Le tumulte de la porte Saint-Michel (2)

Suite de l’article Le tumulte de la porte Saint-Michel (1)

Le roi restaure en effet son autorité…

Mise en garde aux lieutenants

Le 17 avril déjà, Charles IX qui s’achemine vers Arcy-sur-Aube écrit une lettre à Tavannes son lieutenant en Bourgogne, province où il arrivera le 18 mai suivant. Le roi informe Tavannes qu’il va recevoir trois compagnies de Strozy en Bourgogne où il lui laisse le choix des lieux de garnison. Tavannes doit les loger. Malheureusement, le roi ne peut immédiatement payer leurs soldes. Aussi, en attendant, Tavannes doit s’arranger avec les villes pour qu’elles acceptent de nourrir ces troupes à prix raisonnables, par prêt et d’en tenir les comptes. Lorsque, dans trois semaines, les soldats seront payés, ils rembourseront leurs dus. Ceci éclaire en partie la raison du coup de force à la porte Saint-Michel : si Chassignelles ne nourrit pas les soldats, ils vont chercher ailleurs, et les troupes n’étaient pas toujours très disciplinées. La lettre poursuit : « Et par ce moyen les soldatz desdictes compagnyes n’ayent à faire aucun desordre sur mes subgectz, ne vivre indiccretement, ayant bien faict admonester les cappitaines et chefz d’icelles de tenir main qu’il ne soit faict chose qui puisse donner occasion à mesdictz subgectz de faire aucune plaincte »[1]. Catherine de Medicis et Charles IX ont été très occupés à Troyes par le traité signé avec l’Angleterre le 11 avril, qui rendait Calais à la France, et par de nombreuses doléances de réformés de toute la France venus réclamer un lieu pour leur culte, etc. Nul doute qu’ils ont été mis au courant de l’incident de Tonnerre avec Crussol qui est de (presque) tous les conseils. Aussi faut-il remettre de l’ordre et éviter ce genre d’incident à l’avenir. Les capitaines et autres chefs ayant été réprimandés, c’est comme un aveu que la ville n’était pas entièrement fautive, d’autant qu’elle n’avait pas été choisie comme ville de garnison.

Condamnations à Tonnerre

Le lieutenant du prévôt de la connétablie de France rend sa sentence le 29 avril 1564. Gaulejac ayant été assassiné lors de l’échaufourrée, il condamne « trois des mutins à être pendus, et ordonne que la cloche qu’ils avaient sonnée en forme de tocsin pendant l’émeute serait descendue et mise en terre, avec défense aux habitants de la remonter et replacer sous peine de la hart, jusqu’à ce que le roi en eût ordonné autrement »[2]. Confisquer les armes marche souvent avec la confiscation d’une ou plusieurs cloches. Il ne s’agit pas ici de cloches d’église mais de celle de la ville. Ni les assemblées ni les comptes de la ville ne s’étalent sur cette condamnation. Je n’ai pas vu la sentence et ne sais si les mutins ont été condamnés à être pendus ou plus exactement à la peine capitale, ce qui pourrait signifier dans ce cas le bannissement à vie, car en effet deux personnes sont bannies du comté et une troisième suivra.

Le lieutenant Toquet, archers et greffier ainsi que le procureur du roi LeMaire viennent en personne à Tonnerre « pour le jugement dudict procès et redition d’icelluy »[3]. Ils y restent quatre jours, du 30 avril au 3 mai, après quoi la ville sera enfin débarrassée de tout ce monde, et après quoi aucun habitant ne pourra ignorer la sentence.

Les condamnés

Les condamnés à être bannis de la ville sont deux tonnerrois de « bonne » famille : Zacharye LeVuyt et Leonard David. On l’apprend dans une lettre de demande d’aide qu’ils adressent aux échevins le 18 octobre 1566, deux ans et demi après les faits. Ils expliquent leur participation au sauvetage de la porte Saint-Michel contre les gens de guerre, attirés par la clameur populaire et au son de la cloche. Ils n’avaient finalement fait que leur devoir. « Toutesfoys lesdictz supplians en auroyent receu tel desplaisir que chacun scayt / Et pour doubte de leurs personnes et eviter la rigueur de Justice se seroyent absentez du pays par l’espace de troys ans et plus. Pendant lequel temps eulx leurs femmes et enffans dont ilz sont chargez ont souffert beaucoup de peines et calamitez, mesmement ledict LeVuyt lequel auroyt este longuement oppressé de maladye jusques à l’extremité de mort. »[4].

Qui sont ces hommes ? Zacharye LeVuyt, fils de Berthin LeVuyt et de Marguerite Germain, est allé aux écoles à Paris. Une famille de robins. Veuf, Berthin s’était remarié avec Nicole Gogois. Mort en 1555, Sebastien David est tuteur de ses fils encore mineurs. Praticien, Zacharie accède en 1562 aux premières charges municipales comme collecteur d’une taille, ce qu’il réitère l’année suivante. De décembre 1562 à avril 1563, avec un autre, il annonce le guet de nuit et la ronde et fait certaines gardes, ce qui prouve une confiance de ses compatriotes[5]. Puis plus rien… Dans le compte 1563-1564, la collecte des tailles passe à d’autres dont un cousin Jehan LeVuyt, sergent. Nous avons vu aussi un autre cousin Guillaume LeVuyt procureur suivre les échevins à Troyes durant l’affaire du Tumulte et remplacer l’échevin Pierre David absent au moment du procès. Ce Pierre David est justement l’oncle (riche tanneur, échevin) de l’autre condamné, Leonard David. De la génération de Zacharie, il est boulanger comme son père Jehan et fait parfois office de voiturier par terre. Zacharie LeVuyt habite le quartier Saint-Michel intra-muros, alors que Leonard David a dû descendre de Saint-Pierre pour se rendre à la porte Saint-Michel.

Rémission et retour au pays

Zacharye LeVuyt et Leonard David ont fait des démarches pour obtenir des lettres de rémission. La lettre de rémission est un acte de la chancellerie par lequel le roi octroie son pardon, acte qui arrête le cours de la justice quelle que soit la juridiction dont dépend le criminel et qu’il ait été jugé ou non. Par cette grâce, l’accusé est restitué dans sa bonne renommée, dans son pays et dans ses biens, moyennant une réparation auprès de la victime ou sa famille, et le paiement d’une amende. Une fois acquise, la lettre doit être entérinée par la justice du bailliage qui vérifie les faits allégués. Une procédure longue et coûteuse : lettre patente, frais de chancellerie, notaire rédacteur de l’acte, honoraires d’un homme de loi, présents faits pour accéder à la procédure, voyages à Paris, amende… En raison de quoi les deux accusés « ont despandu [dissipé] et consommé quasi tous leur bien. Tellement que leursdictz femmes et enffans sont en voye d’abandonner le pays et mandyer leurs vyes s’ilz ne sont secouruz par vous et lesd. habitans, tant pour leurs necessitez que pour subvenir aux fraiz qu il leur convient faire pour l’enterinement desdictes lettres de remission addressées à nosSrs de la cour de parlement à Paris / Ce considéré Messieurs ayant egard au faict il vous plaise de vostre grace consentir et ordonner à votre receveur que lesd. supplians soyent secouruz des deniers commungs de ladicte ville ». Ils demandent 300 livres tournois, somme importante. Les nouveaux échevins viennent d’être élus le 1er octobre, ce sont pourtant les six sortant qui communiquent la requête « à la plus saine partye des principaux habitans ». Le 20 octobre, quarante-six personnes signent l’octroi de 150 L.t. à chacun « en commiseration » et « par forme d’aulmosne ».

Zacharie Levuyt reprend son métier de procureur. Lors de l’assemblée des habitants du 29 septembre 1567, il est fait référence à l’article 72 de l’ordonnance de Moulins (février 1566) qui stipule que dans les villes, on élise des bourgeois pour veiller à la police sous la juridiction des juges ordinaires : « lesdictz habitans ont eleu et nommé pour lesdictz juges bourgeoys et politiques pour ung an qui commencera au premier jour d’octobre prochain Mes Jehan Ratat, Zacharie Levuyt procureur en ce baillage […] »[6]. Au printemps 1570, Zacharie LeVuyt s’occupe avec les échevins à rassembler les munitions pour les vivres des Suisses cantonnés à Saint-Florentin[7], puis plus trace de lui dans les comptes de la ville. Quant à Leonard David, il est redevenu boulanger et voiturier et opère quelques charrois pour la ville jusqu’en 1576.

Le troisième homme

Si Zacharie Levuyt et Leonard David ont été remis dans leurs bien et bonne renommée et reçu une aide conséquente, c’est que, malgré leurs erreurs (ils ont tout de même été jugés), un autre homme porte une faute plus grande. Le troisième homme mentionné dans la sentence du lieutenant Toquet n’est autre que Nicolas Garnery, un des échevins qui semblait bien dévoué en cette affaire, mais étrangement absent après le procès. En 1556, Garnery était tavernier et l’est peut-être encore. Le 24 septembre 1564 a lieu l’élection des nouveaux échevins et un mois plus tard, lors d’une assemblée en présence du bailli duFaure, on décide de faire « consultation de l’ouverture faicte par Nicolas Garnery de la porte Saint-Michel et par l’advis du conseil se pourvoyeront contre ledict Garnery et neanmoins si il fait offre raisonnable pour le remboursement des despenses et frayz faicts à la justification desdictz habitans, en pourront accorder avec luy et promettent lesdictz habitans avoir l’accord par lesdictz eschevins ferme et agreable »[8]. Plutôt que d’une attaque des soldats, l’enquête semble révéler que l’échevin Garnery aurait ouvert la porte et que c’est cet acte qui aurait provoqué le branle-bas de combat, les Tonnerrois se sentant envahis. Les édiles ne font rien jusqu’à la fin de leur mandat, mais dès la nouvelle élection, ils attaquent, tentant d’abord un règlement à l’amiable. En février 1565, les échevins vont consulter à Sens et Paris au sujet de l’affaire, mais en mars, on apprend que « nonobstant les offres faictes par Clement Broth procureur de Nicolas Garnery, poursuitte se fera contre luy pour le recouvrement des fraiz de la procedure faicte pour le scandale advenu par l’ouverture de la porte St Michel faicte par ledict Garnery le xxviie mars 563 avant pasques », ouverture faite « contre les ordonnances de police »[9].

Le 17 mai 1566, Pierre André, un notable, part en quête du roi, que les Tonnerrois pensent à Bayonne. Ils sont bien renseignés car la cour est à Bayonne du 29 mai au 12 juillet[10]. Pierre André s’absente 79 jours, pour certaines affaires de la communauté et pour obtenir une « commission adressant à monSr le bailly de Sens pour congnoistre de la cause desdictz habitans contre Nicolas Garnery ». Il s’agissait d’obtenir une lettre d’attache, indispensable pour poursuivre la procédure, ce qui est aussitôt fait. D’abord à Sens en juillet[11]. Septembre et octobre voient les avocats et procureurs préparer les additions demandées sur faits probatoires, produire leurs pièces écrites, à la suite d’une enquête conduite à Tonnerre par Me Loys de Bar enquêteur. Les 18 et 23 octobre, il entend des témoins. Le 29 octobre à Sens, appointement contre Nicolas Garnery qui riposte en faisant assigner « les habitans » à Troyes le 10 novembre. Un échevin s’y rend. Une semaine plus tard ajournement à Sens contre Garnery. Le 3 janvier 1566, Louis de Bar revient enquêter à Tonnerre[12]. Le 12, les échevins envoient Jehan Champagne, messager, auprès du bailli duFaure qui se trouve à Valence pour parler des faits. Il rentrera le 26 janvier. En février, on produit des pièces à Sens « pour faire les reproches des tesmoins examinez en l’enqueste dudict Garnery ». Il s’agit de critiquer ou récuser les témoins de la partie adverse, ce qui a lieu le 20 avril à Sens, par Me Pierre Baltazar avocat des Tonnerrois. Le procès va sur sa fin en juillet mais je n’en connais pas l’issue, sauf que les échevins font appel en septembre[13]. Le compte de la ville 1566-1567 manque. Aucune rentrée d’argent de la part de Garnery l’année suivante sauf un prêt de 10 livres tournois à la ville en février 1568. Et puis plus rien. Peut-être est-il toujours tavernier, mais il ne travaillera plus jamais pour la communauté. Et nous ne saurons jamais pourquoi il avait ouvert la porte…

Un trou dans les finances de la ville

Tonnerre est endettée depuis longtemps. En grande partie à cause de procès lancés contre le feu comte François Du Bellay puis, après l’incendie de 1556, du procès lancé par le nouveau comte Antoine de Crussol contre la communauté. Ces dettes sont remboursées chaque année peu à peu, avec intérêts, mais s’entassent néanmoins… et les procès aussi. Au moment où Garnery et ses coéchevins ont pris leur office, en octobre 1563, la ville a dix-sept procès en cours. En février 1564, le receveur fait les comptes : les dettes se montent à 2 242 L 6 s 2 d.t. comprenant « les sommes principales deues et pour lesquelles y a constitution de rente et arrerages ». Pour trouver de l’argent, outre les octrois, locations et ventes de petit bois ou autre, la ville peut avoir recours à une taille municipale, avec autorisations comtale et royale, ce qui prend du temps et ne peut être réitéré trop souvent[14]. C’est ce qu’elle va faire pour rembourser ces dettes, mais l’autorisation n’arrivera qu’en fin d’année. Les débiteurs patienteront encore.

Lorsque le besoin d’argent est pressant, il faut recourir à l’emprunt (ou à la constitution de rentes), d’où le surendettement chronique. Pour de petites sommes, on emprunte entre soi ; pour de grosses sommes, on emprunte à de riches marchands ou nobles de la région. Le 31 mars débarquent à Tonnerre le lieutenant Toquet, archers, soldats du duc d’Aumale, etc. Le 5 avril, une assemblée décide que « la despense faicte par les souldatz envoyez par monseigneur d’Aumale gouverneur de Brye et de Champagne seroyt payee et pour ce faire empruntee en deniers à interest tel que les eschevins pourroyent trouver de prest et des interestz », autrement dit, on empruntera où l’on peut et à n’importe quel taux, mais on attend encore. Les hôteliers seront payés plus tard. Mais le procès est lancé et les échevins sont assignés à Troyes. Dès le lendemain, 23 avril, un conseil décide que la ville paiera les frais de voyage et autres, et réitère la nécessité d’emprunter, d’autant plus que, finalement, ils seront quinze à partir[15].

Suite à cette décision, vingt-sept Tonnerrois prêtent 545 L 1 s.t. sans intérêt ̶ les sommes vont de 5 à 25 livres, une seule de 100 livres[16]. Cela ne suffit pas à couvrir les frais des soldats, de la procédure, des déplacements, etc., car à cette date les dépenses s’élèvent déjà à plus de 670 livres tournois. Alors on se décide à emprunter 1200 livres tournois à « noble damoyselle Magdeleine de Choiseul vefve de feu Ferry de Nicey dame de Nicey », un village du comté. Compatissante, la dame prête, courant mai ou juin, « à l’interest de 8 L 6 s 8 d tz pour cents » payable au 1er juillet de l’année suivante − soit au denier 12, ou 8,33 % par an. Bien entendu, les échevins « sont obligez en leurs propres et privez noms », ce qui explique peut-être pourquoi on ne poursuit pas Garnery immédiatement ; préférant attendre que les échevins suivants reprennent cette dette en leur nom comme c’est l’usage. Ce sont 1745 livres 12 deniers tournois à rendre, mais dont on peut disposer de suite[17]. Cette année-là, l’affaire va coûter 941 L 18 s.t., dont 43 L 10 s.t. en cadeaux[18], 690 L 2 s.t. en hébergement, 118 L 13 s.t. en déplacements (location de chevaux, frais payés…), 65 L 3 s.t. en frais de justice, 9 L 17 s.t. pour murer les portes et 14 L 12 s.t. pour de menus réparations à la porte Saint-Michel[19]. Cette porte verra des travaux plus importants l’année suivante, qui ne sont pas dus au tumulte mais à son état de délabrement, les toits en particulier que cette fois on couvrira de laves. Dans le coût du tumulte, il faut encore compter l’affaire Garnery, 111 L 17 s.t. à débourser l’année suivante. Une affaire qui pèse plus de 1000 livres tournois dans le budget communal.

Humiliation symbolique

On a remarqué que les documents officiels de la ville (comptes, compte-rendus d’assemblée…) ne suffisent pas et ne permettent pas, à eux seuls, de comprendre l’histoire. A les lire, on a l’impression que les habitants sont des victimes et que les édiles subissent un raz de marée incongru. Quasi jamais en effet les comptes ou les assemblées ne notent un fait qui pourrait être utilisé contre la ville. Il faut donc fouiller pour faire la part des choses et même si nous restons sur notre faim quant aux réelles implications de chacun, un fait demeure : les habitants ne sont pas tout blancs en cette affaire interprétée par la justice royale comme une sorte de rébellion et le résultat, outre les finances grevées, fut l’humiliation. L’humiliation de la cloche « mise en terre » jusqu’à nouvel ordre royal. La cloche de ville était depuis le XIIIe siècle l’expression juridique et symbolique de l’autonomie et de l’identité communales. En cas de trouble séditieux déclenché au son de la cloche, celle-ci pouvait être confisquée. La confiscation de la cloche « coupable » met l’opprobre sur la cité qui, symboliquement est « mise en terre », mise sous tutelle, ici du roi. Or cette cloche de ville, outre l’alarme, sert à la vie quotidienne de la cité. Comment faire sans cloche ? He bien, au mois d’août 1564, le bailli et les échevins délibèrent d’acheter une trompette et que la sonnerie en sera délivrées aux gages de 50 sols par an. La trompette est achetée en octobre et c’est Berthin Bouldrey qui, de simple sergent, devient « sergent et trompette juré de ceste ville »[20]. Tonnerre a conservé la ou les cloches informant de l’ouverture et de la fermeture des portes mais semble n’avoir plus de cloche du guet ou d’alarme durant quelques mois, deux ans au plus[21].

 

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[1] BNF, ms français 4632, f° 35 ; la lettre est bien signée Charles, mais chose bizarre elle est datée de Paris le xviie jour d’apvril 1564 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90607271/f37.zoom

[2] Louis Lainé, op. cit., p 8.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 36 v°-37.

[4] Tonnerre, AM, 5 CC, pour tout ce qui concerne cette demande d’aide.

[5] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1555-1556, f° 21 v° ; 1561-1562, f° 10-10 v°, 19 v°, 28 ; 1562-1563, f° 11, 18 v°, 34 v°.

[6] Voir Jehan Ratat, receveur de l’hôpital

[7] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1569-1570, f° 42.

[8] Tonnerre, AM, BB 1 1-A, assemblée du 29 octobre 1564.

[9] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1564-1565, f° 22-22 v° ; BB 1 1-A assemblées des 18 mars et 18 mai 1565.

[10] Le roi part ensuite à Mont-de-Marsan du 18 au 23 juillet. Pierre André partait avec des lettres pour Antoine de Crussol. Il a certainement appris que le comte de Crussol et de Tonnerre venait d’être fait duc d’Uzès par le roi, justement dans cette ville. Le secrétaire du nouveau duc lui prête de l’argent pour son retour. André rentre à Tonnerre le 18 août et rapporte certainement la nouvelle de cette nomination.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1565-1566, f° 21-21 v°, 31-33.

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1565-1566, f° 25-25 v°, 33, 34-35

[13] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1565-1566, f° 35-37.

[14] Le budget ordinaire, sans taille municipale levée, tourne autour de 1000/1200 livres tournois.

[15] Tonnerre, AM, BB 11-A assemblée du 23 avril 1564

[16] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 11-12, 46 v°.

[17] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 10 ; 45 v°-46. Courant juin, treize des prêteurs tonnerrois sont remboursés, pour une somme de 322 £ 10 s 6 d tz.

[18] Je n’ai compté que les cadeaux liés à l’affaire, et non les présents habituels au comte et à la comtesse (qui sont d’ailleurs très modestes), ou à de hauts personnages passant par la ville (d’Andelot et ses frères ou enfants, Barbezieux au moment de Pâques). Je ne mentionne pas les deniers.

[19] On refait des huys neuves dans les chambres hautes, on les ferre, on met une nouvelle serrure.

[20] Tonnerre, AM, BB 1 1-A assemblée du 27 août 1564 ; 4 CC 2 1563-1564, f° 16 v°.

[21] Voir sur ce blog Horloges et cloches de ville.

 


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Le tumulte de la porte Saint-Michel (1)

En ce printemps 1564 qui voit naître William Shakespeare (23 avril, Stratford-upon-Avon), et mourir Jean Calvin (27 mai, Genève), la cloche du guet sonne les coups précipités de l’alarme. Les Tonnerrois accourent vers la porte Saint-Michel d’où proviennent cris et bruits de lutte. Ils découvrent là qu’une bande armée, des gens de guerre, semble vouloir entrer dans la ville. On se bat, sans analyser la situation, par réflexe, et sans en peser les conséquences…

Au sud de la cité, la porte Saint-Michel enjambe la rue du même nom et ouvre sur le chemin qui grimpe dru à l’abbaye de Saint-Michel, à la maladrerie, aux bois, à des carrières et, au-delà, vers Noyers et Vézelay. Porte-châtelet assez imposante avec son massif d’entrée voûté flanqué de deux grosses tours rondes. Les textes évoquent le « gros mur, pavillon et tours » de la porte Saint-Michel. Elle ne semble avoir qu’une grande porte charretière en bois renforcée de barres de fer, dont un des vantaux est muni d’un guichet[1]. Ni fossé, ni pont-levis. Cerveau, au XVIIIe siècle, rapporte qu’au dessus de la voûte étaient figurées, à droite, les armes du roi et, à gauche, celles de la famille de Husson, dont Louise de Clermont, l’actuelle comtesse, descend par sa mère ; un Husson l’aurait fait construire[2], soit dans la seconde moitié du XVe siècle. Les chambres basses et hautes des tours sont louées mais pas depuis octobre 1561 parce « qu’il y pleut et qu’on n’y peult resider ny demourer »[3]. Pavillon et tours sont en temps normal couverts de tuiles. Le pavillon central possède une fenestre flamanche sur les combles, autrement dit une lucarne à jambages et saillie hors du toit. Comme toutes les autres portes, elle a son gardien des clefs, Jehan Guerin, qui l’ouvre chaque matin et la referme chaque soir « au son de la cloche »[4]. Une porte en mauvais état à cette époque, néanmoins surveillée à cause du danger de peste.

La peste rode

L’épidémie s’était répandue dans la région et Tonnerre dut affronter le pic de la maladie du 21 mai au 14 juillet 1563. Fin septembre on placarde encore en ville toutes les interdictions proclamées en cas de peste et les habitants intra-muros consentent à un impôt de 20 deniers par mois et par feu pour la garde des portes d’octobre à décembre. Au cours des deux périodes il y a des morts, notamment dans le faubourg de Saint-Michel. Les choses semblent se calmer quand le 19 mars 1564 n.s., quelques jours avant l’assaut des soldats, une assemblée décide à nouveau de faire garder les portes avec les consignes d’usage et l’interdiction aux habitants d’autres lieux d’entrer en la ville « à peine d’estre dechassez [expulsés] avec force »[5]. Cette menace explique en partie la peur de laisser entrer des étrangers. Peut-être n’est-ce qu’un prétexte pour tenir les portes fermées car on n’entend plus parler de peste après cette date.

Le grand tour royal

A. Challes fait allusion au tumulte de la porte Saint-Michel et l’évoque comme un épisode des guerres de religion. Il a sans doute omis de corriger la date de 1563. L’année commençant alors à Pâques (le 2 avril cette année là), le 27 mars 1563 « avant Pâques » est en fait 1564. En replaçant ce fait dans son contexte, on le saisit tout autrement. En effet, la 1re guerre civile, comme on la qualifiait alors, s’est terminée en mars 1563 par l’édit d’Amboise. Nul ne savait que d’autres guerres allaient suivre, mais l’atmosphère restait tendue à la cour comme dans tout le pays. Tenant à faire respecter l’édit de pacification et à restaurer l’autorité royale autour du jeune Charles IX, Catherine de Medicis entreprend un grand tour à travers les provinces du royaume.

De Fontainebleau, le lundi 13 mars, le cortège s’ébranle pour une longue chevauchée de 4000 km en un peu plus de deux ans. Il y a là la famille royale, la cour, le gouvernement, les ambassadeurs… et une longue file de charriots portant les effets, meubles, serviteurs, médecins, etc. de tout ce beau monde. L’insécurité politique avait imposé une augmentation de l’escorte militaire. « Un régiment de dix compagnies de gens de pied auxquelles il faut adjoindre quinze compagnies d’hommes d’armes et une de chevau-légers »[6] suivent le roi. Peuvent s’y ajouter des renforts sur l’ordre des gouverneurs de province. Claude de Lorraine duc d’Aumale est gouverneur de la Bourgogne toute proche, et le comté de Tonnerre est aux confins orientaux du gouvernement de Champagne et Brie, alors sous la tutelle de ce même duc d’Aumale pour son jeune neveu, le duc de Guise. Toutes les villes connaissent le coût de ces passages de troupes et toutes surveillent de loin leurs mouvements. Voilà l’autre raison de surveiller les portes et d’interdire l’entrée avec, peut-être, le prétexte de la peste. D’autant que le cortège tourne autour de Tonnerre passant à moins de 20 lieues : il passe par Sens avant d’arriver à Troyes où le roi fait son entrée le 23 mars.

La cour à Troyes signifie la présence du comte de Tonnerre, chevalier d’honneur de Catherine de Medicis, et des Tonnerrois lui sont envoyés avec des présents et pour traiter des affaires courantes. La cour à Troyes, c’est aussi la présence du duc d’Aumale et de son lieutenant Barbezieux (Charles de La Rochefoucauld).

Tumulte et effort faits à la porte Saint-Michel

D’abord qualifié de tumulte, l’affaire évoque une agitation populaire avec vacarme ; puis vient s’ajouter le mot scandale qui ajoute des notions de trouble, d’esclandre et d’indignation ou de réaction ; trois semaines plus tard, à tumulte s’adjoint effort qui précise un coup de force, une action violente ; enfin deux ans plus tard est utilisé le mot emotion, mouvement de foule tumultueux et inhabituel pouvant mener à une rébellion. Il n’est pas question d’acte de guerre ni d’émeute mais d’un épisode qui va coûter cher à la ville et à certains de ses habitants.

Ce 27 mars 1564, lendemain des Rameaux, une troupe de cavaliers se présente à la porte Saint-Michel. Il s’agit d’une compagnie de M. de Tavannes ou d’une bande colonelle du gouvernement de Bourgogne, le texte n’est pas clair et le nombre de soldats n’est jamais indiqué. Gaspard de Sault-Tavannes est lieutenant du duc d’Aumale gouverneur de Bourgogne, province qui doit à son tour recevoir le cortège. Il est donc possible que Tavannes ait envoyé des hommes dans la région mais en restant loin du roi et sur ses propres frontières. Ces soldats étaient en effet cantonnés à Chassignelles, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Tonnerre, mais bien à 70 km de Troyes, sur la frontière bourguignonne. La version tonnerroise est que des gens de guerre auraient demandé l’entrée. Refusée ! Les soldats auraient donc tenté d’« invahir et surprandre » la ville et « se seroyent saisiz et enparez de la porte sainct Michel et tours d’icelle ». « Convoquez par la clameur populaire et au son de la cloche » les habitans accoururent en arme et repoussèrent lesdits guerriers. C’est ainsi que la ville aurait été « garantye de mal »[7]. Ce qu’aucun document tonnerrois ne livre, c’est que le seigneur de Gaulejac, Etienne du Pouget, qui commandait la bande armée a été tué dans la lutte[8]. Sans cet élément, on ne comprend pas la suite des événements. De plus, nous découvrirons plus tard que les choses ne se passèrent pas tout-à-fait ainsi.

Alertés, les échevins et officiers du comte calment la foule et se rendent à l’hôtel de l’Escu de France où se trouvent un secrétaire de la reine-mère et deux acolytes envoyés par Antoine de Crussol pour d’autres affaires, et prêts à repartir. On les retient ce jour-là afin qu’ils accompagnent deux échevins à Troyes auprès du comte. C’est que l’affaire est sérieuse. Il y a un mort, un officier royal et les Tonnerrois aimeraient bien que l’affaire se règle tranquillement. Pour calmer les soldats, le boulanger Jehan Lasche cuit « cens pains de munition »[9]. Les soldats repartent, mais l’affaire est lancée : plainte a été déposée et une poursuite est engagée. Il va falloir se défendre. Les échevins vont avoir fort à faire. Les premiers à s’élancer à Troyes dès le lendemain, avec le secrétaire de la reine, sont Nicolas Jazu, lieutenant particulier au baillage, Nicolas Garnery, tous deux échevins et Guillaume LeVuyt, procureur. Ce même jour, on envoie Jehan Champagne, messager, et deux autres hommes vérifier à Mussy, Châtillon-sur-Seine et autres lieux s’il arrivait d’autres gens de guerre, et à Chassignelles, d’où venaient ceux qui ont attaqué la porte Saint-Michel, pour connaître leur nombre et leurs intentions[10]. Pendant ce temps, Pierre Thurreau [Turreau], lieutenant général du bailli de Tonnerre, commence à enquêter pour la défense des habitants. Pour cela il met à contribution un sergent royal, Michel Goux, et un sergent du corps de ville, Berthin Bouldrey pour aller chercher des témoins à Epineuil, Tissey et Tonnerre. L’information est menée à l’hôtel des Troys Mores, où l’on écoute aussi les dépositions de deux maîtres charpentiers ayant estimé les dégâts à la porte Saint-Michel[11].

Une ville sous surveillance

L’échevin Garnery revient deux jours plus tard pour annoncer l’envoie de troupes par le duc d’Aumale. La ville se prépare, elle qui ne voulait pas de soldats, c’est raté. Le 31 mars, vendredi saint, arrive une troupe de quinze « hommes de cheval » de la garde du duc d’Aumale avec laquais, et le lieutenant du prévôt de la connétablie de France, Me Denis Toquet, avec treize archers, un greffier et un clerc. Normal puisque ce prévôt s’occupait, entre autres, des révoltes, séditions, rébellions, mutineries, assemblées illicites, excès commis ou subis par les gens de guerre. Cinq hôtelleries sont requises pour les accueillir aux frais de la ville : celles où pendent pour enseigne l’Escu de France, la Fleur de lys, les Troys Mores, l’Escu Henry, et le Daulphin. Jusqu’au 10 avril, la ville supporte la présence de seize soldats de la garde d’Aumale, le lieutenant, son greffier et treize archers, avec chevaux et laquais. Certains partent le 10, mais d’autres arrivent et du 10 au 16 avril, ils sont vingt « hommes de cheval » en plus du lieutenant Toquet, son greffier et trois archers. A partir du 16 et jusqu’au 22, seuls ces derniers demeurent à Tonnerre[12].

Pâques

Le 1er avril, les échevins font murer les portes de Saint-Michel, Vaucorbe et Saint-Pierre « pour le bruict que l’on faisoit qu’il y descendoient gens de guerre qui debvoyent passer pres ladicte ville, et à l’occasion de la surprinse faicte par les aultres ja passez »[13]. Il ne fallait pas pour autant oublier les seigneurs de Tonnerre. La comtesse, Loise de Clermont, avait la veille informé les échevins qu’elle était à Crusy-le-Châtel et les mandait. Aussitôt, le receveur et un notable étaient allés la trouver pour faire leur révérence, et le lendemain deux notables avec un homme et son âne lui apportent quelques victuailles et bouteilles de vin en cadeaux. Le jour de Pâques (2 avril), la comtesse vient à Tonnerre[14]. C’est que les seigneurs protestants accompagnant le cortège royal sont obligés d’aller célébrer leur cène hors de Troyes, ou simplement de s’éloigner s’ils ne veulent pas communier. Aux termes de l’Edit d’Amboise, les seigneurs haut justiciers étaient autorisés à vivre chez eux « en liberté de leurs consciences et exercice de la Religion qu’ilz disent reformée avec leurs familles et subjectz, qui librement et sans aucune contraincte s’y vouldront trouver ». Comme François de Coligny, sieur d’Andelot, chez lui à Tanlay, Louise de Clermont est chez elle à Tonnerre et peut faire prêcher en son château de l’Hôpital[15]. Elle a d’ailleurs de la compagnie ce jour-là : d’Andelot et ses enfants à qui on offre des confiseries, ainsi que le sieur de Barbezieux[16].

L’enquête à Tonnerre

Tandis que les « feriés de Pâques » s’achèvent, le lieutenant du prévôt de la connétablie, Denis Toquet, mène son enquête sur les faits — l’information. Un de ses archers, Jehan d’Albie, le greffier et un sergent du comté retournent à Chassignelles et Roffey « pour faire comparoir tesmoings et estre ouyz sur la descharge desdictz habitans »[17]. Les 6 et 7 avril deux échevins vont voir le comte de Tonnerre « pour presenter requeste à fin de faire cesser la poursuite qui se faisoit pour raison dudict tumulte et scandale ». Il est vrai que cela commence à coûter cher. Mais la machine est lancée et Crussol, s’il a peut-être atténué les conséquences, n’a pu enrayer le cours de la justice militaire. Le 9 avril, Jehan duFaure, bailli du comté, sans doute sur l’ordre du lieutenant Toquet, fait « l’inventaire des armes pourtees par les habitans de Tonnerre et hospital » enregistré par un greffier[18]. 268 personnes apportent leurs armes : épieux, javelines, bâtons à deux bouts, hallebardes, arquebuses, arbalètes, etc.. Ce désarmement est une première humiliation pour les Tonnerrois, mais est en accord avec l’édit de pacification.

On a parlé d’un va-et-vient de soldats entre Troyes et Tonnerre le 10 avril. Il y a plus : « Et pour ce que ledict lieutenant de la connestablie avoit escrit à monSr le connestable de ce qu’il avoit faict touchant ledict tumulte, auroit esté envoyé par le Roy nostre sire monSr de Barbezieulx lieutenant au gouvernement de Champagne et Brye avec messieurs Fumee et Viard conseillers au grand conseil »[19]. Celui qui avait accompagné Crussol en Languedoc[20], Antoine Fumée, venait d’être nommé par le roi commissaire pour l’exécution de l’Edit d’Amboise, avec Jacques Viard. Ce tumulte est donc considéré comme séditieux, d’autant qu’une des raisons du grand tour royal est la pacification des troubles. Voici aussi Barbezieux qui revient « avec son train ». Ils vont rester du 10 au 16 avril. On les loge et on les nourrit aux frais de la ville, ainsi que leurs chevaux. MM Fumée et Viard sont acceuillis chez « madame la grenetiere », noble femme Anne Perseval veuve de Jehan Piget ancien grennetier, tandis que Barbezieux semble être chez la dame de Bernol, Jacqueline Perseval veuve de Jehan Canelle ancien élu pour le roi en l’élection de Tonnerre et sœur de la précédente. On connaît l’hôtel des Canelle, rue de Bernol (des Fontenilles) dit sottement hôtel d’Uzès depuis le XIXe siècle. La maison Piget semble être un des hôtels de la rue de Rougemont. Ces « invités » reçoivent du bois de chauffage, des chandelles, des chairs (nourriture), gibiers, pain, trois fillettes de vin pour Barbezieux et un muid pour ses gentilshommes[21].

Le procès à Troyes

Ce 16 avril, la ville de Troyes voit le roi et la cour s’éloigner vers d’autres contrées. C’est ce jour-là que Nicolas Jazu et Nicolas Garnery raccompagnent MM Fumée et Viard qui vont suivre le roi[22]. Les échevins vont assister durant cinq jours au début de l’instruction du procès. Celui-ci va durer treize jours, en présence d’un procureur du roi, Me Nicolas LeMaire de la prévôté de Chablis[23]. Les deux échevins rentrent à Tonnerre, pour apprendre le lendemain que « estant le proces instruict et prest à juger ledict lieutenant auroit faict mandement ausdictz eschevins de fournir par ses mains la somme de 12 escus sol pour les espices de la vuydange d’icelluy / et baillé assignation personnelle ausdictz eschevins et receveur audict lieu de Troyes pour respondre à ce qui leur seroit demandé en voyant ledict procès »[24]. Sur ce, Le lieutenant Toquet, archers et greffier partent pour Troyes. Le lendemain 23 avril, un dimanche, le bailli duFaure organise un conseil de ville où il est décidé que l’on pourvoirait à la dépense du lieutenant, archers et greffier au logis du Laboureur à Troyes et que l’on enverrait « Me Nicolas Jazu lieutenant particulier au baillage eschevin, Guillaume Cerveau receveur et Estienne Girardin eleus par lesdictz habitans pour poursuyvre le jugement de procès » et que la ville prendrait leurs dépenses en charge[25]. En fait, ils sont plus nombreux à être assignés personnellement à Troyes. Outre Guillaume Cerveau et Nicolas Jazu, les trois autres échevins Pierre David, Regnault Tuot et Nicolas Garnery reçoivent leur convocation, ainsi que Jehan Souplette, avocat et procureur des habitants, et d’autres notables encore : Germain Luyson marchand, Nazaire Dongoys marchand, Ambroise Richardot avocat, Jaques de Chaonnes apothicaire, Jehan Trubert, assignez personnellement audict Troyes avec lesdictz eschevins et Guillaume Le vuyt procureur envoyé au lieu de l’échevin Pierre David absent[26]. Tous vont être interrogés.

Quelle est la vérité ? Quelles conséquences pour la ville et ses habitants ?

Pour lire la suite, cliquez ici : Le tumulte de la porte Saint-Michel (2)

 

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[1] Tonnerre, AM, BB 1, assemblée du 23 octobre 1564, 4 CC 2 1564-1565 f° 28 v° et 4 CC 3 compte spécial 1579-1580 f° 3 v°.

[2] Cerveau, François-David, Mémoires sur Tonnerre, 1742, éd. par A. Matton, A l’Image de l’abeille, Dannemoine, 1992, p 20 note 3.

[3] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1561-62, f° 6 v°.

[4] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-64, f° 13 v°.

[5] Sur la peste, cf. Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1563, f° 11 v°-12 et 24 v°-25 v° ; BB 1.1-A, conseils de ville du 30/09/1563 et du 19 mars 1564 n.s. ; 4 CC 2 1563-1564, f° 9 v° et 16-16 v°. Voir aussi Episodes de peste

[6] Jean Boutier, Alain Dewerpe, Daniel Nordman. Un Tour de France royal – Le Voyage de Charles IX (1564-1566). Paris, Aubier, 1984, p 113.

[7] Tonnerre, AM, 5 CC.

[8] Louis Lainé, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France, T IV, Paris, 1834, p 8.

[9] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564 f° 32, 33.

[10] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564 f° 32-32 v°.

[11] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 38 v°-39

[12] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 36 v°-37 v°.

[13] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 38 v°.

[14] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 33 et 37 v°

[15] Antoine avait été chargé par le roi de pacifier les troubles en Provence et Languedoc et d’y faire respecter l’édit de janvier 1562. Ce qu’il fit en compagnie d’Antoine Fumée. Mais en novembre, des assemblées protestantes de ces provinces (Languedoc, Vivarais…) l’élisent pour « chef du pays, protecteur, conducteur et conservateur, jusques à la majorité du roy ». Chef des religionnaires, oui, mais dans l’obéissance du roi et, semble-t-il, la confiance de Catherine de Medicis. Le roi est déclaré majeur le 17 août 1563 et aussitôt, Crussol rend les armes et s’apprête à revenir à la cour. Début septembre, il arrive avec son épouse à Tonnerre qui leur fait une entrée et s’était enquis auparavant si « on prescheroit à l’hospital » : Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1564, f° 31 v°-32.

[16] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1564, f° 17.

[17] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1564, f° 35.

[18] Tonnerre, AM, EE 2 ; les armes sont retirées dans la tour de l’église Notre-Dame, 4 CC 2 1563-1564 f° 22 v°. Voir aussi dans ce blog Tonnerrois en armes

[19] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1562-1564, f° 33 v°.

[20] Voir note [15].

[21] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 33 v° à 34 v° et 38.

[22] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 31 v°

[23] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 36 v°.

[24] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 35 v°.

[25] Tonnerre, AM, BB 1-1 A et 4 CC 2 1563-1564, f° 36.

[26] Tonnerre, AM, 4 CC 2 1563-1564, f° 35 v°-36.

 


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