1583, des processions blanches tonnerroises

En 1583, dans l’Est et le Nord de la France, les routes se couvrent de cortèges dont tout ou partie des participants sont vêtus de blanc. Aussi a-t-on nommé ce phénomène les processions blanches, grand mouvement de pénitence populaire mis en évidence et étudié par l’historien Denis Crouzet[1].

Un cortège pas comme les autres

Les villes connaissent toutes sortes de cortèges : certains liés à la personne du roi[2], d’autres à la vie de la cité[3] et les processions religieuses, pratique dévotionnelle séculaire chez les catholiques. Ces parcours processionnels ordinaires suivent un itinéraire défini en fonction de la célébration, dans un ordre lui aussi codifié en fonction des hiérarchies. Ordres et itinéraires pouvant être changés lors des processions religieuses extraordinaires, qu’elles soient rogatoires ou expiatoires. Depuis les années 1560 surtout, les processions avaient été mises à mal dans le royaume par la montée de la nouvelle hérésie, mais avaient repris après la Saint-Barthélémy quand les violences iconoclastes s’étaient apaisées. Même si Tonnerre, grâce au comte Antoine de Crussol, à la comtesse Loise de Clermont et à leurs officiers n’a pas connu trop de ces violences intra-muros ni de Saint-Barthélémy, le peuple catholique était en émoi[4] et l’ensemble des habitants culpabilisé par les guerres.

Les livres de raison et des mémoires sont les sources les plus riches pour étudier les processions blanches. La chronique tonnerroise écrite par le notaire P. Petitjehan[5] permet justement de retracer une partie de ces processions à Tonnerre. Après avoir parlé des antiquités de la ville et du comté, Petitjehan souhaite faire « ung brief et succint advertissement [court mémoire] » de ce qui s’est passé depuis le feu de 1556. Il évoque en quelques lignes les guerres civiles avec les armées qui passent et repassent, l’argent déboursé pour éviter sac et pillage, les pestes et les famines. Puis, chose surprenante, il s’attarde durant plusieurs pages sur un seul fait : les processions de 1583 avec lesquelles il termine son ouvrage. C’est dire l’importance à ses yeux de cet événement qu’il décrit presqu’aussi longuement que le grand incendie. Ce que corrobore Denis Crouzet en évoquant l’étonnement des contemporains devant l’ampleur du phénomène et son originalité.

Pour introduire son sujet, Petitjehan évoque les mauvaises récoltes et déplore que tous les éléments furent contraires aux humains entre Pâques (le 10 avril) et la saint Jean-Baptiste (le 24 juin), « de telle sorte que chacun d’eulx divertissant son debvoir et office de sa saison de l’annee, ilz entreprenoient et usurpoient l’office et charge l’un de l’aultre ». Ainsi en février et mars, les pluies incessantes furent si importantes « que la terre en fut toute battue et scellee », ce qui exprime bien l’extrême difficulté pour les grains semés de germer. Puis les mois d’avril, juin et juillet furent « sy chauldz et arides qu’il sembloit que le ciel feust changé en airain ». Un autre chroniqueur, Jacques Carorguy, greffier de Bar-sur-Seine, commente lui aussi « que, au mois de may, que les orges et aultres graines venues en tuyau et que le Ciel ne donnoit poinct de pluye pour les faire croistre et multiplier »[6]. L’interprétation de Petijehan est que la terre était « comme irritée contre ce peuple françois par le commandement de son formateur ». Il épouse là l’émotion collective face à la colère de Dieu et exprime la panique populaire. C’est pourquoi, ajoute-t-il, on eut recours à Dieu par des processions générales « pour le prier qu’il feist cesser l’ire et courroux que ses elementz par son seul mouvement et commandement avoient sur ceste paouvre France ».

Petitjehan insiste sur l’ampleur géographique des processions qui ont lieu par « toutes les villes bourgs et bourgades de tous les quantons de la France » et Carorguy dit « par tout le pays (le Barsequanais) et premierement en Bourgogne et jusques à Dijon ». En fonction de ses propres sources, Denis Crouzet fait naître le mouvement à Bar-le-Duc en Lorraine aux frontières de l’Allemagne[7] en juin et dans les Ardennes. Mouvement qui, de proche en proche, gagne le nord de la Champagne jusqu’à Reims (fief des Guises, le 22 juillet), avant de toucher Paris (10 septembre) puis la Picardie (Beauvais le 29 septembre, Amiens le 10 novembre), et mouvement qui, selon les régions dure jusqu’en septembre ou décembre. Denis Crouzet convient que, faute de traces écrites, la limitation spatiale qu’il propose est vraisemblablement trop stricte. Ajoutons donc la Bourgogne et le sud de la Champagne d’alors tout en reconnaissant une « naissance » plus à l’est, et observons notre aire géographique plus méridionale.

Le mercredi 26 mars 1583, Châtillon-sur Seine[8] se met en branle jusqu’à Marcenay au tombeau de saint Vorle patron de la ville : « Châtillon et tout le pays d’alentour étaient remplis de prières, de pleurs et de gémissements ». La raison de ces processions printanière est d’arrêter la peste qui sévit dans la région et déjà se trouvent dans le cortège 643 filles blanches[9]. Le 1er juin 1583, Avallon se rend à Vézelay avec le chef de saint Lazare, sans qu’il soit précisé qu’il s’agisse là de processions blanches. Pour autant, c’est aussi le 1er juin que Carorguy fait démarrer le « premier essay » de procession blanche à Bar-sur-Seine par l’arrivée en grande dévotion des trois Riceyz[10] « ayant en nombre, pour leur avanguarde, plus de cinq cens filles blanches, les femmes vefves acoustrees de noir et de petitz guarsons nudz et sans chemise qui chantoient les saintz du patron où ilz aloient ». L’auteur explique que « à leur exemple, tous les aultres villages voisins feirent le semblable ». Ce même 1er juin, Châtillon-sur Seine porte la châsse de saint Vorle et autres reliques à l’abbaye St Pierre et St Paul de Pothières, à une dizaine de kilomètres au nord avec 700 filles blanches. Le 5 juin Noyers-sur-Serein et d’autres paroisses environnantes viennent vénérer la relique de Lazare à Avallon. Des chassés-croisés se poursuivent ainsi dans cette région durant tout le mois de juin (Pothière vient à Châtillon le 12, Châtillon retourne à Marcenay le 29). Tout ceci donne l’impression que l’étau, si je puis dire, se resserre aux portes du comté de Tonnerre qui lui aussi sera gagné par cette fièvre pénitentielle. Ajoutons que le peuple catholique est en cette fin de siècle étreint par une angoise eschatologique avec la crainte de l’imminence de la fin des temps[11].

Les sources de Denis Crouzet mentionnent la spontanéité de ces processions qui gagnent, de proche en proche, une ville après l’autre. Caractère soudain des décisions évoqué également par nos deux chroniqueurs : « le peuple se souleva de lui-même » à Bar et « par une soubdaine generalle opinion et volonté des peuples » à Tonnerre, comme si le clergé n’en était pas l’initiateur. Les dates pour Tonnerre ne sont hélas pas précisées.

Pontigny     Abbaye de Pontigny, photo Jean-David Boussemaer[12]

Voici donc à leur tour les Tonnerrois qui organisent des processions générales « en loingtaines ville monastaires et abbayes », à l’exemple des précédentes. Cette notion de lointain évoque bien l’idée d’un pèlerinage : tandis que la procession manifeste la cohésion d’une communauté centrée sur elle-même, le pèlerinage invite à sortir de soi et de son milieu. Le phénomène de 1583 participe en fait des deux. C’est un pèlerinage collectif. Petitjehan ne relate que deux grandes processions générales parmi « toutes les aultres processions que les habitans dudict Tonnerre feirent », l’une à l’abbaye Notre-Dame-et-Saint-Edme de Pontigny et l’autre à l’abbaye Notre-Dame de Quincy, la plus grande partie des assistants étant « habillez tout à blanc ». C’est cette dramatique vestimentaire très particulière qui a donné son nom au phénomène[13]. « Le blanc matériel a une signification abstraite supérieure, est une tension vers une qualité spirituelle, dans une pratique collective du déguisement », écrit Denis Crouzet[14], ajoutant que du sens se surajoute ainsi au rite processionnel et crée l’étonnement et « la puissance des images reçues par les spectateurs ». Si les pèlerins sont ainsi vêtus c’est, pour Petitjehan, « en signe d’humilité et recongnoissance d’une amende honnorable de nos faultes ». On voudrait se réconcilier entre soi (le déguisement efface les distinctions sociales) et se réconcilier avec Dieu offensé par les guerres, l’hérésie et une royauté qui a accepté l’hérésie. Le déguisement « proteste de la faute et veut l’abolir » (Crouzet). On cherche à retrouver la pureté perdue.

Déroulement

Si Petitjehan ne donne pas de date, il est prolixe sur les heures. Nul doute que celui qui écrit y a participé. Une nuit, les cloches de Notre-Dame sonnent à toute volée le rassemblement des fidèles. « Sur le minuict », on sort de l’église « en bel ordre ». Toute procession a un ordre et une discipline. Les chroniqueurs insistent tous sur la bonne tenue de ces processions extraordinaires à l’ordre inhabituel. A Tonnerre viennent en premier « toute la jeunesse masculine », suivie par « tous les ecclesiastiques revestuz de chappes portans sainctz reliquaires, toute la justice revestuz de leurs grandz robbes, les hommes tant marchans bourgeois artisans laboureurs que vignerons, plus de quatre centz petites filles habillees tout à blanc et les femmes filles et petitz enffans chacun marchant en son ordre ». S’ils sont nombreux à être habillés de blanc, seul le groupe des petites filles l’est dans son entier. On voit aussi que le clergé participe au mouvement et en bonne place. « Pour la commodité de la grande vieillesse et petite jeunesse y avoit à la queue plus de soixante charrettes encourtinees [couvertes de tentures] ». Le cortège impressionnant s’ébranle ne laissant en ville « que les servantes et bien peu d’aultres personnes ». Il est vrai qu’après la Saint-Barthélémy, en France du Nord, les protestants sont devenus encore plus minoritaires.

Trajets carte de Cassini

Trajets sur carte de Cassini, voir : http://geoportail.fr/url/7FmWTq

On se rend à l’abbaye de Pontigny, à 23 km de Tonnerre. Dans « cest ordre et rangz » le cortège sort par la porte Saint-Jacques, contourne la ville par le chemin des Lices pour gagner Dyé. Il fait nuit. Pourtant la procession est conduite à la lueur « tant de la grande lanterne du ciel que de plusieurs torches, sierges, que falotz et lanternes ». Voilà qui théâtralise encore davantage l’événement. Entre Dyé et Ligny-le-Châtel, espoir : survient une petite pluie. Hélas, elle ne dura pas un quart d’heure. Pourtant elle permit d’« abattre le grand poussier des chemyns » et d’« appaiser le grand souhait de ce peuple ». L’abbaye est atteinte vers 7 heures du matin. Sept heures de marche en dévotion. L’émotion ne s’arrête pas là car à peine les Tonnerrois étaient-ils arrivés depuis un quart d’heure, qu’ils voient se profiler la procession d’Auxerre « en grande multitude de peuple ». Les habitants des deux villes se mélangent et, très ému, Petitjehan narre que « la grande eglise, cloistres et circuit estoient tous remplis de ces peuples qui ensemblement de leurs voix entremeslees crioient à Dieu misericorde ». Une grand messe fut célébrée.

Alors, on se repose. Tout le monde sort de l’abbatiale et s’installe sur « les tapisseries vertes des cloistres, courtz, preaux et vergers estans es environs de ladicte abbaye » pour prendre sa « refection du petit quotidian [repas de petit déjeuner] que chacun avoit porté ».  Puis il faut s’en retourner : « le peuple dudict Tonnerre se tria et remist en son premier ordre et voye ». Il est décidé cette fois de passer par Bernouil et d’y faire un arrêt « pour le repos et soulagement du peuple qui estoit attedié [dérangé] de la grande chaleur ».  Une heure de clémence, reçus par le seigneur de Bernol[15] qui « tint sa maison et tables ouvertes à tous ceulx qui y voulurent banqueter ». La procession repart « chantans par les chemyns et rues tant les ecclesiastiques hommes femmes que enffans plusieurs psalmes himnes et cantiques à la louange de Dieu ». Ils sont de retour à l’église Nostre-Dame à 6 heures du soir.

Quincy

Abbaye de Quincy, photo Yvette Gauthier[16]

 

 

Le scénario est le même sept à huit jours après, vers l’abbaye Notre-Dame de Quincy : procession générale, dans le même ordre que précédemment, et certains vêtus de blancs dont les petites filles, des cierges, des chants. Le rassemblement à Notre-Dame a lieu un peu plus tard car c’est à 2 heures du matin que la foule quitte l’église. Ils sortent cette fois par la porte de l’Hôpital, direction Commissey puis Quincy, à environ 12 km, qu’ils atteignent à 6 heures. Après la messe célébrée dans l’abbatiale, le retour se fait par Tanlay « pour visiter la cordelle et prendre chacun sa petite refection ». Puis « en pareille devotion et ordre que dessus », la procession regagne Notre-Dame de Tonnerre.

Quelques jours plus tard, l’église Notre-Dame de Tonnerre reçoit à son tour les habitants de Noyers-sur-Serein en semblable procession. Ils arrivent à 9 heures du matin après avoir parcouru 22 km. Les Nucériens « visitent » eux aussi les églises Notre-Dame, Saint-Pierre et l’Hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles. Il s’agit évidemment de visite dévotionnelle. Enfin ils se sustentent : « les principaulx furent receuz et traitez à disner aux maison honnorables, et quant au commung peuple tant hommes femmes que enffans aux fraiz de la ville et à la solicitude des eschevins leur furent dresses tables en la place du Pillory et par les rues, où leur fut ouvertement distribué pain vin et viandes [nourriture], de quoy tout ce peuple de Noyers receut ung sy grand contantement qu’ilz desiroient aultre chose synon rendre le semblable aux habitans dudict Tonnerre sy la commodité se pouvoit presenter en general ou particulier ». C’est une vraie fête. Les Tonnerrois ont dû être prévenus de cette arrivée en masse. On retrouve les tables dressées dans les rues chez d’autres chroniqueurs. Citons Carorguy qui, à propos des pèlerins des Riceys arrivant à Bar-sur-Seine écrit qu’« ils trouverent les tables mises au milieu des rues, chargees de pain et viande [nourriture], les muictz de vin defonsez. A quoy ilz reprindrent leur aleine et s’en retournerent très joyeulx et contans ».

En ce siècle qui guette les signes et les présages, Petitjehan termine amèrement qu’« il est bien advenu aultrement car tout ainsy que une trop grande et excessive amytié et frequentation non accoustumee est ung presage d’une grande dissention et querelle qui se suyt ». La querelle qui suivra sera la 8e guerre de religion, celle de la Ligue[17].

Pourquoi ces lieux de pèlerinage ?

Eglise Notre-Dame de Tonnerre, abbaye Notre-Dame de Pontigny, abbaye Notre-Dame de Quincy : Denis Crouzet fait justement remarquer que le but le plus fréquent des processions blanches est un sanctuaire marial. C’est qu’il y aurait depuis les années 1560-1570 un renforcement du culte de la Vierge de pitié. Médiatrice, elle peut recevoir les prières pour apaiser l’ire de Dieu. Et c’est bien une intercession que l’on recherche ici. Localement cependant, Pontigny est plutôt désignée sous le vocable de Saint-Edme[18], très populaire et faiseur de miracles.

J’ignore si, en plus des dévotions au saint et à la Vierge, on peut faire un lien signifiant dans le choix de ces sites de pèlerinage avec ce qu’ils ont subi durant les guerres de religion. Je note cependant que ces trois lieux ont éprouvé des ravages. Saint-Edme de Pontigny avait été ravagée par des troupes protestantes en 1568. Fille de Pontigny, l’abbaye de Quincy moins importante avait été donnée en commande à Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, frère du seigneur de Tanlay tous deux réformés. En 1562, des violences iconoclastes avaient été provoquées dit-on par ce cardinal, et les moines moqués et molestés. La même année, des autels et des images avaient été brisés dans l’église des cordeliers de Tanlay, église en partie détruite l’année suivante par l’intervention de d’Andelot, François de Coligny, chef protestant habitant alors son château de Tanlay. Tonnerre avait reçu ces moines franciscains accueillis dans l’église Saint-Nicolas hors les murs. En juillet 1564, des huguenots attaquèrent de nouveau et tuèrent deux des frères. La ville accorda alors aux survivants une petite église, le Saint-Esprit, et une maison abritée dans le faubourg de Bourgberault. Les moines étaient retournés à Tanlay en 1573, après la mort de d’Andelot, et avaient reconstruit leur couvent. Trois abbayes martyres en quelque sorte, supports de la culpabilité collective ressentie par tous et lieux privilégiés pour faire amende honnorable. Cette interprétation est toute personnelle.

En guise de conclusion, je suggère aux Tonnerrois et aux « étrangers » au pays des petites randonnées sur ces chemins de Tonnerre à Pontigny, magnifique abbatiale cistercienne, et à Quincy qui a souffert au cours des siècles mais reste un endroit intéressant et charmant, sans oublier ses moulins le long du ru sous le regard de saint Gauthier – façon de parler car il a perdu sa tête, pourtant l’eau de sa source est bonne à boire et était réputée pour le soin des yeux.

La fontaine St Gauthier (avec encore sa tête)

La fontaine St Gauthier (avec encore sa tête)

 

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[1] Denis Crouzet, “Recherches sur les processions blanches – 1583-1584”, Histoire, économie et société, 1982, vol 1 N° 4, p 511-563, article mis en ligne auquel je renvoie pour son analyse approfondie : http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1982_num_1_4_1305

[2] Pour sa santé, pour un événement dynastique, pour célébrer une victoire ou un traité de paix.

[3] Entrée de hauts personnages, pose de première pierre, conduite d’un lépreux jusqu’à la maladrerie (cf. https://tonnerrehistoire.wordpress.com/2015/10/07/la-maladrerie-saint-blaise-et-ses-occupants/), etc.

[4] En mai 1583 avait eu lieu à Reims un concile provincial, dirigé par le cardinal de Guise, qui avait pris la décision de suivre la doctrine du concile de Trente pour que la Contre-Réforme catholique se mette en marche et pour un renouveau spirituel.

[5] Petitjehan P., Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estans. Un bref discours de ce qui c’est passé de nostre temps…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988.

[6] Jacques Carorguy, greffier de Bar-sur-Seine (1582-1595), voir J. Carorguy, Mémoires, E. Bruwaert (ed.), Paris, Picard, 1880, pp 2-3.

[7] Bar-le-Duc est au nord de Langres, bien loin de Tonnerre.

[8] Pour visualiser les villes citées sur une carte, voir : https://www.google.fr/maps/@47.9906882,4.1988119,10z

[9] Gustave Laprouse, Histoire de Châtillon, Châtillon-sur-Seine, Cornillac, 1837, p 323.

[10] Ricey Bas, Ricey Haute Rive et Ricey Haut : aujourd’hui les Riceys (Aube) à 15 km au sud de Bar et une quarantaine au nord-est de Tonnerre.

[11] Pour un approfondissement de ce sujet, voir Denis Crouzet, ibid.

[12] Sur https://plus.google.com/+JeanDavidBoussemaer

[13] Mouvement à ne pas confondre avec la confrérie des pénitents blancs introduite à Paris par Henri III en mars 1583, qui est d’une autre nature.

[14] Denis Crouzet, ibid., p 530.

[15] Jacques Canelle, seigneur de Bernouil, d’une famille proche des comtes de Tonnerre.

[16] Très belles photos sur https://www.flickr.com/photos/51366740@N07/7768487724/in/photostream/

[17] Denis Crouzet fait remarquer que la majeure partie des processions blanches ont eu lieu dans une aire largement tenue par les Guise qui auraient utilisé cette ferveur populaire pour renforcer la Ligue et la maintenir. Notons que Tonnerre est cependant toujours restée royaliste.

[18] Edmond d’Abingdon, archevêque de Cantorbery, décédé en 1240 après son passage à Pontigny. Comme il avait souhaité y être enterré, l’ordre cistercien et les moines avaient demandé sa canonisation, homologuée six ans plus tard et son culte essaima en Champagne méridionale et Basse-Bourgogne.


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Horloges et cloches de ville

Tonnerre s’est dotée d’une horloge, comme la plupart des villes, au plus tard au XVe siècle. Cette horloge est située au chevet de l’église Saint-Pierre, dans une cahuette, une logette en bois posée en saillie au niveau des combles sur le contrefort sud de la fenêtre axiale. Cet habitacle est comme la figure de proue de la nef de l’église pas encore terminée. On le voit de toutes parts. Il surplombe la ville. Le cadran est tourné du côté du faubourg de Bourgberault et il s’agissait, au XVIe siècle, d’une horloge mécanique à sonnerie automatisée.

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Le conducteur de l’horloge et la cloche de la retraite

Qui dit horloge, dit « conducteur de l’horologe ». Il fallait en effet l’entretenir et la manier, ou plutôt le manier car le terme est alors masculin. Celui qui veille à sa bonne marche est le garant de l’heure et c’est un officier municipal payé 8 L. 10 s.t. par an. Depuis 1552, date des premiers comptes à notre disposition, Pierre Billard est cet officier[1]. Habituellement, l’horloge est confiée à un serrurier, mais Pierre Billard est drapier, il est vrai frère d’un serrurier. Il mène donc l’horloge mais pas seulement : son salaire est agrémenté de 70 s.t. pour sonner « chacun jour à l’entree de la nuict la cloche pour faire fermer les portes et retirer chascun en son logis », « ainsi qu’il est acoustumé ». Une autre cloche, dite cloche de la retraite, était donc placée à côté du timbre de l’horloge. Il s’agit ici de cloches laïques et municipales, même abritées dans une église. Il est à remarquer que ces cloches sont logées en quelque sorte hors d’œuvre, sur un contrefort et loin du clocher. D’ailleurs ni les chanoines, ni les marguilliers de Saint-Pierre ne participent aux frais de cette horloge ni autres cloches civiles. Enfin, l’accès à l’horloge ne se fait pas par l’église, mais par les combles afin de pouvoir s’y rendre sans troubler la vie religieuse. Chaque soir, donc, Pierre Billard grimpe à l’horloge pour remonter les contre-poids, surveiller la bonne heure au soleil et sonner la cloche de la retraite.

Cloche du guet et tabourin

Nous venons d’entrer dans le monde des cloches civiles, qui ne cessent de se développer depuis XIVe siècle afin de rythmer la vie publique en dehors des sonneries religieuses. La cloche de ville était alors déjà l’expression juridique et symbolique de l’autonomie communale. Comme les cloches, l’horloge est une « marque de ville ». La difficulté de distinguer entre civil et religieux tient au fait que certaines cloches étaient utilisées pour les deux et que les documents ne sont pas toujours explicites sur le sujet.

Nous avons pourtant déjà différencié cloches du clocher et cloches de l’horloge, pas du tout logées à la même enseigne. Avec ou à côté de l’horloge est apparue aussi la cloche de la retraite qui sonne à la tombée du jour, à 19 h en été. Pierre Billard gère les deux. Qui donc s’occupe de l’ouverture des portes le matin (à 6 h en été) ? N’ayant trouvé dans les comptes aucune mention de cloche du matin ni aucun homme payé pour la faire sonner − sauf circonstances très exceptionnelles comme nous le verrons −, et tenant compte du fait que dans une petite ville comme Tonnerre, les cloches religieuses faisaient souvent office de signaux laïques, la convention sonore à Tonnerre pouvait être que l’Ave Maria, l’Angelus du matin vers 6 h, signifiait ouverture des portes[2] ?

En avril 1562, éclate la première guerre civile qui durera presqu’un an. Pierre Billard conduit toujours l’horloge et sonne la cloche de la retraite toute l’année. En ces temps incertains, cela ne suffit pas et deux nouveaux personnages interviennent en même temps que deux autres signaux sonores, uniquement au cours des mois de juillet, août et septembre : Pierre André, payé « pour ses peines tant d’avoir sonné la cloche pour ouvrir les portes que avoir sonné la cloche du guet », et Nicolas Colin, tavernier et tabourineur, pour son salaire de « sonner le tabourin le matin pour assembler les gardes des portes »[3]. C’est une des très rares fois où un homme sonne une cloche du matin durant trois mois, et cela arrive en cas de danger. Apparaît aussi la cloche du guet. Elle est toujours distinguée de celle de la retraite. La cloche du guet n’est pas abritée avec l’horloge, mais bien dans le clocher de l’église Saint-Pierre qui sert aux guetteurs.

Le clocher de Saint-Pierre

Construite sur une terrasse rocheuse qui domine la ville au sud, l’église Saint-Pierre a dû se loger sur ce socle en tenant compte d’un système défensif déjà en place, ce qui explique son orientation nord-est et son entrée latérale au sud-est. Au nord-est se trouvent donc le chevet et… la guérite de l’horloge. L’église a eu plusieurs campagnes de construction, dont les piliers de la nef en 1562, mais la littérature est assez contradictoire et je n’ai pas approfondi le sujet. Les travées et chapelles sud (sud-est) faisant suite à une sacristie sont terminées et n’ont pas subi trop de dommages puisque même les vitraux n’ont pas éclaté. Quant à la tour carrée, démarrée en 1441, elle est terminée en 1492 puisque, selon L. Lemaistre, un guetteur était déjà établi dans la lanterne[4]. Pour le couronnement du clocher, on a en effet préféré une coupole surmontée d’un lanternon. Solide et puissante, elle est bien sûr faite pour contenir un beffroi avec ses cloches, mais fait aussi partie de l’appareil de défense du Belfort ou château Saint-Pierre. Le beffroi de Saint-Pierre peut accueillir quatre cloches. Il est situé au coin nord-ouest de l’église pas du tout touché par le feu, et dire que les cloches ont été détruites en 1556 n’est pas cohérent me semble-t-il. Ce sont les cloches de l’horloge au chevet qui sont tombées.

Je ne suis pas sûre que le lanternon soit déjà construit au début du XVIe siècle, car j’ai trouvé trace d’un marché de charpenterie pour « la couverture et dosme de la tour sainct Pierre »[5]. Pourtant dès que nécessaire (guerres, passages de troupes, rôdeurs…), on fait le guet « en la lanterne du fort et chastel sainct Pierre » (1562) , ou encore « en la tournelle de l’esglise sainct Pierre » (1567-1568)[6]. Où serait cette lanterne si ce n’est dans la tour ? Une chose est sûre, c’est que la cloche du guet est logée dans cette église : tous les deux ans, on achète du cordeau pour cette cloche et il est précisé une fois « 5 livres de cordeau achetees pour sonner la cloche du guet en l’eglise sainct Pierre pour advertir les gardes des portes »[7]. Je présume donc que cette cloche est dans le clocher et non vers l’horloge. Un dernier indice est la refonte de quatre cloches pour Saint-Pierre en 1623, dont l’une d’elle porte « « Je suis faict en lan 1623 pour le service de la republique de tonnerre », ce qui signe une cloche civile au milieu des autres. Selon la sonnerie, on pouvait avertir de différents dangers, entre autres le nombre d’hommes qui se présentaient et à quelle porte. La cloche du guet est celle qui fut confisquée en 1564, à la suite de l’affaire de la porte Saint-Michel[8], soit durant quelques mois remplacée par une trompette, soit durant deux ans, je n’ai pas de certitude. Par la suite, la trompette sera utilisée par un sergent pour avertir la population « de post en post », en vue d’élire des représentants par quanton (quartier) ou d’informer d’une ordonnance du roi ou du bailli, par exemple[9].

Réparations de l’horloge après l’incendie de 1556

Après le grand incendie du 8 juillet 1556, la chaleur du feu avait mis à mal l’horloge de la cité. Pierre Petitjehan (f° 85) relate que la grande violence du feu dura de 16 h à 21 h et commence son récit par l’horloge qui semble rendre l’âme : « l’orologe flamboyant et bruslant sonna pour sa derniere foys neuf heures, avec un son si lent et mélancolique qu’il sembloit que les timbres et appeaulx… », c’est dire l’importance de l’horloge. Nous apprenons au passage qu’elle sonnait aussi la nuit. Son beffroi attaqué par les flammes, la cloche de l’horloge est tombée, « cassé rompu ». Les marguilliers de l’église, assistés des échevins vendent donc les 700 livres de matière de la cloche à Sebastien et George Blanchard, des saintiers (fondeurs de cloches) itinérants, originaires de Chaumont-en-Bassigny, travaillant alors à Troyes. A 15 livres le cent, cela rapporte 105 L.t. à la ville[10].

Lors de cette année comptable, du 1er octobre 1555 au 30 septembre 1556, Pierre Billard n’a été payé que pour « troys quartz d’an escheus le dernier jour de juing 1556 » par faute de cloches dans le dernier trimestre[11]. Pourtant, dès le 24 août, les échevins avaient passé un marché avec le serrurier Claude Billard, frère de Pierre le conducteur, pour faire et réparer « roues cage, mouvement [et toutes] choses servant à l’orologe [de ceste] ville » [12]. Comme il reçoit 25 livres tournois, le travail a dû être conséquent (une serrure ou un verrou sont payés de 4 à 6 s.t., une réparation 2 à 3 s.t.). C’est lui d’ailleurs qui conduit l’horloge durant trois mois en 1557, année au cours de laquelle Symon Testuot charpentier et Pierre Mathieu couvreur, Jehan Chevolat cordier et Pierre Colleson serrurier reçoivent 10 L 15 s 6 d.t. « pour ouvrage de leur mestier faict audict orologe comprins l’achapt de quelques trapans [planches], clou et late »[13]. On retape donc la guérite mais le tarif montre qu’on ne la refait pas entièrement ̶ soulignons au passage que si toute l’église avait brûlé et se soit écroulée, comme on le lit souvent, la cahuette aurait volé en éclat. Le compte suivant manque, peut-être contient-il l’achat d’un timbre ? Mais l’horloge devait avoir des problèmes car on la refait durant l’hiver 1559-1560.

Il a d’abord fallu la visiter, faire un diagnostic et marchander le marché, ce qui est accompli par Pierre Billard le conducteur, Laurens Renoyr serrurier de Tonnerre qui traitent avec Alexandre Mestre et Pierre DuBreuil (du Breuil) d’Auxerre. On ne cite jamais leur profession, ils sont sans doute horlogers, ou Me horloger et serviteur. On achète ensuite des pièces pour la réparation et une fillette, un fût, pour transporter l’horloge à Auxerre « pour icelluy refaire, et icelluy refaict », le rapporter à Tonnerre. Puis Mestre et DuBreuil, avec l’aide de Billard et Renoyr, vacquent à « racoustrer et attacher » [remettre en état et assembler] l’horloge. Enfin, Pierre Collesson serrurier refait la serrure « qui estoit en l’huys dud. horologe », ainsi qu’une nouvelle clef. Pierre Billard peut de nouveau conduire l’horloge. Il est payé pour huit mois, ce qui situe la remise en état de marche fin janvier/début février 1560. Le 13 février, les horlogers signent leur quittance pour 25 L.t.. La dépense totale s’élève à 46 L 7 s 9 d.t.[14]. C’est une horloge à ressort et contre-poids : Pierre Billard remplace le ressort et achète du cordeau pour les contre-poids[15].

Nouvelle horloge en l’église Monsieur Sainct-Pierre

C’est en 1579, alors que les passages de troupes onéreux se calment un peu dans la région, que Tonnerre va remplacer l’horloge de l’église Saint-Pierre, avec autorisation des officiers comtaux et royaux. Le 24 mai, Jehan Parisot, un des échevins, se rend à Troyes pour marchander un marché avec Jherosme Le Roy fondeur. Celui-ci recevra le solde de ce qui lui est dû « apres qu’il aura fournye et delivré à ses perilz et fortunes dans l’eglise de l’enfermerie de sainct Pierre audict Tonnerre et pres le pillier où ilz se doibvent monter au clocher de lad. eglise, trois timbres du poix de dixhuict cens à deux mil livres* de bonne matiere et de bon son ». Les cloches d’horloge étaient plus lourdes et plus chères que les mécanismes. Il s’agit ici de timbres, cloches sans battant, frappée de l’extérieur par un marteau. Le Roy sera payé à raison de « 10 escus sol. pour cent »[16] et reçoit une avance de 100 écus.

Dès juin, on prépare le terrain pour ces travaux en transportant 55 cloches « en l’eglise monsieur sainct Pierre, pour faire le chemin et chafaux pour aller aud. orloge ». Il s’agit peut-être de petits barils ou sorte de fûts coupés en deux et posés à l’envers sur le sol du comble côté sud. On accède en effet au comble par un escalier à vis situé dans une tourelle au sud. L’église n’est pas encore tout à fait finie mais il faut croire que le gros oeuvre sud l’est. Une fois dans le comble, il reste environ 33 m à parcourir pour atteindre l’horloge ; avec 55 cloches, cela fait disposer une cloche tous les 60 cm, sur lesquelles on chaffaude, c’est-à-dire que l’on y dispose des planches afin de ne pas marcher directement sur la croupe des voûtes[17].

Le 4 septembre 1579, Jehan Parisot rapporte « lesd. cloches et timbres » de Troyes en présence du fondeur et le 28, après publication, on met au rabais le travail de charpenterie. C’est le plus décroissant qui l’emporte à 140 écus. A ce prix, Guillaume Testuot, charpentier juré de Tonnerre, doit faire « la charpenterie couverture terrasse et autres besongnes faictes pour l’orloge dudict Tonnerre dressé en la charpenterie du cœur de l’eglise monsieur sainct Pierre, montee de clocher, tant des appeaulx [petits timbres] que du beffroy dudict horloge, marteaulx, ferrures desd. cloches et timbres, angins pour la faire sonner, chemin et allee par le dedans de lad. eglise pour aller aud. orloge, et autres besongnes necessaires »[18]. Le bail est passé par devant Me Pierre Thureau (Turreau) lieutenant général au baillage de Tonnerre. On s’aperçoit alors d’un problème dans la cahuette. Un Tonnerrois fonce au château de Thorey « querir Jehan Pinot Me couvreur pour venir remettre et radouber [remettre en état] la terrasse de plomb qu’il avoit faicte en la cahuette de l’horrologe dud. Tonnerre »[19]. Le 27 novembre, une fois l’horloge et la sonnerie installées, on fait venir un horloger, Pierre Vivien demeurant à Tonnerre qui a « acoustré l’orloge de sainct Pierre et faict sonner les demies heures », ce à quoi servent les appeaux. Le travail est achevé en décembre : le 2, Testuot est payé ; les 11 et 12, Pierre David et Jacques Mathieu, marchands, et Pierre Desmaisons Me charpentier font la visite pour voir si le travail est dûment accompli.

StP2Le cadran de Saint-Pierre tourné vers la fosse Dionne et Bourgberault

La charpenterie ne pose pas de problème mais le gros timbre oui ! Il est trouvé non recevable. Le charpentier Guillaume Testuot le descend donc le 24 mars 1580 pour « estre refondu ». Transport à Troyes où Le Roy est tenu de refaire le timbre. En attendant, fin avril, l’horloger Pierre Vivien recharge de 8 livres de fer le marteau, allonge les deux baccules [balanciers] et réadapte le ressort. Le Roy semble rapporter le timbre fin mai ou en juin. Le 1er juillet, il est payé 124 écus 24 s, ce qui fait un total de 224 écus 24 s[20]. Selon le marché à 10 écus le cent, il a travaillé avec 2243 livres de « matiere ». L’ensemble a coûté 366 écus (soit 1098 L.t.), une grosse somme.

Première horloge pour Notre-Dame

Avant l’incendie de 1556, l’église Notre-Dame avait un petit clocher implanté à la croisée du transept. Cette cloche servait à appeler les fidèles à la prière ou à la messe. La même cloche avec une sonnerie différente, code que tout le monde comprenait, appelait aux assemblées ou conseils, le plus souvent le dimanche à midi après la messe. Ce clocher en plomb a fondu et n’a pas été reconstruit. La tour a alors déjà son premier niveau construit. Pour connaître la construction des autres niveaux, voir La Tour de Notre-Dame. J’ignore où l’on a mis une cloche à l’église pendant la construction de la tour. Pourtant, une cloche continuait d’appeler à la prière ou aux affaires.

En 1579, la tour de Notre-Dame a au moins trois niveaux, peut-être quatre selon mon étude. Le 29 avril 1579, les échevins passent un contrat avec Jacques Vivien, de la famille de Pierre Vivien intervenu à Saint-Pierre, et lui aussi Me horloger. Jacques Vivien « a entrepris faire et parfaire bien et deuement une monstre d’orloge et icelle planter au dessus de la tour de l’eglise Nostre Dame dud Tonnerre, du costé regardant la place du Pillory, ainsy qu’il a esté deliberé en l’assemblee tenue audict lieu par les habitans le dimanche 26e dud mois et an ». On lui verse un acompte de 5 écus d’or. Le solde, soit 8 écus 1/3, lui est versé le 14 juillet 1579 après visitation par Pierre Billard l’aîné et Pierre Guillot serrurier. Travail auquel « il a entierement satisfaict »[21].

Une monstre d’horloge est un cadran. Pour 13 écus 1/3 (40 livres tournois), la communauté s’est dotée d’une horloge supplémentaire qui regarde cette fois vers le nord, du côté du Pilori (place Charles de Gaulle) et de la rue de l’Hôpital, puisque celle de Saint-Pierre regarde vers le couchant. Ce cadran a bien été implanté, ce qui me fait dire que le quatrième niveau de la tour est déjà construit, même si on le parfait plus tard en 1619-1620. Nous avons vu ce qu’il en coûte d’installer des timbres. Aussi, cette horloge n’a pas de son et n’en aura pas de sitôt mais elle existe et doit fonctionner avec un mécanisme léger.

La place du Pilori en 1828Horloge de Notre-Dame et place du Pilori en 1828

 Voici ce que je peux dire aujourd’hui (2015) sur les horloges et cloches de la ville de Tonnerre à la Renaissance. Je conviens qu’il reste des zones d’ombre autour de la construction de l’église Saint-Pierre et la finition de son clocher, mais j’affirme que cette église abritait la première horloge de la ville et la cloche du guet. Dès la fin du XVIe siècle, il faut préciser horloge de Saint-Pierre ou horloge de Notre-Dame.

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[1] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1552-1553, f° 9 v°, 1561-62, f° 11 v°, 1562-63, f° 15 v°, etc.

[2] Dhorn-van Rossum Gerhard, L’histoire de l’heure, l’horlogerie et l’organisation moderne du temps, MSH éd., Paris, 1997, pp 211-212.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1561-1562, f° 11 v°, 18 v°-19.

[4] Lemaistre Louis, “Ancienne porte romane et église romane souterraine de Tonnerre », AY, 1848, p146.

[5] Tonnerre, AM 4 CC 3 compte des octrois 1579-1580 f° 5. Encore des études en perspective…

[6] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, du 1er octobre au 8 décembre ; f° 16 v° et 1567-1568 f° 40 v°-41, du 1er octobre 1567 au 30 septembre 1568.

[7] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1569-1570 f° 43-43 v°.

[8] Voir le Tumulte de la porte Saint-Michel (1) et le Tumulte de la Porte Saint-Michel (2).

[9] Avis ! Avis ! Ceci ne sera pas sans rappeler aux anciens Tonnerrois le tambour du père Godin.

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 13.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 21.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1556-1557 f° 21-21 v° ; il ne sera payé que l’année suivante, mais la date du marché est mentionnée ; les mots entre crochets indiquent des hypothèses de ma part car le coin supérieur droit du compte est fort abîmé.

[13] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1556-1557 f° 22.

[14] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1559-1560, f° 17 à 18 ; et f° 16 v° pour Billard.

[15] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1565-1566 f° 18-18 v° ; 1567-1568, f° 20 v°-21.

[16] En septembre 1577, une ordonnance d’Henri III avait aboli le compte par livres tournois pour instaurer le compte par écus, avec un écu soleil valant 3 L.t. ou 60 s.t. Le compte par écus est ainsi utilisé tant bien que mal à Tonnerre dès l’année civile 1577-1578.

[17] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 3 v°-4, ordonnance du 8 juin 1579 et quittance du 11.

[18] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 2 à 3 v°.

[19] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 f° 26 v°. Le château de Thorey, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines, est dans le comté de Tonnerre, et est alors tenu par Guillaume de Montmorency.

[20] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1579-1580 comptes des deniers d’octrois, f° 2-2 v° et f° 6 pour Vivien.

[21] Tonnerre, AM, 4 CC 3 1578-1579 comptes des deniers d’octrois, f° 4-4 v°.

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La tour de Notre-Dame

Je ne parlerai pas ici de l’histoire de l’église Notre-Dame de Tonnerre que nous allons intercepter à la Renaissance[1]. Elle fut commencée par le choeur et le sanctuaire au XIIIe siècle tandis que la dernière travée, dans toute la largeur de l’église est du XVIe siècle. Cette travée forme un tout avec la tour et le grand portail qui ouvre sur la nef. Ce dernier date de 1536. On lit partout, jusque dans la documentation pour les touristes ou le panonceau à l’entrée de l’église, que ce grand portail fut « ordonné » par Louise de Clermont, que le petit portail date de 1545 et que la tour fut construite entre 1620 et 1628, ou encore comme l’écrit J. Fromageot que la tour, du XVIIe siècle, est due à Charles-Henri de Clermont[2]. Essayons de revisiter tout cela.

Rez-de-chaussée de la tour et petit portail : 1541-1545

D’abord, pourquoi vouloir à tout prix attribuer une construction, réparation, augmentation ou embellissement d’église à un seigneur ? Depuis le Moyen Age, la charge des églises est passée en partie aux paroisses et la communauté des habitants y veille très sérieusement. Il n’est pas nécessaire qu’un seigneur ni qu’une autorité ecclésiastique intervienne. D’autre part en 1536, Louise de Clermont n’est pas encore comtesse de Tonnerre, et sa mère Anne de Husson le devient seulement à la fin de l’année suivante, après partage de l’héritage de son neveu Claude de Husson. Je ne vois pas comment Louise de Clermont aurait pu commander le grand portail. En 1545, c’eut été possible, puisqu’elle est devenue comtesse au décès de sa mère en septembre 1539 et son mari, François du Bellay, a pris le titre de comte de Tonnerre par son mariage. Admettons que ce comte, par l’intermédiaire ou non de ses officiers, ait été commanditaire de la tour qui abrite le petit portail. Sans document (j’avoue ne pas les connaître), comment l’affirmer ?

Les paroissiens et la fabrique sont peut-être seuls à l’origine de ces constructions (fabrique désigne à la fois les propriétés d’une paroisse et les marguilliers qui administrent ces biens). Rappelons que l’église paroissiale est non seulement un lieu de culte mais aussi une maison commune pour tous les habitants. C’est le cas de Notre-Dame à Tonnerre. C’est là que se réunissaient les assemblées pour délibérer sur les intérêts communs, civils ou paroissiaux, réunies après l’office, presque toujours le dimanche à midi, au son de la cloche.  Quand on veut construire, réparer ou embellir une église, la fabrique prend les choses en main et doit obtenir l’aval des officiers royaux et seigneuriaux, et demander l’autorisation à l’évêché. La communauté reste ensuite le maître d’œuvre des travaux. Le problème majeur était le financement. Le chœur était à la charge des décimateurs[3] et la nef à celle des paroissiens. Pour le clocher, tout dépendait où il était implanté. Ici, il est à la charge de la communauté. Quand la fabrique n’avait pas de revenus suffisants, il fallait obtenir le droit de s’auto-imposer, comme la ville lorsqu’elle était en manque d’argent. Il est possible aussi que sans être commanditaires, le comte et la comtesse aient donné des fonds et posé la première pierre. Avouons donc notre ignorance sur le commanditaire de la tour et du petit portail : je pencherais pour les paroissiens. Toujours est-il que le rez-de-chaussée de la tour est déjà construit en avril 1542 lorsque François 1er fait une escale de sept à huit jours à Tonnerre. Pierre Petitjehan raconte que le recteur des écoles « esperant que le roy prendroit son entree par la porte St Jacques avait preparé un theatre devant le grand portail de l’eglise Notre Dame lequel avec la grosse tour estoit nouvellement construit en la beauté et somptuosité d’ouvrages qui y apparaissent »[4]. Ce premier niveau devait atteindre le premier bandeau, à la hauteur du grand porche. Le petit portail qui devait être au moins ébauché fut achevé en 1545. Il permet d’entrer dans l’église par le rez-de-chaussée de la tour.

Façade de Notre-DameFaçade de Notre-Dame de Tonnerre

Les paroissiens, après avoir agrandi l’église, entre autres par le rez-de-chaussée de la tour, décident donc de poursuivre le travail. Ce genre de décision est toujours pris en assemblée générale de la communauté paroissiale. Si une majorité se prononce pour l’établissement d’un devis et l’exécution des travaux, il faudra payer et souvent avoir recours à une taille sur la communauté, c’est pourquoi l’assemblée est essentiellement composée de propriétaires. Les paroissiens élisent alors des procureurs qui épauleront les marguilliers pour ces travaux.

Construction du deuxième niveau de la tour : 1550

Maximilien Quantin évoque ce contrat de 1550 mais ajoute aussitôt que l’incendie de 1556 a détruit cette partie de l’édifice et que « ce ne fut qu’en 1620 qu’on reprit l’achèvement de la tour »[5]. Voici l’intégralité de ce contrat.

[f° 177] « Comparant en leurs personnes honnorables hommes Me Pierre Catin, Guillaume Gaulchot, Germain Luyson, procureurs et maregliers de l’eglise Nre Dame de Tonnerre et avec eulx plusieurs paroissiens d’icelle eglise jusques au nombre de cens ou six vingtz [100 à 120] pour ce faire assemblez à son de cloche en ladicte eglise d’une part/ et Nicolas Monnard masson demeurant aud Tonnerre pour luy d’autre part /

Lesquelles partyes ont volontairement recongnu et confessé avoir fait et par ces presentes font entre eux le marché qui s’ensuit /

C’est ascavoir que ledict Monnart sera tenu et a promis de bien et deument faire monter et continuer ung estage en la tour de lad. eglise Nre Dame qui est le second estage qui se commencera audessus où le commencement de ladicte tour a cessé par le hault, les pilliers et ouvrage duquel second estage se continueront selon qu’ilz sont commencez et desduitz jusques à la haulteur [f° 172 v°] que de present a ladicte tour / faire les retraictz et moulures le tout selon le pourtraict que lesd. procureurs ont monstré aud. Monnart / faire une voulte de mesme pendant au dessus ung hostiau [?], continuer et monter la vis par dehors lad. tour / Et lequel second estage jusques au tiers jusques au lieu marqué audict pourtraict contient en haulteur cinq toyses deux piedz et demy / Et se poursuivra en deux saisons de printemps et esté prochains venans jusques au dedans la saint Remy que l’on dira mil cinq cens cinquante et ung / A la charge que led. Monnart residera au lieu de Tonnerre avec deux ou trois serviteurs au plus pour ce que ladicte eglise n’en pourroit bonnement contenir davantage / Baillera icelluy Monart bon et suffisant peige [garant] / rendra faicte et parfaicte led. Monart ladicte besongne bien et deument au dict de gens de cognoissance dedans le temps dessusdict / Laquelle lesd. procureurs feront visiter touttefoys et quantes foys qu’il leur plaira et qu’ilz verront estre necessaire / fourniront iceulx procureurs aud. Monnart les matieres en place avec cordes et angins / Pour laquelle besongne payront aud. Monart la somme de 540 livres tz en besongnant / A laquelle somme lad. besongne a esté ce jourd’huy enscherie de delivrer aud. Monart comme plus descroissant en plaine assemblée faicte en lad. eglise Notre Dame à chandelle ardant/ Et ledict Monart a esté pleigé et cautionné par Aignan Leclerc et Jehan Lesestre vignerons lesquelz en sont obligez l’ung pour l’autre [etc.] / Ont lesd. procureurs delaissé et mis es mains dudict Monnart ledict pourtraict pour en faire ung semblable et tout pareil et rendre l’original ausd. procureurs affin de le mestre au coffre de lad. eglise pour eulx garder / Lequel pourtraict a esté signé dudict juré en presence de tesmoings cyaprès [le portrait et ce contrat sont attachés et scellés l’un à l’autre, etc…] / Passé aud. Tonnerre en presence de Jehan Levuyt notaire et praticien, Pierre Cerveau, Nicolas Cabasson, Me Philippe Bolloy, Edme Monard massons et aultres dud. Tonnerre, le 9e de mars 1549 [av. Pâques, soit 1550 n.s.].

Suit l’engagement solidaire des cautions de Nicolas Monart maçon demeurant à Tonnerre[6].

Pour résumer : la tour qui a déjà une bonne dizaine de mètres de haut grandit de 10,60 mètres en 1550, ce qui la met à peu près à la hauteur du toit de la nef. Le travail doit être rendu avant le 1er octobre. Les procureurs de Notre-Dame procureront les matériaux sur place, avec cordes et grue. Le maçon qui a emporté le marché est Nicolas Monnart (Monart ou Monnard). Il habite rue de la Varence et sera souvent sollicité pour des travaux à l’hôpital ou pour la ville. Il est prié de ne travailler qu’avec deux ou trois apprentis et sera payé 540 livres tournois en besognant, c’est-à-dire à la semaine. Il doit copier le plan et poursuivre la tour telle que commencée et dessinée, en particulier l’étroite tourelle avec sa remarquable vis. Il terminera par une voûte et un toit provisoire. Il semble bien que la tour arrive alors jusqu’au troisième bandeau et comporte trois niveaux.

Le grand incendie de 1556

On lit donc partout dans la littérature sur Tonnerre que le grand incendie de juillet 1556 a détruit l’église en partie et bien évidemment sa tour à peine commencée. Nous venons de voir que cette tour fait déjà bien 20 m de haut, possède deux, voire trois niveaux et qu’elle est solidement bâtie avec ses larges contreforts. Le quartier autour de Notre-Dame a en effet été très touché par le feu : une partie des rues Vaucorbe, Saint-Michel et des Prêtres (rue Pasteur) ont subi un intense foyer. La rue des Prêtres d’alors est très étroite des maisons y furent détruites. L’Hôtel-Dieu qui collait à l’église dans la rue actuelle du Doyenné a été réduit en cendres. L’église a donc été touchée elle aussi et Petitjehan raconte que le clocher implanté à la croisée du transept, « couvert tout de plomb », environné de flammes, « ploroit et degouttoyt tout à l’entour de soy grosses larmes et ruisseaux de plomb » emportant avec lui les matières des cloches, ce qui obligea à rejoincter les voûtes[7]. Cerveau, au XVIIIe siècle, est le seul à affirmer que la tour fut commencée avant 1556 et que les traces du feu peuvent se lire « jusqu’au 3e ou 4e cordon de la tour »[8]. On peut encore le constater en partie de nos jours. Néanmoins, elle est restée debout, comme l’église. Les assemblées ont très vite repris. En 1563, un serrurier fabrique une « serrure à bosse mise en la tour de l’eglise Nostre Dame pour y retirer les bastons suyvant l’edict »[9]. Les armes n’ont pu être rangées dans l’église, mais bien au premier étage de la tour.

3e ou 4e niveau terminé : 1579 ?

J’avoue ici que j’avance une hypothèse car je n’ai pas de documents à propos d’un contrat de construction. Peut-être existe-t-il aux archives départementales, chez les notaires, mais il m’a échappé. Si quelqu’un trouvait une trace, cela permettrait d’en savoir plus. Pourtant, en mars 1579, en même temps que l’on refait à neuf l’horloge de l’église Saint-Pierre, on installe un cadran d’horloge « au dessus de la tour de l’eglise Nostre Dame dudict Tonnerre, du costé regardant la place du Pillory »[10]. Un cadran, même sans sonnerie, a un mécanisme et il faut en prévoir l’emplacement. Or l’horloge est installée au quatrième niveau, juste sous le clocher. A moins que l’on n’ait d’abord installé un cadran à l’étage en-dessous, ce qui me paraît fort improbable. Je ne suis ni architecte, ni historienne de l’art et si je fais des erreurs, je veux volontiers être corrigée par des personnes plus compétentes (faites un commentaire par exemple). Pour l’instant, je soutiens qu’il ne manque à la tour que le beffroi.

Révision du 4e niveau et construction du 5e, le beffroi : 1619-1623

Les dernières années du XVIe siècle sont assombries par les guerres de la Ligue ou Sainte Union catholique. De 1585 à 1598, les combats, passages de troupes, pillages, impôts sont le lot d’une population exangue. Il faut un peu de temps pour se relever. A Tonnerre, on s’attaque pourtant aux chapelles et à la façade sud de l’église Saint-Pierre de 1587 à 1595 et au portail nord dont la première pierre est posée en 1590 par Charles-Henri de Clermont en l’absence de sa grand-tante. La comtesse Louise, décédée en 1596, est remplacée par son petit-neveu qui ne devient comte de Tonnerre qu’en 1603. Resté fidèle au roi et à une succession légitime, comme la ville de Tonnerre, Charles-Henri de Clermont a combattu la Ligue. En 1597, il a épousé Catherine Marie d’Escoubleau de Sourdis[11]. Celle-ci portera douze enfants et mourra en couches à Tonnerre en janvier 1615. C’est une femme pieuse, dévote au sens de ce début de XVIIe siècle, souhaitant restaurer le catholicisme et œuvrer dans le monde par des actions charitables. Embellir des églises ou même fonder des couvents font partie de cette conception du devoir. C’est une tout autre ambiance qui s’installe à Tonnerre, et si Louise de Clermont n’est pas ou fort peu intervenue (à notre connaissance) dans la construction des lieux de culte tonnerrois, Charles-Henri et son épouse vont s’en charger, à commencer par la fondation du couvent des Minimes en 1611. Devenu veuf, Charles-Henri poursuit l’œuvre initiée et encourage de sa présence (et peut-être de ses finances ?) les ouvrages en cours.

Le niveau du clocher de Notre-Dame avec son beffroi de charpente est construit en 1619-1623. Je me fie à Cerveau pour l’affirmer[12]. Cet auteur parle de 30 pieds d’élévation pour ces années-là (il y en avait 32 pieds en 1550). J’ignore la hauteur exacte de cette tour. Ce serait bien de la connaître… J. Fromageot a bien documenté cette fin de construction, hélas en partant de la certitude que toute la tour fut construite à ce moment-là. Or, les gravures de Duviert datant de 1608 et 1609, montrent bien la tour déjà élevée, mais pas totalement, et recouverte d’un toit.

Duviert.NDDuviert 1609

J. Fromageot parle bien de « faire et parachever l’étage qui est déjà commencé », ce qui signifie pour lui enlever les pierres brûlées et reconstruire. Il s’agit plutôt de terminer et parfaire d’abord ce 4e niveau, justement en ajoutant la date de 1620, les quatres écus (le roi, le comte, l’évêque et la ville) et « de faire le cadre commencé de 12 pieds en carré […] avec enfoncement pour loger la montre »[13], qui existe déjà depuis 1579, mais peut-être pas au même emplacement, ou une autre horloge ? Il s’agit enfin, sans doute en 1621-1623 de construire le dernier niveau avec son solide beffroi de charpente pour soutenir quatre cloches « branlant ». Il est possible que Charles-Henri de Clermont soit le commanditaire de la balustrade qui termine la tour ou, du moins de son ornementation avec la date de 1628, avec le « Jesus Maria Ave Gracia » et ses initiales CHC. Il n’en demeure pas moins que l’on ne peut lui attribuer la tour dans son entier. Cette balustrade cache aux regards le toit pyramidal qui couvre la tour. Cette étude reste encore à parfaire. Il y a des imprécisions et sûrement d’autres documents à découvrir. L’histoire ne cesse jamais de s’écrire. Ce texte a voulu rendre à César ce qui lui appartient en l’occurrence la décision, la mise en œuvre et le financement d’une église par ses paroissiens.

 

Pour de très belles photos de Notre-Dame de Tonnerre par Pierre Bastien, voir : http://patrimoine-de-france.com/yonne/tonnerre/eglise-notre-dame-4.php

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[1] Pour en savoir plus sur Notre-Dame : Bureau, abbé Arsène, Histoire de l’église et de la paroisse Notre-Dame de Tonnerre,Tonnerre, P. Bailly, 1886 ; Cerveau, François-David, Mémoires sur Tonnerre, 1742, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1992, p 163-175…

[2] Fromageot Jean, Tonnerre et son comté, des origines à la Révolution de 1789, SAHT, Tonnerre, 1973, p 423.

[3] La dîme était l’impôt ecclésiastique et les décimateurs, ceux qui le touchaient.

[4] Petitjehan Pierre, Description de l’ancienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, antiquitez des eglises, hospitaux et abbayes y estanss…, 1592, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1988, p 80.

[5] Quantin Maximilien, « Histoire du Tiers Etat à Tonnerre au milieu du XVIe siècle », BSSY, Auxerre, 1886, p 404.

[6] ADY, 3 E 1-111 Petitjehan 1549-1550 : il y a inversion des feuillets : le début du texte se trouve au f° 177 et la suite aux f° 172 v°-173.

[7] Petitjehan Pierre, op. cit., 1592, p 85-86. Ce clocher n’a jamais été reconstruit.

[8] Cerveau, François-David, Mémoires sur Tonnerre, 1742, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1992, p 170.

[9] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564 f° 22 v°. Pour en savoir plus sur ces circonstances, voir ici Le Tumulte de la porte Saint-Michel (2).

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 comptes des octrois 1578-1579, f° 4. Pour en savoir plus sur cette horloge, voir ici Horloges et cloches de ville.

[11] Elle est la fille de François d’Escoubleau et d’Isabelle Babou, soeur de Jean Babou de la Bourdaisière lui-même marié avec Diane de La Mark (dont c’est le 3e mariage), mère de Charles-Henri, qui a dû intervenir dans ce mariage…

[12] Cerveau, François-David, op. cit., p 170.

[13] Fromageot Jean, « Comment l’on construisit la tour de Notre-Dame de 1619 à 1628 », Bull. de la société d’histoire et d’archéologie du Tonnerrois (BSAHT), 1969, n° 22, p 41-46.

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