-Honorat de Tarascon qui, selon Brantôme « se défroqua et sortit de religion en l’aage de plus de 50 ans, et se maria avec le grand Chanay qu’on a veu grand joueur à la cour » (Brantôme, Dames p 206 n. 392, Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, Vie des dames gallantes, Paris, Gamier et frères, p. 276.). Ce qui est corroboré par un débat au conseil privé du roi, en date du 13 mars 1566, sur la relation entre Marguerite de Clermont-Tallard, ancienne abbesse de Tarascon et de Claude de Berger seigneur des Abrets, gentilhomme du Dauphiné : le conseil interdit à ce dernier, sous peine de châtiment corporel, de la fréquenter ou de l’épouser. Nous ne savons rien d’autre sauf que sa sœur Loise l’a accueillie au château de l’hôpital de Tonnerre, où elle est encore en 1571.

• Demande d’assistance à la comtesse de Tonnerre de la part d’une fille mineure de Cruzy-le-Châtel qui est sa filleule (26 juin 1574)
(Tonnerre, AH, E 114-2)
« A haute et puissante dame Madame duzes, comtesse de tonnerre /
Supplye humblement Loise Boutot fille myneur de feu Bartholomyn Boutot votre fileulle paouvre des biens de ce monde, n’ayant moyen de vuivre sans l’ayde des gens de bien, et ayant quictté et delaissé Crusy le chastel lieu de sa naytte [naité, naissance, extraction] pour autant qu’elle n’a moyen d’y vivre et n’y ayant plus aulcuns biens et s’en seroit venue en ceste ville de tonnerre et retiree où elle est encores de present taschant à gaigner sa vye / ce qu’elle ne peult bonnement faire attendu son jeune aage et qu’elle est mal habillee / Ce consideré Madame qu’il vous plaise faire bailler à lad. suppliante provision à l’hospital de tonnerre comme les aultres paouvres et user de vostre bonté et misericorde / Ce faisant sera tenue de prier dieu pour vous ».
« Receveur de l’hospital Me Jehan Ratat paiez des denyers de vostre recepte à la suppliante deux testons que madame m’a commandé luy estre donnez en aulmosne […] avec quictance […] / Faict à Tonnerre par moy soubsigné Me et administrateur dud. hospital le xxbie jour de juing mil bc Lxxiii », Signé M. de Lymelle.
Suit la quittance, faite en présence de Didier Allier témoin pour ce requis, fait le 27 juin 1574. Signé A. Petitjehan.

Les seigneurs, petits ou grands, étaient souvent sollicités pour être parrain ou marraine d’un enfant même d’une famille modeste. Généralement il s’agissait de « serviteurs domestiques », ce qui va du jardinier au bailli. Cette filleule mineure, donc moins de 25 ans, qui porte le prénom de la comtesse de Tonnerre est en droit d’attendre de l’aide de sa marraine qui a une obligation envers elle. Elle n’est d’ailleurs pas traitée comme les autres « suppliants ». D’abord, elle reçoit une aumône en espèce : le teston était une pièce d’argent française à l’effigie du roi (sa « teste ») et valait alors 12 sols tournois, ce qui donne l’équivalent en monnaie de compte de 1 livre 4 sols.t., argent qui lui est délivré en présence du receveur de l’hôpital, d’un bourgeois de la ville et du tabellion, ce qui est exceptionnel. Vers le 15 juin, la comtesse était arrivée à Maulnes, proche de Cruzy-le-Châtel, et était venue à Tonnerre du 20 au 26, avant de repartir à Maulnes.

 

 


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